‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 126 sur 169 · GROISADS CONTRE LES TURCS · texte numérisé non relu

GROISADS CONTRE LES TURCS

sitions, après avoir enlevé la Syrie et Jérusalem, soumis et tué le Soudan d'Egypte^ vaincu le sofi de Perse ^ coupable de croire à l'incarnation de Dieu, il put^ avec des forces doublées, se retourner contre Europe, coupable de la môme croyance. Ayant 1518 appelé le vizir Piri-pacba, il lui dit : « Si cette race de scorpions a couvre les mers avec ses vaisseaux ; si la bannière de Venise, a du pape^ des rois de France et d'Espagne domine sur les eaux « de l'Europe , c'est la faute de ma tolérance et de ta néglia gence ; je veux une flotte nombreuse et formidable. »

On se mit aussitôt à Tœuvre, et les chantiers, jusque-là délaissés^ préparèrent des centaines de vaisseaux de guerre. L'Europe est saisie d'effroi en apprenant que , du haut des minarets, on proclame l'anéantissement du Christ par le bras d'Allah ; les vieillards racontent que le Grand Turc impose un tribut p^pétuel de femmes pour son sérail, et de jeunes garçons pour ses armées ; les mères pressent leurs enfants sur leur sein en entendant parler de créatures en bas âge brûlées, d'hommes sciés^ de prêtres écorchés. Le cri de la croisade retentit de nouveau ; le pape Léon exhorte les rois chrétiens à rétablir la concorde parmi eux , à offrir chacun de l'argent et des hommes pour attaquer les Turcs, sous le commandement du grand maître des chevaliers Teutoniques; tous promettent, et les détails de ces préparatifs peuvent nous donner la mesure, et^ comme nous disons aujourd'hui , la statistique des puissances d'alors (i).

(1) Noiu les puiioiu dans François Moralto, qui a lai«ié mit ceUe époque âne chronique, restée manuscrite ; on trouve aussi des renseignements dans RoMOB, Kiê de Léon X. Tol. 7, édit. de Milan.

La guerre contre les Turcs fut toujours un sujet d'exhortations popukires en prose et en vers. Sans parler des compositions des lettrés, nous avons de 1480 des poésies vulgaires , de forme bizarre , parmi lesquelles nous choisisiaDa oe sonnet:

SurgUê eoninj, dixe el bon Jesb,

Bcet appropinquat chi trader me de* t

Surgite et voi signor princlpi, re ;

Che Juda è in Porto, non dormite pllu Non potuUiU ffigiiare. Or sb

PigUate l'arme in man, che'el tempo n*è;

OstuUi et tardi, non vedete che

Se Doo ve unité insieme, tristi vuT Guardate Jove che a Satnmo va

Per famé in brave tempo sentir cl6

Gbe tante lingoe ban predicalo giL SwrgUe adunche ad quld: ma per che no

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Chaque prince chrétien devait donner le cinquième de ses recettes annuelles, et les particuliers, cinq florins pour cent de leur revenu; celui qui en avait moins payerait un florin par an; puis, si le besoin Feiigeait^ on vendrait le tiers des produits des églises

Che con pradeniia l'omo savio fti But. . . il ciel e Dio pentir si po.

Le Diarium paimense, manuscrit dans la biblloUièque de Panne , contient ton une lamentation fort longue :]

Italia sono, misera chiamata,

Con le man zonte e lacrimosi ocdii.

Pietà ve prenda, o falsa brigata.

Prima che Olo la puniaione scocchl.

Ecco Ter nui la turchesca arma la :

Deh I mirate un po 1 mlei lacrimosi ocdii I

Pielà ve prenda leggcr mio lamento,

Forse f arête aie un provedimento. . . Italia sono, e il rimembrar m'accora,

Che cresce el mondo quanio intomo cigne ;

Oh ! quante glorie digne

N'ebbl a* miei tempi c trionfali onori I . • . lo prego Iddio che l'intelletto allume

A Yoi, crudeli e fiilsi Italiaoi,

Che siete come cani

Di rabbia e di venen calcati e colmi. . . A te mi volgo, o papa Sisto,

Che tieni in mano le divine chlavi. . .

Lassa li clbi e le oziose plume,

I stati altrui per dame a chi m'jnteode ;

A questa impresa attende,

Lassando le avarizie e pompe faisc.

La ricca dote a Costantin che valse

Lassare a voi, pastor, se M crlstianesimo

Fia dal paganesimo

Con gran dispregio vitito e con dolore ? . . . Aegina del gran mar, donna Vlnetia,

Che tien IMnsegna del beato Marco,

Che hai avuto il carco

Gran tempo a contrastar con tal genla.

Qui mostrarai tua gran vigoria

Spiegando le tue belle insegne omate.

Et, après avoir passé en revae les étrangers et les potentats italiens, il reprend :

Mon soin quai parte piii mi volga el dire:

Sento mancar la voce a mezzo el petto. • • A mio soccorso l'un l'altro risguarda,

£ tal oc ride sotto i fiilsi paoni

Che sentira gli aflanol,

Non è gran tempo ben che non sel creda«

398 GftûISADB GOHTBB LSS TU&CS.

et des sanctuaires^ et les ecclésiastiques contribueraient pour un cinquième de leur revenu annuel. Le duc de Bourgogne fournira mille lances de quatre chevaux chacune^ deux mille soldats d'infanterie légère à la tudesque^ et vingt-cinq lansquenets; la Confédération helvétique, vingt mille hommes à pied, et^ s'il est besoin^ huit mille aventuriers^ Télite du pays ; l'Angleterre, cinq cents cavaliers, mille archers à cheval et dix mille fantassins; le roi de Hongrie, trois cents cavaliers, trois cents hommes de cavalerie légère, Bohémiens ou Hongrois, et cinq mille arquebusiers bohèmes; le roi d'Espagne, mille soldats^ trois mille fantassins à ritalienne, et vingt mille Espagnols à pied ; celui de Po* logne y quatre cents cavaliers et trois mille archers à la turque.

L'empereur Maximilien fournira moitié de l'armée, qui de\Ta compter, tant de ses gens que de ceux des confédérés, soixante et dix mille fantassins, quatre mille soldats vêtus de blanc, douze mille hommes armés à la légère, et cent pièces de canon; parla Hongrie, il conduira Farmée vers Belgrade , Andrinople et Constantinople , et les vivres descendront par le Danube. Le roi de France, avec l'autre corps de soixante-dix mille piétons, quatre mille chevaux et douze mille hommes d'infanterie légère, se dirigera par le Frioul, la Dalmatie, la Bosnie et la Grèce, et fournira deux mille cinq cents cavaliers français, cinq mille hommes d'infanterie légère > et vingt mille piétons normands , picards et gascons. Le pape, avec Venise, la Savoie, d'autres États d'Italie et les Florentins , enverra mille cinq cents cavaliers, sept mille hommes armés d'arbalètes, de fusils et de lances moyennes, plus vingt mille piétons italiens, dont un tiers aura des fusils, et cette armée marchera sur Cattaro par Ancâne et Brindes, ou par Bari et Otrante.

Un troisième armement maritime portera les fourrages dans la Grèce et la Morée ; le roi du Portugal fournira pour cet armement trente caravelles ; le sénat de Venise, cent galères ; le roi de France avec Génes> vingt-cinq, autant de caraques, quarante galions, vingt barques; vingt-cinq galères le pape et le roi d'Espagne, lequel ajoutera trente navires de Biscaye; l'Angleterre j dix grandes caraques : en tout, cent cinquante galères, trente-sept caraques , cent vingt barques, galions ou caravelles, outre un nombre infini de bâtiments de transport. La dépeose mensuelle, pour chaque galère, était évaluée à 500 ducats; pour chaque caraque, à 600; pour les galions, è 200; pour les caravelles, à 50; pour les barques, à 300. Les fantassins

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devaient recevoir par mois quatre ducats d'or; les cavaliers cent vingt par an^ et soixante les hommes armés à la légère. La dépense de tout Tarmement était donc de 8,500,000 ducats d'or, tandis que les contributions dont nous avons parlé devaient en produire douze ^ outre les ornements et les trésors des églises.

Ces promesses ne résultaient pas du zèle, mais de l'émulation des princes, qui en étaient d'autant plus prodigues qu'aucun d'eux n'entendait les tenir. La mort délivra la chrétienté d'un eu- 1520 nemi si redoutable; mais Soliman, son fils, qui lui succéda, ne fut pas moins hostile aux chrétiens. Brave, généreux , hardi , il savait, sans les éteindre, discipliner ses propres instincts et ceux des musulmans, et joignait à la passion d'envahir le génie de la domination. En treize expéditions, il fit atteindre à Tempire ottoman ses Umites les plus reculées, et déploya Pétendard du Prophète à Diu, à Vienne , en face de Marseille et de Rome. Comme si Tamour des lettres, général parmi les chrétiens, devait aussi se manifester chez les Turcs, il lisait habituellement les Commentaires de César; il enrichit son pays de livres, de chefsd'œuvre d'art, et donna une bonne organisation aux ulémas. D'un caractère très^ctif, bouillant, religieux, mais tolérant, à ceux qui Texcitaient à persécuter ses sujets chrétiens, il moU"* trait un jardin embelli par la variété des arbres et des fleurs.

Alors parurent les fruits de cette politique qui substituait à l'unité chrétienne l'équilibre des nations. François i*' , pour abaisser TÂutriche, rechercha Talliance des Turcs, et, de môme qu'il comptait sur Tinfanterie de la Suisse, il espérait obtenir de la Porte une flotte sur la Méditerranée et une diversion redou* table sur le Danube ; ainsi la France, le porte^tendard des croisades contre l'islam, donnait aloi's la main à T islam pour l'introduire en Europe. En effet, sous le prétexte que les Hongrois avaient maltraité l'ambassadeur envoyé par lui pour recouvrer le tribut dans leur pays, Soliman ht marcher contre eux une armée immense et trente mille chameaux chargés de munitions et 1521 de vivres; il assiégea Belgrade en personne, et, secondé par les artilleurs français, il prit ce boulevard de la chrétienté. Les habitants hongrois furent envoyés sur la rive gauche du Danube et les Bulgares transférés à Constantinople. Cette conquête jeta réjpouvante dans l'Europe divisée, qui s'imagina que les Français allaient conduire Soliman dans l'Allemagne; mais, pour le

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