‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 127 sur 169 · CHEVALIERS DE HALTE · texte numérisé non relu

CHEVALIERS DE HALTE

moment, il suspendit ses coups^ afin d'assaillir^ avec trois cents voiles et cent nulle hommes de débarquement, l'île de Rhodes, qui lui était nécessaire comme point de communication entre Constantinople et TËgypte.

Nous avons déjà dit (chap. CXVIII) comment les chevaliers de Saint-Jean s'étaient établis dans cette lie. Sans être effrayés 1522 par les cent bouches à feu qui foudroyaient la forteresse^ ils se défendû*ent sous Yilliers de llle Adam avec un courage intrépide. Les femmes apportaient desrafratchissements, des médicaments, de la terre pour boucher les brèches, des pierres pour lancer à Tennemi. Cette politique, qui, d'un fauteuil où l'on repose mollement^ formule si aisément des sentences de lâcheté et d'in* capacité^ reproche aux Vénitiens de n'avoir pas défendu Rhodes ; mais ils pouvaient répondre : et £h quoi ! les deux pins ff grands monarques de la chrétienté épuisent les forces et le (( sang des peuples pour satisfaire des ambitions impitoyables; a le roi Très-Chrétien est Tallié des Turcs; le roi Catholique ne « répond que par des promesses aux cris d'alarme du grand maia tre, et c'est de nous que l'on exige tous les sacrifices, de nous 9 qui avons en Orient toutes nos forces, toutes nos ressources, ff tous nos profits; de nous qui sommes les premiers exposés aux ff coups de Fennemi commun ; de nous qui sommes épuisés par « nos longs combats avec cet ennemi et les rois chrétiens^ dont a aucun ne nous tendrait la main dans le péril I Nous sont- « mes donc contraints de respecter la paix que nous avons « faite avec les Turcs, d'observer les événements, et de nous bora ner à faire des vœux. » Néanmoins ils permirent à beaucoup des leurs d'aller rejoindre, comme déserteurs supposés, les chevaliers de Malte ; entre autres, Thabile ingénieur brescian , Gabriel Martinengo (1), venu de Candie avec cinq cents soldats, dirigea la défense de l'Ile, où il trouva la mort des braves.

Plus de cent mille Turcs avaient péri lorsque les chevaliers capitulèrent, et le grand maître partit avec cinq mille individus;

(1) Voilà encore une de ces famiUes magnanimes dont nous recneillanft les souvenii's, désirant qu*on fasse une histoire des familles, mais non certainement pour satisfaire des vanités. Barthélémy GoUeone adopta trois memhres de la famille bergamasque, lesquels combattirent à ses côtés à la Ricaniina ; il leur transmit son amour des arts, dont ils furent les protecteurs à Brescia et 4 Bergame ; non moins pieux que braves, ils favorisèrent dans ces viUes le mouvement religieux , commencé par Bernardin de Sienne , accéléré par le concile de Trente, et qui fit sui^ir tant d'églises et de couvents.

GHSTAUSRS DE KAITE. SliaÉ BE TIENNE. 401

dès lors t sans résidence fixe^ ils errèrent çà et là. Bernard Salviati^ neveu de Léon X , comme meoère de cette milice sacrée, avait enlevé Modon aux Turcs avec les galères de Tordre de l'Église, aidé à prendre Coron et acquis un grand renom de bravoure. Il fut envoyé à Charles-Quint , afin d'obtenir, pour en faire la résidence des chevaliers, les lies de Malte, fief autrefois des familles Chiaramonti et Moncada, avec Cozo et Comino, qui ^^^ loi appartenaient comme roi de Sicile. Ces rochers arides, au milieu desquels on ne pourrait vivre sans le froment et la neige qui viennent de la Sicile, ne valaient pas, disait-on, le parcbemin sur lequel la donation en fut écrite ; mais l'empereur, par cette concession, élevait un rempart qui devait protéger, outre Naples et la Sicile, la liberté des mers et les intérêts commerciaux de toute l'Europe.

Les chevaliers, tous les ans, faisaient hommage d'un faucon au vice-roi. Chacune des langues dont se composait l'ordre avait à Malte un albergo où vivaient les jeunes gens qui allaient y faire leur apprentissage; la variété des constructions révèle encore les goûts divers des nations et des temps. La langue italienne avait le privilège de la dignité de grand amiral , lequel commandait non-seulement à tous les marins, mais encore aux antres soldats, toutes les fois que le grand maréchal faisait défaut.

Soiinian se dirigea vers le Danube avec cent mille hommes et trois cents canons, et vint camper à Mohacz, favorisé par les dissensions intérieures qui avaient affaibli ce pays après la mort du grand Malhias Gorvin. Là il remporte une victoire sanglante, à la suite de laquelle il marche sur Bude, et Fincendie. Après 1526 avoir traversé Pesth, il porte ses ravages jusqu'au Raab, et, dans ^ ~^* l'espace de deux mois, il tue cent mille Hongrois, sentinelles perdues de la chrétienté, qui, pour des ambitions privées, se croisait les bras devant le péril commun.

Rappelé quelque temps par les troubles survenus en Asie, Soliman ne tarda point à reconduire cent vingt mille hommes contre Ferdinand, archiduc d'Autriche, qui s'était fait proclamer roi de la Hongrie, mais ne songeait pas à la défendre. Après s'être emparé de Bude et de Gran , il investit Vienne , à laquelle il donne vingt assauts; mais, toujours repoussé par la garnison, et manquant d'ailleurs de canons et de vivres, il revient sur ses pas, 1520 laissant le pays dévasté. Sans être découragé par cet échec, il rassemble trois cent mille hommes , et reparaît tout à coup en

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