‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 14 sur 169 · DKT. DES ITAL. — T. TU · texte numérisé non relu

DKT. DES ITAL. — T. TU

50 VASTE PEINGIB]!.

fjïôre étalage de ^es richesses eu se rendant k Plorenoe a^e Bonae 4e Savoie, sa fe^llQe. «U avait avec lui ses principaux feudataires et conseillers^ tous habillés de draps d'or et d'argent par le trèslibéral duc; leurs sei«Yiteurs se distinguaient égalenoent par des vêtements somptueux. Les courtisans, salariés par te prince , étaient vêtus de velours et d'f^utres fines étoffes de soiey avec des broderies resplendis^ntes, aipsi que leurs oamériers; il y eu avait quai^^nte^, auxquels il avait donné un collier d'or, et le moindre valait 100 ducats. Il avait cinquante laquais, tous avec deux vêtements, l'un de drap d'argent et l'autre de soie; enfin les serviteurs de cuisine portaient desiij^bits de velours et de satii^. U était acoopip^né de cinquante coursiers avec les salles en dp^p 0'Qr> \^ brides tissues de soie et les éperons dorés ; de gentils vs\rle^> tous avec un pourpoint de drap d'argent et un manteau i^iomea) à la sforxesque , niQnlaient ces puissants chevaux. Pour la garde de Sou Excellence^ il y avait cent hommes d'armes d'élite, tous équipés cQmme des capitaines, et cinquante fanta^ns choisis, les uns et les autres habillés par le duc. Son épouse avait cinquante haquenées, avec leurs selles et des garnitures d'or et d'argent, montées par des pages richement vêtus ; suivaient douze chars, dont les couverturcs de drap d'or et d'argent étaient brodées aux armes ducales; à l'intérieur^ les sièges et les coussins étaient de drap d'or^ quelques-uns d'argent j et d'autres de satin cramçjisi ; la soie couvrait même les harnais des chevaux. Ce cortège se composait de deux mille chevaux et de deux cents mules de trait, ay^nt tous le même caparaçon , qui était de damas blanc et noir ; celui du duc portait au milieu une broderie d'or fm et d'argent, et les muletiers avaient un habit neuf à la sforsesque. Derrière venaient encore cinquante couples de chiens d'espèces diverses» avec un grand nombre de faucons et d'épervie^s. On y comptait, quarante trompettes et ftfres, beaucoup de bouffons et d'autres individus avec divers instruments de musique. Cette suite caùta seule 3ÛQ,0|00 ducats (Coaio). d

Arrivés k Popfremoli, ils logèrent dans la forteresae pour yé^ nérer l'image de Marie Annunziata, devenue depuis quelque temps l'objet d'une dévotion particulière (1), A Florence, les Médicis voulurent rivaliser de faste, et ils ajoutèrent à cela l'éclat des beaux-arts. La ville entretint ^ ses frais tout ce qui faisait

(1) Taugiom TozzkttI, BelaziQn$ <k via^gif XI, 266.

partie du cortège, et offrit trois représentations sacrées, rAn« nonciation à saint Félix , T Ascensioipt daps le cpuvent des C^npes» la Descente du Paraolet à Saint-Esprit , qui malheureusteineni prit feu. I^es bons citoyens virent avec regret^ que cette solennité introduisit un luxe inusité parmi eux j la noagn^iricence, en effetji dut excéder toute mesure, puisque Sforza, Laurent de Médicis, Sixte IV et ses neveux Pierre et Jérôme Riario rivalisaient à qui brillerait le plus. Borso d'Ëste se vantait de posséder les meilleurs faucons, les chiens les plus intrépides, les destriers les plus beaux; ses écuries renfermaient environ cent chevaux; il avait cent l'auconniers, et, quand il allait à la chasse^ il abandonnait tous les animau)^ qu'on tuait à ceux qui l'accompagnaient. Il entretenait plusieurs bouffons, parmi lesquels un certain Scopola, juif converti, et peut-être encore le célèbre fou Gcninella, qui a conservé une renommée populaire comme Meliolo, et, plus tard^ frère Mariano et frère Séraphin à la cour d'Urbin.

Les ambassades étaient encore une occasion de grand luxe. Lorsque Louis Xi monta sur le trône de France, toute l'Italie envoya le féliciter, Le représentant de Florence fut Pierre des Pazzi , qui déploya une somptuosité inouïe en vêtements, joyaux, serviteurs, varlets, chevaux, au point qu'on voulut qu'il parcourût la ville afin que le peuple jouit de cette pon^pe sans égale» A la cour, « il changeait tous les jours une ou deux fois d'habits, tous fort riches, ce que faisaient également les personnes de sa maison et les jeunes gens qui l'avaient accompagné. ,• De la part de sa commune et de ses propres deniers, il offrit des dons à tous ceux de la cour du roi, de manière qu'aucun autre ambassadeur ne fit comme Pien>e. s> A son retour, «tous les hommes de condition sortirent à sa rencontre ; les rues et les fenêtres étaient rempUes de curieux. 11 entra dans la ville avec les gens de sa maison , tous vêtus richement et à neuf, en cottes de soie, ayant aux manches et au chapeau des perles de grand prix (i). » Ce Pierre allait à pied de Florence à sa villa, et, durant le chemin, il apprenait par cœur Y Enéide, les Triomphes de Pétrarque f beaucoup de discours de Tite-Live.

Lorsque Jean-Galéas épousa Isabelle d'Aragon, un certain Bergonzo Botta reçut les mariés à Tortone dans de magnifiques appartements, et leur servit à manger dans un lieu agréable, au milieu d'une doucç harmonie ; pendant le repas, on yit appa-

(1) Vespasiauo, r<> de fierre Pazzi.

5i REFRÉSEKTATIONS.

ra!tre Jason avec la toison d'or, Apollon berger^ Diane chasseresse^ Orphée chantre^ Atalante avec le sanglier calédonien , Iris^ Thésée, Vertumne , en un mot toutes les divinités de la mythologie^ chacune offrant des dons selon sa nature : Hébé versait le nectar et l'ambroisie ; Apicius répandait des sauces sur les viandes; le ft, TAdda et le Tessin versaient des eaux melKfiées; le Verbano et le Lario fournissaient des fruits en abondance. Après le banquet, il y eut un spectacle où figurèrent des personnages historiques et allégoriques: Sémirarois, Hélène^ Médée et Cléopàtre chantaient leurs prouesses honteuses 3 elles étaient mises en fuite par la Foi conjugale^ qui introduisait Lucrèce, Pénélope^ Judith, Porcia, Sulpicie^ pour célébrer la pudeur et la modestie. Enfin Silène^ ivre, vint amuser les spectateurs par sa démarche vacillante et ses chutes (\). A Milan, Léonard de Vinci dirigea les fêtes , et fit une machine figurant le ciel avec toutes les planètes représentées par des divinités qui tournaient selon leurs lois; chacune portait un musicien qui chantait les louanges des époux.

En 1473^ Éléonore d^Aragon passant à Rome avec un cortège de plus de quarante mille chevaux , le cardinal Pierre Riario donna des fêtes magnifiques; il offrit à ses hôtes trois salies d'une splendeur indicible, et quatorze chambres tapissées^ une plus richement que Tautre, avec des couchettes de satin ^ de damas ; d'étoffes d'or, des draps de linon d'une seule pièce et des fourrures; la place de Saint- Apôtre fut couverte de tentures. « 11 serait trop long (s'écrie Corio) de décrire la magnificence de cet illustre monseigneur saint Sixte; on l'aurait pris, non pour un religieux, mais pour le fils de César, premier empereur. Je m'y perds entièrement, et serais incapable, non pas de rapporter, mais même de me rappeler une minime partie de ce luxe. D Toutes les tables étaient servies en argent, et jamais aucun plat ne fut enlevé du buffet; les mets figuraient des animaux et des faits historiques. Des Florentins représentèrent Susanne a dans les scènes les plus vraies et avec un mérite incomparable;» puis, les jours suivants , saint Jean*Baptiste , saint Jacques, le Christ qui vide les limbes ; enfin, avec plus d'appareil, le tribut que le monde entier apportait à Rome, spectacle où l'on vit défiler soixante-dix mules chargées, chacune avec un caparaçon de drap orné des armes respectives (1).

(1) Trmtani GàiXUI, Nuptiat JHedioi, Dueum, vi.

(2) Dir.rio d'iNFBSSURA. {Rer, It, Scripi» lU, part. II, p. 1145.)

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