PERSONNES SAINTES
done s'imposa un genre de vie très-rigoureux ; dans ses prédications de Milan, il fut si heureux que le peuple voulait l'avoir pour archevêque; mais il s'enfuit. Accompagné de Jean de Capistrano, il parcourut l'Allemagne, la Bohème, la Hongrie, pré«chant et excitant les peuples contre les Turcs. Antoine de Stroconio, dans TOmbrie ; Pacifique de Ceredano, dans le Novarais, auteur d une Somme pontificale; Jacques d'IUyrie, moine à Conversano et à Biceto près Bari ; Pierre de Moliano, compagnon, puis successeur de Jacques des Marches; Ange de Chivasso, révéré, surtout à Cuneo; Vincent d'Aquilée, qui s'était condamné aux plus étonnantes austérités, ne sont qu'une minime partie des membres dont cet ordre put se glorifier.
it^ Bernardin Tomitano, de Feltre, bien que sa personne fût disgracieuse, charmait le peuple par son éloquence et sa vertu, par son empressement à recueillir les gémissements des veuves et des orphelins. Les monts-de-piété, alors à peine introduits par un certain Barnabe, franciscain de Pérouse, furent soutenus et propagés par Bernardin, sauvant ainsi des exigences des usuriers, qui, par exemple, avaient à Parme vingt-deux banques, où ils prêtaient jusqu'à 20 pour 100.
i»08 Les Calabres nous offrent leur François de Paule, qui institua
l'ordre des minimes, afin que leur exemple corrigeât les chrétiens, qui s'étaient relâchés dans le jeûne et les autres pratiques de dévotion. Il prit pour devise le mot charité ^ et sut dire la vérité aux rois de Naples. Lorsque Louis XI de France, atteint d'une maladie, l'envoya prier de se rendre auprès de lui, il n'obéit que sur l'ordre du pape ; puis il annonça à ce même Louis que la vie des rois, comme celle des autres, est dans la main de Dieu, et qu'il devait se préparer à mourir. En France, on l'appelait le bon homme, et ses religieux, de même qu'un poirier dont il avait apporté la greffe, conservèrent ce nom.
Le bienheureux Antoine de Mendola fut augustin^ comme le bienheureux André de Monreale, près Rieti, qui, pendant cinquante ans, prêcha dans l'Italie et la France. D'ailleurs tous les ordres, si l'on fouillait dans l'histoire, offriraient des personnages illustres par leur vertu ou leur savoir* Nous citerons, parmi les femmes, la Romaine Françoise de Busso, qui, ayant épousé à douze ans Laurent des Ponzani, fut le modèle de ses compa* gnes, surtout au milieu des souffrances de l'invasion durci Ladislas et de la peste ; pendant trente années, elle servit les malades dans les hôpitaux sans négliger les soins domestiques^ et
PERSOmVES 8ÂINTSS. Ail
finit par instituer Tordre des oblates. Catherine de Pallanza^ après avoir entendu à Milan le bienheureux Albert de Sarzane prêcher la passion du Christ, consacra sa virginité à Dieu, pour se retirer^ avec d'autres jeunes filles^ sur le mont Varèse^ où chacune devint un modèle de perfection ascétique.
Véronique, née de pauvres parents milanais, contrainte de travailler continuellement, même après qu'elle fut entrée dans l'ordre des augustines^ apprenait elie-môme , durant la nuit, à lire et à écrire, et Dieu la combla de faveurs. Catherine des Fiesco de Gènes, dont le père fut vice-roi de Naples, se voua, dès son enfance, à la piété la plus austère; obligée d'épouser un Adomo, comme gage de réconciliation entre les deux familles rivales, elle fit preuve, durant les dix années de son mariage, d'une patience continuelle, couronnée par la conversion de son mari. Elle servit les pauvres dans. l'hôpital, et pendant les ravages des pestes de 1497 et 1501. Consolée par les illuminations d'en haut, elle poussa les abstinences à l'extrême; elle a laissé des œuvres qui, par la ferveur et Vélévation , égalent celles de sa contemporaine sainte Thérèse.
Il faut joindre à cette liste la Romaine Louise d'Albertone, Catherine Mattei de Racconigi, Madeleine Panatieri de Trino, Catherine de Boulogne, qui écrivit les Sept Armes spirituelles ; la carmélite Jeanne Scopello de Reggio; Séraphine, fille de Gui Antoine, comte d'Urbin, et femme malheureuse d'Alexandre Sforza, seigneur de Pesaro; Ëustochie, de la famille des seigneurs deCalafato, à Messine, qui fonda le Mont-des-Yierges; Marguerite de Ravenne, éprouvée par des infirmités douloureuses, fondatrice de la confrérie de Bon Jésus; Stéphanie Quinzani d'Orzinovi, parvenue à un tel renom de sainteté que les villes se la disputaient : le sénat vénitien, les ducs de Mantoue et de Milan lui demandaient des conseils; avec le produit d'aumônes, elle construisit un monastère à Sancino ; enfin Marguerite de Savoie, veuve du marquis de Montferrat ; Dieu lui ayant proposé de choisir, parmi les épreuves, entre la calomnie, la maladie ou la persécution, elle résolut de les subir toutes.
Mais la piété de ces personnes, et d'autres que nous citerons oa tairons, ne suffisait pas pour accomplir cette réforme, qui aurait dû venir de plus haut. L'autorité pontificale, qui avait gouverné le monde pendant tout le moyen ftge, s'était déjà vue en butte aux attaques de quelques hommes hardis , comme Arnaud de Brescia et les Patarins; mais la critique restait étouffée
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SOUS le consentement universel. Néanmoins Topinion^ fondement du pouvoir papal, avait été rudement ébranlée par les démêlés avec Philippe le Bel et les autres rois, démêlés où s'étaient révélées les faiblesses des uns et des autres. Pendant Pexil d'Avi* gnon, les successeurs d'Innoc^t III parurent se faire les vashiux des monarques; des personnes pieuses, et surtout des Italiens, les c(»)sidérant comme déserteurs du bercail, ne se fai* saient pas scrupule de les blâmer avec une acrimonie dont la source était sans doute le respect pour leur rang, mais qui portaût atteinte à leur considération personnelle. De là naquit le schisme occidental, qui, pendant quarante ans, fit douter de la perpétuité promise à l'Eglise. D'ailleurs, au lieu de réconcilier les princes, comme sa mission lui en fait un devoir, l'Église elle-même sema la discorde; des papes rivaux se maudirent les uns les autres; les évéques choisis par l'un repoussaient l'autorité de leurs confrères élus par l'autre, et tous eurent besoin du bras des princes pour soutenir la vérité et l'erreur.
Les conciles de Bàle et de Constance, en se proclamant supérieurs au pontife, condamnaient dans l'Église la monarchie, alors précisément qu'elle s'organisait dans la société civile. Les rois, qui aspiraient à concentrer la puissance en eux-mêmes, saisirent celte occasion, et, toujours hostiles aux anciennes prérogatives de Rome, ils dirent : a Nous connaissons et savons faire « le bien mieux que l'Église ; nous ne devons dépendre de pera sonne, et il ne doit y avoir personne dans nos États qui ne « dépende de nous. »
Au milieu de la tendance générale de ce siècle à constituer les {N^incipautés sur les raines des républiques et des communes, les papes eux-mêmes se jetèrent plus avidement dans la vœe des intérêts matériels; ou bien ils s'efforcèrent de procurer la richesse et de hautes positions aux membres de leur femille, caressant d'un côté les puissants afin de les rendre favorables à leurs desseins, et de l'autre pressurant les faibles. Dans ce bat, et pour fortifier leur puissance terrestre au détriment des petits seigneurs de laRomagne, qui l'^travaient, ils s'engagèrent dans une poUtique qui ne fut exempte ni de violences ni de fraudes. Dans la conjuration des Pazzi, nous avons va des prélats conspirer pour commettre un assassinat au milieu d'une Église, et le peuple, par vengeance, pendre même un archevêque. Ce fait prouve mieux raffaibhssement du sentiment religieux que la diatribe violente lancée, à cette occa^on, contre
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Sixte rVy et qu'on attribue à Gentile des Beechi^ évéque dllrbin.
Vint ensuite Alexandre VI ; si» comme homme, il est resté te type d^infamies plus romanesques qu'historiques» il donna, comme pape» de sages constitutions. Au moyen de la délimita* tioD» raiUée si mal à propos, il prévint les conflits de TEspagne et du Portugal dans le nouveau monde. Les contemporains sont d'accord pour lui faire un mérite d'avoir écrasé les petites tyran* nies» et beaucoup reconnaissent» comme on Fa dit de Tibère» qu'il eut autant de vertus que de vices. Là où les formes tyran* niques, réprouvées d'ailleurs par la chrétienté, sont passagères, l'incapacité ou la perversité d'un chef ne saurait détruire la bonté des institutions et la consistance des desseins.
Désormais» cependant^ on recherchait dans le pape moins le chef de l'Église que celui de l'État. Jules II fut aussi belliqueui qu'un évéque du onzième siècle. Le pays, quand il reçut les clefs de Saint-Pierre» se trouvait dans une telle anarchie que l'on se battait même dans Rome ; il rétablit l'ordre» refréna les barons» et l'on pourrait le qualifier de héros» si Parmure et la rudesse guerrière ne choquaient pas dans le successeur du pacifique pécheur de Galilée. Lorsqu'il eut acquis sans violence la possession d'Urbin, il mit tous ses soins à fortitier l'Église ; il ne fit point de cardinaux dans les maisons riches; mais» à le voir obligé de camper lui-même en face des canons, on reconnaît un âge où les rois croyaient à Dieu, non plus au pape. Le temps était loin où une parole de Grégoire VII suffisait pour les faire venir du cœur de la Saxe» afin de baiser» pieds nus» son pied danâ le château de Canossa.
Léon X s'appliqua à détruire les restes des hussites en B6héme, à répandre le catholicisme parmi les Russes et les Abyssins, à fouder des églises dans l'Amérique; il détourna le schisme dont le synode de Pise menaçait l'Ëglise» et abolit en France la pragmatique sanction. Le long et honteux litige sur les monts- depiété» il le termina en déclarant qu'il n'y voyait rien d'illicite et d'usuraire; il conseillait la concorde aux princes chrétiens pour les opposer aux Turcs. Toujours sobre, il exagérait les rigueurs ecclésiastiques pendant les jours de jeûne, et il introduisit la touchante liturgie de la Semaine sainte à Rome. Dans la collation des bénéfices» il montra une grande intégrité; il recommandait à ses favoris de ne pas lui faire accorder de grâces dont il dût avoir à rougir ou à se repentir» et préférait secourir de sa bourse ceux qui les réclamaient. D'autre part» il ne distribuait pas les dignités ecclésiastiques comme une récompense de