‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 138 sur 169 · LES PAPES · texte numérisé non relu

LES PAPES

zèle insigne ou de vertus exemplaires^ mais souvent afin de rémunérer le talent, quelle qu'en fût l'application ; jamais Tinfluence de Tesprit paien^ qui pénétra même dans la cour romaine, ne parut plus évidente.

Sorti d'une maison où la magnificence et le patronage des beaux-arts étaient héréditaires^ Léon X ^ à la fleur de l'âge, instruit^ aimable^ recherche les voluptés de l'esprit, aime à lire la satisfaction sur le visage de ceux qui l'entourent, et veut que tous proclament la félicité de son temps : il fait faire de la musique^ et accompagne les airs à voix basse ; il déconcerte son maître des cérémonies en sortant sans rochet et parfois en bottes; pendant des journées entières^ il chasse à cheval à Viterbe ou à Cometo, et pèche à Bolsena; il fait représenter les comédies de Machiavel et deBibiena, et, chaque année, il appelle de Sienne les comédiens des Rossi. 11 embrasse TArioste, et menace d'excommunier quiconque réimprimera Tacite ou le Roland jutieuXy dont il accepte la dédicace, comme il accepte celle de Y Itinéraire de Rutilius Numatianus > un des derniers païens acharnés contre le christianisme naissant. Il accueille les notes d'Érasme sur le Nouveau Testament, qui depuis furent mises à Findex, et se laisse dédier le livre de Hutten sur la donation de Constantin, dans lequel Luther disait avoir puisé tout son courage; enfin il donne à Aide Manuce le privilège pour Timpression des Episiolx obscurorum virorum de ce même Hutten.

Ce pape avait pour convives habituels un fils de Poggio, un chevalier Brandini, un moine du nom de Mariano, tous joyeux compagnons et railleurs , qui inventaient des plats bizarres et supportaient du pape ou des siens toute espèce de boutades. Un Florentin, de la famille des Nobili, dit le More, c ce grand bouffon, gourmet et mangeur sans égal, recevait de lui, pour sa gourmandise et sa causerie, 300 écus par an (Cambi). » Après le dîner, il retenait six ou sept cardinaux de ses amis, avec lesquels il jouait aux cartes, et, qu'il gagnftt ou perdît, il jetait des pœgnées de sequins sur les spectateurs. Il ne respectait pas les lettres comme des matrones, mais les caressait comme des prosti« tuées ; s'il rencontrait quelque auteur épris de son mérite, il gonflait sa vanité par des honneurs et des démonstrations d'intérêt, jusqu'à ce qu'il l'eût rendu le jouet de tous, comme il advint avec Tarascon, son secrétaire. Léon lui ayant persuadé qu'il était devenu subitement un musicien célèbre, il se mit à établir des règles extravagantes, et perdit la raison. Il se per-

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