FUNESTE HÉSITATION DE CLÉMENT VU
leur indépendance était compromise. Venise, prenant le rôle de protectrice de la liberté» que Florence avait perdu, armait et renouvelait ses instances auprès de Clément ; en s'unissant résolument avec cette république^ laquelle avait une armée intacte, et avec le duc de Ferrare^ ce pape aurait pu soutenir Phonneur italien contre des troupes qui s^étaient débandées faute de paye.
Clément, qui ii^aimait pas Faction , eut recours aux paroles, et décrivit à l'empereur l'épouvante occasionnée par l'occupa* tien de Milan : « A la vue de cette ruine manifeste de l'Italie , «les hommes qui tremblaient et affectionnaient peu Votre « Majesté ne cessaient de nous exhorter à repousser de Tltalie, a comme bon prince italien et pape véritable, la servitude et a l'oppression;... néanmoins, bien que notre esprit hésitât quelc quefois, et que nous fussions incertain sur vos dispositions à < notre égard, d'autant plus que vos ministres nous ont fait a beaucoup d'outrages dans notre Ë(at et la personne de nos <( sujets, nous n'avons jamais voulu rien faire qui nous enlevât a votre amour et votre amitié;... car nous avons la ferme es* c pérance que celui qui tant de fois a promis de rendre Pindéc pendance aux potentats de Tltalie, le fera avec d'autant plus « d'empressement, que l'occupation de Milan est plus contraire a à notre attente. Votre Majesté a dit si souvent qu'elle voulait « la tranquillité et la liberté de l'Italie ; le moment est venu, a Restituez son État au duc de Milan, et vous éteindrez dans les « cœurs de chacun une crainte et un désespoir qui peuvent al- « lumer un grave incendie.
c Ces actes, notre très-cher fils, ni la mort ni le temps ne c( peuvent les anéantir; en sacrifiant quelque dessein particulier « au bien général, on gagne le ciel, et, dans la postérité, un nom « immortel. Si Votre Majesté se laisse persuader par son bon et « affectueux père, nous lui offrons non-seulement des dtmes, tf des croisades, des chapelles et tout ce que nous pouvons faire ff en vertu de notre double autorité spirituelle et temporelle, a mais encore notre sang et notre vie pour son exaltation et cr satisfaction (i). b Clément comprenait donc les devoirs de Charles et les siens; mais, quand il fallait agir, il hésitait, et recourait aux voies tortueuses, si conformes à la politique d'alors ; puis, aussitôt que Charles eut assuré Florence aux Médicis, il se déclara pour lui et le pourvut d'argent.
(!) Lettres de prince t à princes, il, 95. Elle est du 16 décembre 1525.
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Sur ces entrefaites, la Sicile réclamait en vain ses privilèges à un roi maître de la moitié du monde. Naples était audacieusement rançonnée par les capitaines et les magistrats^ qui épuisaient la source des richesses à force d'exactions. La Toscane assistait à l'agonie de sa liberté; la Romagne avait souffert tour à tour de ses tyrans indociles et de papes ambitieux; dans la Lombardie, ravagée par des guerres continuelles^ beaucoup de villes furent prises et reprises, et les campagnes étaient ruinées ; d'autre part, tous gémissaient sous l'oppression d'armées composées de soldats étrangers, achetés en détail^ on bien enrôlés par des capitaines qui^ mus par le seul appât du butin, et disposés à se retourner contre celui qui les stipendiait^ recherchaient la guerre , leur unique existence , dussent-ils la faire pour leur compte.
En Lombardie, les factions des Guelfes et des Gibelins s'étaient réveillées, et l'on avait vu surgir plusieurs chefs de bandes^ qualiflés de brigands (masnadieri) dans les temps de tranquillité, et qui, au milieu des troubles , prétendent au nom de héros ; parmi ces gens et avec eux s'élevaient quelques seigneurs, appuyés uniquement sur le droit de l'épée, et poussés par Tunique désir de satisfaire leur volonté. Dans le nombre, Jean-Jacques^ surnommé le Medeghino, obtint de la renommée. Il était d'une famille de Milan, appelée Médicis, mais qui n'avait aucune parenté avec celle de Florence. Il commença sa carrière par des vengeances viriles^ et, menacé de châtiment, il embrassa la carrière des armes; néanmoins il serait difficile d'expliquer sa puissance si l'on ne se rappelait pas que, dans les jours d'agitation, des milliers d'individus se réunissent à quiconque montre de l'énergie et offre une chance d'exercer le courage et de voler; qu'il réussisse ou non, peu importe. Medeghino embrassa ia cause des Gibelins, ce qui voulait dire des partisans de l'Espagne; pour seconder Morone, auquel il était cher, il arrête un courrier français, Tégorge, et lui enlève ses dépêches dont il se sert pour régler sa conduite; entré à Milan avec les impériaux, il les aide à s'emparer du lac de Gôme. Il prête son bras à François Sforta, rétabli dans le duché, pour se défaire d'Âstore Visoonte, son ennemi particulier, et demande le château de Musso pour prix de cet assassinat. Sforza et Morone feignirent de lui en donner la patente, adressée au châtelain; mais elle contenait l'ordre de l'arrêter. Medeghino, qui eut quelques soupçons, ouvrit la lettre, et la remplaça par une autre, à la présentation de laqudle oa
lui livra le château; il dissimula^ et le duc fût contraint de se taire.
Le château s'élevait sur un promontoire dans la partie supérieure du lac de Côme; outre les difficultés naturelles de la montagne^ escarpée de trois côtés ^ le maréchal Trivulce, autrefois son propriétaire, l'avait entouré de bonnes fortifications^ auxquelles Medeghino en ajouta de nouvelles, au point de le rendre imprenable. Le lac et les montagnes environnantes étaient infestées de brigands qui, agissant pour leur compte, au milieu du désordre général, volaient, tuaient^ bravaient les lois au grand dommage des gens pacifiques. Medeghino détruisit les uns et réunit les autres autour de lui en les disciplinant. Il institua un conseil de finances et un de justice pour les refréner; d'excellents ingénieurs étaient à son service; se conciliant les subalternes par une affabilité soldatesque, les seigneurs par des secours d'argent et d'hommes, par sa protection, il domina dans ces parages, seconda tantôt le duc, et tantôt Taffama en empêchant le transport des grains ; en assaillant la Yalteline et Ghiavenna, il contraignit les Grisons à rappeler les troupes qui servaient sous François I®', ce qui fut la cause principale de la déroute de Pavie.
Les impériaux, après avoir occupé le duché, ne purent euxmêmes lui faire courber la tête; tour à tour lion et renard, il se soutint en répandant la terreur dans le voisinage. Il devint également maître du comté de Lecco, propriété de Morone, qui reçut en dédommagement des terres dans la Brianza; là, il battit monnaie, et fut sur le point de s'emparer de Côme. Fort par ses richesses et ses bandes, redouté pour son audace criminelle , très-fourbe dans un âge de fourbes, exploitant tous les partis, ayant partout des intelligences et des espions, il visait à se rendre maître, avec l'aide des Suisses qu*il espérait acheter, de vastes domaines et peut-être de tout le duché. Dans te but, il faisait de l'argent par tous les moyens, au point d'imposer un droit sur la pêche et de faire payer aux individus de petites rançons. Dix mille Grisons, dont il était Pennemi déclaré, s'entendirent contre lui avec Charles*Quint, dont il était Pami incommode; mais il sut tout à la fois employer la force et les négociations avec tant de succès, qu'il obtint de l'empereur de larges conditions, 35,000 écus et le marquisat de Marignan (1532).
Les Lombards ne pouvaient s'habituer à la servitude; bien qu'ils eussent perdu jusqu'à leur nationalité, ils nourrissaient ce
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