‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 150 sur 169 · TRAITS DE MADRID · texte numérisé non relu

TRAITS DE MADRID

patriotisme qui ne produit plus d'inspiration, mais des tourments ; ils espéraient dans l'insurrection, dans l'assassinat, dans l'Angleterre^ surtout dans les Français, intéressés à nuire à Charles-Quint pour venger leur roi prisonnier; mais la régente de France (les preuves abondent) recevait les projets et les espérances des Italiens, puis les transmettait à l'empereur pour le convaincre qu'il était menacé d'une conflagration générale, et le rendre ainsi plus facile à traiter. Mais Charles, toujours inflexible, exigea que le roi prisonnier consentit aux conditions qu'il lui avait imposées, c'est-à-dire qu'il renonçât à la Bourgogne, à ses droits sur la Flandre, FArtois et le royaume de Naples ; qu'il épousât Ëiéonore de Portugal , sœur de Charles ; qu'il conférât au connétable de Bourbon ses fiefs confisqués et le duché de Milan, et livrât ses fils comme otage.

L'Italien Mercurino Gattinara , grand chancelier de Charles et le seul parmi ses agents qui montrât un caractère élevé, lui conseillait de tenir François V^ toujours enfermé, ou de lui rendre la liberté sans conditions. Charles voyait bien qu'il ne pourrait obtenir tout ce qu'il demandait ; mais peut-être avait-il moins à cœur d'acquérir la Bourgogne que de déshonorer le héros de Marignan, le dernier paladin, en le faisant paraître lâche s'il observait le traité, et menteur s'il le violait. En effet, le roi chevaleresque crut qu'il lui était permis de tromper celui qui le violentait; à peine libre, il réunit à Cognac les 18 mars, grands, qui le dispensent de remplir des engagements qu'on lui a extorqués, d'autant plus qu'ils portent atteinte à Tintégrité du royaume, et votent 2 millions d'or pour renouveler la guerre.

Les deux rois s'accusent réciproquement de félonie et font des préparatifs de guerre. Gattinara rédige une consultation pour démontrer que François P' possède les sept péchés capitaux, et que dès lors on doit le combattre. Le roi de France, encou- 22 man. ragé par Clément VII et les Vénitiens , entre dans une sainte ligue, dont Henri VIII et le pape se déclaraient les protecteurs» et qui avait pour but de délivrer ses fils, d'assurer à Sforza te Milanais, au pape Naples, à l'Italie l'indépendance.

La jalousie excitée par l'insatiable cupidité des Autrichiens, le désordre des finances de Charles-Quint, et le désespoir qui poussait les Italiens à tout entreprendre, après avoir souffert pendant trente ans le honteux supplice infligé à une population désarmée par une soldatesque féroce et perverse, pouvaient faire

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