‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 151 sur 169 · SAINTE LIGUE CONTRE CHÂRLES-QUINT · texte numérisé non relu

SAINTE LIGUE CONTRE CHÂRLES-QUINT

concevoir de légitimes espérances. Malheureusement lesltaliens manquaient de chefs ; ceux qui ^ pour opprimer et voler^ bravaient la justice ou vendaient leurs services, étaient dépourvus du véritable courage qui naît d'un sentiment généreux, et vivaient séparés de la nation. Les gouvernements avaient oublié leur énergie d'autrefois; Tinfluence guelfe de Florence n'existait plus; Venise vivait au jour le jour, et le pape vacillait toujours. En effet, sans parler des promesses que Charles lui prodiguait^ le spectre de Luther triomphant Tépouvantait; dans le naufrage de ritalie, il espéra donc qu'il sauverait du moins l'Égliise, au moyen de l'agrandissement de l'empereur, qu'il croyait un catholique fervent, et auquel il suggérait de former une ligue avec les princes bien pensants, afia d'extirper par le fer et le feu la plante vénéneuse. Mais, si l'empereur Maximilien avait protégé Luther en disant : a Un jour il pourra être utile, o Charles-Quint gouverna le pape au moyen de Tépouvantail de Phérésie croissante et par la menace d'un concile.

La guerre ayant éclaté entre la France et l'empire, les Italiens l'entreprirent avec ardeur ; car ils sentaient qu'elle n'était pas faite a pour un point d'honneur, pour une vengeance ou la conservation d'une cité, mais qu'il s'agissait du salut ou de la perpétuelle servitude de l'Italie ; d ils espéraient « voir le monde se renouveler, et l'Italie remonter des abîmes de la misère à une très-grande félicité.» Ainsi s^exprime le dataire Ghiberti (i), qui disait dans une lettre à don Michel Sylva : « Je vous ai écrit € que, si toute vertu n'était pas éteinte dans le cœur des Franff çais^ et si le roi tenait sa promesse de se mettre avec nous « pour délivrer l'Italie et ses enfants, et se venger des injures de c César, nous serions encore des hommes et ferions des efforts « afin de nous soustraire à la domination du très-mauvais <( Charles. Nous avons si bien poursuivi nos négociations que, le c 22 du mois passé, la ligue a été conclue en France entre nous, « le roi de France, les Vénitiens et le duc de Milan, en laissant « au roi d'Angleterre la faculté d'y entrer dans le délai de trois a mois, ce qu'il fera, nous en sommes certains. Si les Français a tiennent ferme, et que je sois cru, nous ferons en sorte que « César connaisse combien il perd pour être si ingrat envers « Dieu et les hommes. Sans force, j'en suis certain, nous ne a pouvons attendre que du mal; on ne tient aucun compte

(1) Lettres de princes à princes, U, 96, 10 juillet 152C.

463 (X)in)UITB D£ LA SOLDATBSOUX.

« do la conr apostolique^ et l'on ne voit que la soif dé régner a per fat et nef as; il y a tant de maux que j*espère que Dieu ne a voudra point 'supporter davantage un si grand mépris de ses tt choses O).» ^

Le ducd'Urbin, capitaine des Vénitiens, marche sur le Milanais^ tandis que Guido Rangone et Thistorien Guicciardini y en qua* lité de lieutenant, y arrivent avec les troupes papales ; mais les confédérés ne savaient pas agir d'accord. Clément s'imaginait qu'on manquait aux égards qui lui étaient dus;leMedeghino,qui recevait de lui de grandes sommes d'argent pour soudoyer des Suisses, les employait à s'agrandir lui-même ; le duc dllrbin^ en se vantant d'imiter Fabrice Golonna leTemporiseur^ évitait les batailles pour traîner la guerre en longueur, a Les résolutions des Français^ magnifiques en paroles , aboutissaient chaque jour à des effets plus restreints, d'autant plus que François avait entamé de nouvelles négociations avec l'empereur. » Tout cela rendait très-misérable le sort de la Lombardie, « déchirée avec impiété par les soldats de la ligue^ lesquels , attendus d'abord

(1) Lettre de Rome, 10 juin 1 526. Entre autres choses, il dit : « Nous mettrons sur pied dix mille fantassins, et les Vénitiens autant. Nous attendons que Tévèque de Lodi, auquel nous et les Vénitiens avons donné de Targent, nous amène dix mille Suisses ; 8*ils ne Tiennent pas, nous en ferons de toute manière des» cendre dix mille. La forteresse de Milan est réduite aux extrémités, et celle de Crémone souffre beaucoup ; j^espère que nous pourrons les secourir à temps. Le peuple de Milan est encore eu armes ; aussitôt qu'il sera secouru par quelque bande, il promet de faire mer>'eilles. Les Espagnols fortifient beaucoup Lodi ; nous croyons qu*ils veulent s'enfermer là et dans Pavie ; le tout est de tomber dessDS avant les récoltes, parce que, s'ils s'enfermaient dans les forteresses approvisionnées, ils nous feraient dépenser un monde. Les lansquenets manquent d'argent, et nous croyons que, Charles n'ayant pas de quoi les payer, il» s'en iront ; mais les Espagnols serviront sans paye. Vous nous rendrez un très-grand service de ne pas lui en donner et d'empêcher qu'on lui en donne. J'ai appris avec déplaisir, par votre lettre du 1" du mou passé , que César envoie en Italie 200,000 ducats obtenus de vous ; nous n'avons pas su autre chose y sinon qu'ils cherchaient à réaliser en Italie des valeurs pour 70,000 ducats ou environ. Nous essayerons de lui fermer Gènes, aSn que , même alors que vous seriez si peu digne, César n'ait pas le moyen de les remettre. Je désirerais que nous fissions l'expédition de Naples, ou bien nous verrons ui se initia data in LomBardia.,, Quant à faire votre enfant duc de Milan, vous voyez que c'est là un songe. Peraonne ne voit vos lettres, excepté le pape ; je vous écrini, et vous , écrivez-moi ; or, même sans écrire , sachez que tout le mal qu'on peut faire à César, surtout si on ne lui donne point d'argent, ni aucun autre subside, tout cela tourne à notre avantage, etc. »

ANTON DE LETVA, 463

avec une joie immense , avaient , à force de rapines et d'extorsions^ converti la bienveillance des habitants en haine profonde. La corruption est générale dans la milice de notre temps; prenant exemple sur les Espagnols^ elle déchire et détruit amis comme ennemis. Bien que, depuis plusieurs siècles, la licence des soldats fût grande en Italie , il est certain que l'infanterie espagnole^ pour une cause, sinon juste^ au moins nécessaire^ l'avait beaucoup augmentée. Or, la cause ^ c'est qu'on l'avait très-mal payée dans toutes les guerres d'Italie; mais, comme on s'autorise des exemples, quoiqu'ils aient un commencement excusable^ pour faire toujours de mal en pis^ les soldats italiens, malgré une bonne paye, commencèrent à imiter les Espagnols dans toutes leurs énormités; ainsi les populations et les contrées n'ont pas moins à souffrir de la part des soldats payés pour les défendre, que de la part de ceux qui sont payés pour leur nuire

(GUGGIABDINI). »

Les Espagnols étaient commandés par Anton de Leyva , qui , a non content d'enlever aux hommes la vie et les biens, faisait encore mettre le feu aux maisons, et brûlait avec barbarie tout ce qu'il trouvait. » Le duc d^Urbin lui ayant fait demander quel était ce genre de guerre, il répondit qu'il avait reçu l'ordre de Sa Majesté de traiter ainsi tous ceux qui refuseraient de lui obéir. Le duc lui fit répondre : a Si vous allumez le feu, je préparerai le rôti, et je brûlerai tous les Allemands qui tomberont en mon pouvoir (Vabchi), »

Cet Anton, avec Alphonse d'Avalos, neveu de Pescaire, campait à Milan , autour du château , qui était encore tenu par les Français. Dans l'attente d'une attaque prochaine de la part des confédérés ou des Suisses, il tyrannisait pour entretenir une armée qui ne recevait aucune paye; par des supplices atroces et des contributions auxquelles on ne pouvait satisfaire, il provoquait des émeutes qui justifiaient de nouvelles rigueurs et de nouvelles spoliations. Il punit de mort un gentilhomme qui ne Tavait pas salué ; le peuplé, irrité de ce supplice, se soulève, force rentrée de la vieille cour en égorgeant cent cinquante fantassins de la garde, et s'empare du campanile du Dôme , dont il précipite les sentinelles. Cette lutte a déjà coûté plusieurs centaines de vies ; mais les lansquenets mettent le feu à divers quartiers de la ville, et les Espagnols, accourus du voisinage en plus grand nombre, envoient au supplice ou dans l'exil les chefs du peuple, et traitent arbitrairement les autres citoyens. La

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plèbe s'ameuta deux fois pour obtenir du moins qu'on ftt cesser les violences des soldats; la promesse d'y mettre un terme ra* menait le calme aussitôt, parce que la populace, en se livrant au pillage, avait empiré la triste condition des habitants.

L'approche de l'armée de la ligue fit renaître l'espoir de l'affranchissement, et le peuple massacrait tous les Allemands qu'il trouvait; puis il dressa des barricades, et du haut des toits ainsi que par les fenêtres il lançait la mort dans les rangs des troupes qui survenaient (4). Néanmoins les nobles, sur lesquels on avait compté, n'osaient pas se mettre à la têie de l'insurrection, et se contentèrent d'entamer des négociations équivoques, jusqu'au moment ou Leyva répondit par le gibet à l'agitation populaire. Un grand nombre de citoyens de qualité furent bannis, d'autres s*exilërent volontairement, et Milan se vit abandonné, non au pillage, mais aux exigences des soldats, qui devaient l'épuiser lentement (2).

Logés dans les maisons, et non contents d'avoir dévasté les cam* pagnes, pillé les boutiqu'és, ils tenaient chacun leur hôte chargé de liens, afin de pouvoir, au moyen des tourments, lui arracher le peu qu'il aurait pu cacher. Anton de Leyva ne songeait qu'à trouver de nouvelles tailles , de nouveaux moyens d'extorquer de l'argent ; il fit arrêter les prévôts afin de les contraindre à découvrir les ornements d'or et d'argent des églises qu'on avait ca* chés. Un jour il défendait, sous peine de la vie, de sortir de la ville; un autre, il le permettait à prix d'argent. Le lendemain , il prohibait la vente du pain s'il n'avait pas l'empreinte de laigle impériale. Les boutiques restaient fermées; les richesses des maisons et les ornements des églises n'étaient pas en sûreté , parce que les soldats, sous le prétexte de faire des recherches pour découvrir les armes cachées, pénétraient partout» contrai** gnaient les domestiques à dire où se trouvaient les objets pré* cieux, et fouillaient même les personnes. « La ville offrait donc le tableau le plus misérable, et les hommes, plongés dans la dou-

(t) Chronique du chancelier BvBiGoaczo, au 25 avril 1526.

(2) « A Milan, le blé vaut 50 livres le boisseau, et le vin 16 ; il n*y a ni bois ni autre chose. Tout le monde à Milan mange du pain de millet, excepté les €•> pitaines. » {Documents de l'histoire italienne de Molini, 163.)

Cktnsulter, pour Topposer à Télégance compassée de Guicciardini (livre xvn), la grosaière mais attrayante chronique de Burigozzo, qui dépeint avec une vérité palpitante d'intérêt les horreurs inouïes que les sauvages Espagnols commirent à Milan.

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