‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 154 sur 169 · SIÈGE DE ROME · texte numérisé non relu

SIÈGE DE ROME

trente-cinq compagnies de lansquenets et descend par le val Sabbia^ Rocca d'Anfo et Salo dans le Brescian sans assaillir aucune place forte ; comme la Lombardie était épuisée, il s'entend avec le connétable de Bourbon pour attaquer Rome, regorgeant de Tor prélevé sur la chrétienté. Voilà donc environ quatorze mille Allemands, cinq mille Espagnols, deux mille Italiens, cinq cents hommes d'armes et peut-être mille chevau-légers (1)^ ramassis de gens de langues et de religions diverses, sans discipline, sans magasins, sans bagages, entraînés par le seul appât du butin, répondant toujours à leurs officiers par le mot payezmoi^ qui traversent lentement l'Italie et sont obligés, pour trouver des vivres, de se répandre comme une nuée de sauterelles sur une grande étendue de pays.

Jean des Bandes noires, ne se sentant pas assez fort pour les affronter, harcela leurs derrières avec tant de persistance qu'on lui donna le surnom de Grand Diable; mais, près de Mantoue, il mourut à vingt-huit ans, frappé par une balle de fauconneau. Sa fin précoce, alors surtout qu'on en avait le plus grand besoin, le fit vanter comme le plus brave des Italiens.

Alphonse, duc de Ferrare, qui voyait les papes se transmettre l'un à l'autre le désir de le déposséder, fournit aux impériaux une bonne artillerie et des munitions, à la condition qu'ils évacueraient au plus tôt son territoire (2). Le duc d'Urbin aurait pu arrêter leur marche ; mais, pour conserver la gloire de n'être jamais vaincu, il subissait la honte de sa prudence, en négligeant les occasions de vaincre. A l'honneur de délivrer Rome il préférait la satisfaction de se venger de Clément VII, et, malgré les prières de Machiavel et de Guicciardini, il consuma son temps au siège de Crémone, content de défendre les possessions de Venise.

Lannoy vint à la rencontre de l'armée du connétable de Bourbon pour se concerter avec lui sur la conduite à tenir; mais cette cohue brutale s'écria : Ni paix, ni traités/ empêcha, toute conférence, et ce fut beaucoup si elle épargna sa vie, tant les chefs eux-mêmes étaient à la merci des soldats. Clément, amusé par les sonores promesses de François V' et par la trêve perfide

(1) FbuKDSBBBG, Kriegsthaten,

(2) Hunitori nie qu'Alphonse d*Este ait conseillé au connélable de Bourbon de se jeter sur Rome, mais tous les historiens l'admettent ; Ghiberti , dans sa lettre du 7 mars, parle aussi de son entrevue avec le connétable, qui eut lieu à Finale le S mars. (Lettres de princes i prinees»)

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de Lannoy, puis abandonné de tous à l'approche de l'armée formidable, chercha à se réconcilier avec le duc dlËste; ensuite, afin de se procurer de Taisent, il vendit des chapeaux de cardinal , ce qu'il avait refusé de faire jusqu^alors^ demanda aux citoyens des offrandes spontanées, et se mit à invoquer ces alliés qu'il avait honteusement abandonnés.

Mais ces bandes qui se qualifiaient d'armée impériale, irrésistibles comme la lave de l'Etna, poussées par une inexorable fatalité comme les hordes d'Alaric (1), s'avançaient en saccageant les villes qui s'étaient enrichies par les pillages antérieurs. Elles convoitaient Florence ; mais les troupes de la ligue occupaient une position si avantageuse que le connétable, évitant la rencontre, défila sur Rome par le Valdarno supérieur. L'en- mth nemî avançait à travers des chemins défoncés et fangeux, lais- i^»"^'**" sant derrière lui la désolation. Le pape apprenait que Brisighella, Meldola, Russi, Acquapendente, San Lorenzo, Ronciglione, avaient été ruinés; alors il confia la défense de Rome à Renzo de Ceri des Orsini, qui avait servi les Vénitiens contre la ligue de Cambrai, et dont le corps de fantassins italiens fut le premier en état de résister aux bataillons suisses et espagnols. Il soutint vaillamment le siège de Bergame; mais, croyant qu'Alviano Tavait desservi dans cette affaire, il passa à la solde de Léon X, qui l'employa à la conquête du duché d'Urbin. U dévasta l'Italie sous les drapeaux de Fi-ançois 1®% et défendit Marseille contre le connétable de Bourbon, auquel maintenant il ne pouvait opposer qu'une multitude inexpérimentée , sans courage ni discipline, et pourtant il se vantait qu'il sauverait Rome et l'Italie.

Les hommes, saisis d'une terreur panique au milieu de ce désordre, ne savaient que gémir et trembler au lieu de songer à se défendre. Quelques jeunes gens qui avaient pris les armes, mais inexercés et d'ailleurs desservis par les Gibelins, qui souriaient au triomphe de l'ennemi , prennent la fuite à l'approche des impériaux. Le connétable de Bourbon campa dans les prai- 5 ^i,

(1) Sepulveda, De rébus geitîs Caroli V, livre vn, dit : Borhonius, postea" quam nec a militibuSf ut ab incepto itinere ac proposUo desuterent impetrare , née eoSf ut erat stipendîo non suppetente precarius imperator, coercere posset, non putapit nec ad suum ojficium et dignitatem, nec ad Caroli Cœsaris rationes interesse ut ipse quoque ab esercitu discederet^ /le, si tanta muititudo sine im* perio ferretur^ obvia quœque dévastons atque diripiens in omnem in/uriam et malejicium intolerantius irruerei, et pontificiœ dilionis populis^ contra induçias factas, et Caroli Casaris voluntatem, longe grapius noceretur.

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ries au^essous de Rome; maîs^ comme l'armée alliée le poussait sur ses derrières, et que la campagne était si ravagée qu^elle n'offrait aucun moyen de se ravitailler» il résolut d'abandonner la cité du catholicisme et des arts à la cupidité des barbares et • des protestants. Les lansquenets^ à défaut d'échelles^ s* aident de leurs espadons pour gravir les murailles; le connétable monte un des premiers à Tassaut vers la porte Saint-Esprit ; mais une 8 mai. arquebusade l'étend mort à Tàge de trente-huit ans.

Frundsberg^ frappé d'apoplexie^ s'était déjà retbé ; l'armée resta donc sans chefs qui pussent refréner cette avidité de vengeance^ de butin, de sacrilège, et Rome fut prise en deux heures. Les envahisseurs, pénétrant par le pont Sixte en deçà du Tibre, égorgent les Romains et les gardes suisses qui résistaient encore ; le reste est abandonné sans pitié à la furie déchaînée de quarante mille brigands et des paysans desColonna» qui, alléchés par le précédent pillage, venaient prendre leur part du nouveau. Clément s'enfuit au château Saint- Ange à travers la longue galerie qui le réunit au Yatiean , monseigneur Jove le couvrant de son manteau violet pour qu'il ne fût pas reconnu des agresseurs ; de là il put voir sa capitale livrée à la brutalité soldatesque et à la fureur luthérienne.

Les sacs du temps d'Alaric et de Genséric n'offrent rien d'aussi horriblement hideux que celui qui arrivait en pleine civilisation, au nom du roi catholique. Parmi les Espagnols catholiques, les Allemands luthériens et les Italiens mécréants, il n'y avait plus désormais qu'une seule rivalité : c'était à qui ferait le plus de mal , non-seulement aux riches et au clergé, mais enc<Mre à l'innocente population. Se réunissant au son des tambours et des fifres, ils donnaient l'assaut à un palais, et comme, dans l'intérieur, on employait tous les moyens de défense, les atta-> ques et les motifs de nuire se multipliaient à l'infini. Un grand nombre de Romains, après s*étre rachetés à grand prix des Allemands, sont repris par les Espagnols et subissent de nouveaux outrages, de nouvelles tortures, de nouvelles contributions. Des matrones et de^ jeunes filles furent souillées sous les yeux de leurs époux et de leurs pères enchaînés ; plusieurs Romaines, pour se soustraire à la mort, se frappèrent d'un poignard , et des pères tuèrent leurs filles afm de sauver leur pudeur. Les temples ne protégeaient pas les femmes; que dis-je! la mort même ne préservait pas les cadavres de l'immonde lubricité.

Les artistes et les gens de lettres, attirés en grand nombre à

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