PHILIPPE STROZZI
de réforme, et, à mesure qu'il les recevait^ il les communiquait à Philippe, approuvait et rejetait en faisant connaître ses désirs. Puis, a lorsqu'il jugea que Philippe était bien pénétré de ses intentions, » il le contraignit d'aller à Florence^ afin d'amener tous les conseillers à s'entendre pour établir un gouvernement selon ses désirs. « Quoique Philippe eût adhéré à son opinion , il lui parut étrange d'en être ouvertement l'interprète; néanmoins il ne put se dispenser d'obéir. i> Il se rend donc à Florence, trompe les citoyens et consolide le duc. a A cause de cette preuve de dévouement et d'autres^ il se persuadait qu'il avait regagné la confiance du duc, au point de n'avoir rien à craindre. » Cependant il subit l'ingratitude desMédicis; amais^quand le pape Clément le pria de conduire en France Catherine, fiancée au Dauphin, et de se porter garant de la dot, Philippe, bien qu'il connût l'astuce de Sa Sainteté, s'offrit pour satisfaire tous ses désirs, dans la pensée que sa docilité et ses bonnes œuvres pourraient triompher de son ingrate nature, d II poursuivit dans cette voie, mécontentant les Ubéraux non moins que les hommes servîtes.
En effet, Alexandre^ après en avoir obtenu des conseils^ ainsi que de l'argent pour construire la forteresse de Basso, regardait Philippe d'un œil soupçonneux, et l'accusa d'avoir tenté de l'empoisonner dans un philtre amoureux; il chercha même à le déshonorer dans sa fille Louise, et, ne pouvant triompher de sa résistance, il l'empoisonna. Philippe alors s'enfuît en France avec les autres membres de sa famille. Après la mort de Clément YII, et la cour de France ayant incarcéré ses agents pour le contraindre à payer la dot de Catherine, dont il était responsable, il retourne à Rome et se fait le centre des proscrits. Avec eux il porte leurs plaintes et celles de la patrie à Paul m , pape hostile à leurs ennemis ; puis il envoie exposer à Charles-Quint les misères de Florence et les infamies du duc^ prodiguant l'argent pour se rendre les courtisans favorables.
L'empereur, qui désapprouve toute provocation inutile , prête l'oreille aux doléances des bannis et leur témoigne de l'intérêt ; mais, bien éloigné de vouloir rétablir une république guelfe, il accepte la justification du tyran, soutenue par 400,000 florins et l'éloquence prostituée de Guicciardini. Comme il avait hâte d'aller s'assurer le duché de Milan qui vaquait, il proposa une amnistie dont tous se défiaient, et des réformes peu importantes et sans garanties. Les proscrits lui répondirent: a Nous ne som-
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(( mes pas venus pour demander k Votre Majesté à quelles conc( ditions nous désirons servir, ni pour solliciter le pardon de (( ce que nous avons fait volontairement dans Tintérêt de la a liberté de notre patrie, ni pour avoir la faculté, avec la resti- « tution de nos biens, de retourner esclaves dans cette ville d'où a nous sommes sortis libres; mais pour vous supplier de nous a rendre entièrement la liberté, que vos agents et vos ministres « nous ont promise en votre nom en 1530. Si vous croyez que a la justice vous oblige à la délivrer de cette dure servitude, daiu gnez le faire, conformément à la sincérité de votre parole. a Dans le cas où votre volonté serait tout autre, nous attendrons « que Dieu et Votre Majesté, mieux informée, satisfassent nos a désirs ; car nous sommes résolus à ne pas souiller, pour des a avantages personnels, la pureté de nos âmes en manquant à (c cette charité que tous les citoyens doivent à la patrie (i). »
Dès qu'Alexandre fut confirmé dans son pouvoir, les exilés , devant lesquels toutes les voies légales étaient fermées, ne pu* rent que se jeter dans ces trames qui font germer mille espél'ances sans en mûrir aucune. Strozzi disait : cr Je demande la liberté de ma patrie à Dieu, au monde, au diable, et serai également reconnaissant à celui des trois qui me les donnera, o Ses biens lui ayant été confisqués, il se réfugia à Venise, où les émigrés Taccueillirent comme leur chef et leur espoir. Les citoyens qui avaient connaissance des complots tournaient leurs regards vers ces libérateurs ; ceux qui n'en savaient rien se désolaient sans espérance, lorsque la vengeance vint d'où personne ne Tau* ralt attendue.
Deux branches des Médicis bourgeois survivaient encore ; à Tune appartenait Cosme, et à l'autre Lorenzino (Pierre-François), jeune homme d'environ vingt et un ans, instruit, mais corrompu, cherchant par tous les moyens à satisfaire ses désirs, et généralement détesté comme espion, compagnon , instrument et [ministre des débauches du duc. Soit qu'il fût entraîné par quelque rivalité d'amour, par le sentiment d'une honte virile ou la soif de renommée, il forma le projet de se réhabiliter dans l'estime de ses concitoyens par une action qu'il jugeait selon les idées des classiques, dont l'étude lui était fomilière. Déjà, à Rome, il avait
(1) Les bannis se reoemnaudaie&t beaucoup aux moines; ils lainèrent au confesseur de Charles-Quint une exposition du psaume FerSa mea muribms peri'irff Domine^ i»n forme de prière pour cet empereur.