ALEXANDRE £ST ASSASSINS
renversé des statues d'anciens tyrans^ faute pour laquelle Clément VII , qui Taimait d'un amour criminel^ faillit à renvoyer au gibet II eut un moment la pensée de tuer ce pape; mais il ne Fosa point, ou Poccasion lui manqua. Puis il lui sembla beau de purger la terre d'un monstre comme Alexandre, chose d'autant plus facile qu'il l'accompagnait souvent dans des aventures galantes. Une fois il résolut de le précipiter du liant d'un mur de monastère qu'ils escaladaient ensemble; mais il s'arrêta ^ parce qu'on aurait pu croire que sa mort était le résultat d'un accident, et non d'un dessein prémédité. Il ne cessa de couver ce projet de meurtre. £ntin^ un jour^ sous le prétexte de lui amener la belle Catherine Soderini, sa tante^ longtemps convoitée par Alexandre^ il l'attira dans sa propre chambre ; là, aidé ojamicr. d'un certain Michel de Tavolaccino, surnommé Scoronconcolo^ qui y sauvé par lui de la potence, s'était engagé à le servir en toute occasion , il l'assaillit^ et ^ malgré sa résistance^ le perça de part en part.
Le courage d'un misérable sufRt pour égorger; porter un coup sans songer au résultat^ c'est de l'héroïsme de bas étage qui trouvera toujours des partisans^ parce qu'il est insensé^ et des flatteurs, parce qu'il est vulgaire. Tel fut Lorenzino^ qui n'avait conflé son dessein à personne, et ne s'était point concerté avec les conjurés. Après avoir tué le duc, il ferme à clef la porte delà chambre^ où il laisse le cadavre, et^ sans essayer de soulever le peuple , il s'enfuit autant par ineptie que par remords. Pour étouffer le cri de sa conscience^ il publia à Venise une apologie de rhéteur pour démontrer qu'il avait agi en héros : mais^ si quelques écrivains applaudirent au nouvel Harmodius^ si les bannis « lui prodiguaient des louanges outrées^ le comparant non-seulement à Brutus, mais l'élevant au-dessus de lui (Vabghi)^ » le monde fut loin de l'honorer pour un acte accompli par une immense soif de gloire; il erra donc en fugitif dans la France et la Turquie, jusqu'à ce que des sicaires gagnèrent à Venise la somme promise à quiconque le tuerait (1).
Florence^ comme il arrive à la suite de tout accident imprévu^ ^^^
(1) Seg;iû, qui est pourtant &Tonble à Gosme, nconle, dans le Iiyto xn^ qu'il avait beaucoup connu Beba de Volteira, un des assassins de LoremônOy u lequel, se vantant de ce fait, le racontait comme une action glorieuse... Ces hommes, n'aérant pas voulu accepter de Gosme le montait de la mise & prix, reçurent chacun une pension annuelle de 300 écus , avec le titre de capitaine ; ils purent ensuite vivre tranquillement k Volterra et jouir du prix du sang. »
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(ht heureuse d'être débarrassée d'Alexandre ^ mais incertaine sur la conduite qu'elle avait à tenir. Palla Rucellaï^ avec les républicains^ exhortait les citoyens , puisque le tyran était tombé inopinément^ à saisir Toccasion de rétablir le bon j^^af d'autre* fois. Les piagnoni levèrent la tête , en disant : Cest le doigt de Dieu. Les artisans^ lorsqu'ils voyaient les nobles se hftterde re« cueillir les fruits d'une action dont ils ne pouvaient revendiquer ni le niérite ni le danger^ s'écriaient : Si vous ne pouvez ou ne savez pas faire, appelez-nous, et nous autres^ nous ferons. Hais personne ne se montra capable de saisir une victoire assurée au parti qui aurait agi avec le plus de promptitude. Les proscrits , après tant de bavardages, après s'être promis d'exciter les autres, se trouvèrent pris à Timproviste^ et s'empressèrent de ramasser des forces et même de recourir à l'aide du pape ; mais le cardinal Cibo, principal ministre du duc, put maintenir Tordre à Florence et empêcher tout changement d'État. L'assemblée se réunit^ et Guicciardini employa son éloquence à démontrer combien les oligarques auraient à souffrir de la réaction populaire. Les gardes d'Alexandre Yitelli, prêts à saccager ou bien k pousser des vivat, produisirent encore plus d'effet; les hommes pnidents résolurent donc d'éviter les risques d'une révolution^ les vengeances des opprimés^ la cupidité de la plèbe, en donnant un successeur à Alexandre.
Il restait de lui Jules, enfant illégitime, mais trop jeune pour remplacer son père; ceux qui portaient Gosme desMédicis bourgeois, fils de Jean des Bandes noires, firent donc prévaloir leur candidat. Agé seulement de dix-sept ans, avec le modeste revenu de 7 ou 800 écus^ engagé même dans des procès embrouillés, mal vu du duc Alexandre^ auquel il ne semblait pas un jeune homme d'avenir, il ne fréquentait pas la cour, mais vivait toujours à la campagne, où, sous la tutelle de sa mère, veuve pauvre et sans consolation, il s'amusait à faire la chasse aux oiseaux et à pêcher (1). Pur des infamies des Médicîs, il était héritier d'un nom traditionnellement cher aux Florentins, et surtout aux anciens compagnons d'armes de son père. Dans des circons-
(1) Rapport de Fedeli, ambassadrâr vénitien, n raconte qn*aa moment où le conseil agitait la question da choix, un soldat qui était de garde tira sur un pigeon perché sur la tour du palais ; le peuple applaudit a ce coup avec tant de bruit que les quarante-huit membres de rassemblée crurent la ville soulevée, et se hâtèrent d*opter pour Gosme.
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taoees pareilles, la victoire est pour celui qui agit avoc le plua de nan promptitude, Au moment donc où ses amis le virent arriver ^^^"^^^ de la campagne pour savdr les nouvelles^ ils le proclamèrent chef de la république florentine , avec le même titre qu^avait Alexandre.
Les trois cardinaux Salviati, Ridolfl, Gaddi, accourus à Florence pour lui rendre la liberté^ apprirent taid ce qu'on avait fait, ou bien jugèrent plus utile de donner leur adhésion; ils en* Yoyèrent donc dire aux bannis qui étaient partis de Rome, de rétrograder, parce que, cette fois encore, la promptitude et la sagacité des gouvernants remportaient sur Timprudence des exilés. Vettori avait déjà écrit à Strozzi : «Laissons donc les Brua tus et les Cassius, et renonçons au désir de ramener la ville à a la forme républicaine, parce que c'est impossible. Faites que a ce malade vive; tâchez qu'on ne hii donne pas de remèdes « trop forts, qui le tuent ; en le faisant vivre, peut-Atre Pamè^ « nera-t-on à de meilleures habitudes, et pourra*t*on en espé« «t rer quelque bien. j> Puis, quand on lui reprochait le crime d'avoir établi un tyran , il s'excusait en disant : a Dans ces temps, on ne peut trouver une voie qui soit moins funeste. »
Guicciardini, toujours prêt à faire son nid au milieu des f%xU nés , favorisait Cosme, qui avait promis d'épouser une de ses filles ; en môme temps, désireux de se concilier les principaux citoyens, il proposait de soumettre le nouveau seigneur à une constitution qui limitât son autorité, comme Tétait éelle du doge à Venise. Mais Vettori , en soldat , tournait en ridicule de pa«* reilles restrictions : a8i vous mettez à sa disposition la garde, les armes et la forteresse, à quoi bon lui prescrire de ne pas iém passer certaines limites? p
En effet, dans Tespace d'un mois, Cosme oublia les eon* ventions et ses amis (1); prince, il refusa d'accomplir le mar
(1) «L'autre jour Bettini vint (}ap8 mon atelier, et.,, me dit qu'on avait (ait duc Cosme de Hédicis, mais avec certaines conditions qui Tempécheraient d'agir à sa volonté. Alors je me mis à rire de ces gens, et je dis : — Les citoyens de Florence ont placé un jeune homme sur un magnifique cheval; puis, après lui avoir posé les éperons en mettant la bride dans sa main pour qu'il dirige ranimai à sa volonté, ils l'ont amené sur un très-beau champ où sont des fleurs, des fruits et toutes sortes de choses délicieuses ; ensuite ils lui ont dit de ne pas franchir certaines limites. Or diles-moi quel est celui qui pourra l'arrêter quand il voudra sortir de ces bornes.' On ne saurait imposer des lois à celui qui est maître des lois. » (Behvhncto Ceiiini, f^/V.) — 0*est là que se termine Thistoire (le Varrhi.