TOILES DIVERSES
La teintare était un accessoire presque indispensable pour toutes ces fabrications. L'alun y depuis longtemps, était le mordant le plus fréquemment employé. Les Italiens avaient appris de la France et perfectionné l'usage du kermès et de la garance. La reconnaissance publique consacra le nom du Florentin qui^ au quatorzième siècle^ introduisit du Levant dans sa patrie le moyen de teindre en tournesol [tingere a oricello), c'est-à-dire en violet avec Tolive (i); de là vint le surnom d'Oricellaj, changé plus tard en Rucellaj. Bologne voyait prospérer ses teintures de soie et de drap en écarlate et pourpre. En 1230^ on amena dans la Tille, pour servir à ces teintures, les eaux du Savena y dont la qualité supérieure causa tant de joie, que les teinturiers, pendant trois jours, firent une fête solennelle avec procession et feux. (Ghirabdàcci.)
Venise, Gènes et la Lombardie fabriquaient encore des toiles de coton, mais très-inférieures à celles de Mossoul ; les étoffes de lin et de chanvre, tissues principalement en Lombardie, à Padoue, à Bologne et dans le Piémont, suffisaient non-seulement à la consommation toujours croissante , mais servaient encore aux échanges avec TAsie. Les fourrures, marque distinctive des chevaliers et de quelques dignités civiles et ecclésiastiques, étaient aussi recherchées que la soie. La Suède et la Norvège fournissaient les pelleteries grossières; la Russie, les précieuses, surtout après la découverte de la Livonie ; on les préparait à Venise, à Bologne, à Florence, et puis on les expédiait en grande qvMintité dans le Levant.
Le nom de Florence rappelle les chapeaux de paille tressée, art bien ancien, si Ton conserve encore dans la maison Ricci celui qui appartint à sainte Catherine de Ricci. Cet art parut d'àlH)rd à Brozzi, puis s^étendit à Lastra, à San Piero, à Ponte, à
(1) MAHNf y De FlorentlnU inpentis comnentarua ; et PAGNINI, vol. n, p. 100. Us teinturien eurent dans Torigine un hôpital particulier fondé par des contribationa ipontanées. Les teintures de Florence conservent encore leur anôouie renommée y avec le perfectionnement inb'oduit par les préparations minérales. Le gallate de fer donne le fameux noir ; le bleu azur de Raymond , qu^il introduisit en 1811, fut perfectionné par le professeur André Cozâ, en donnant plus d'éclat à la soie teinte an bleu de Prusse avec un bain de campêehe relevé par de l'hydrochlorate de deutoxyde d'étain. L'arsenic sulfuré et le ehromate de plomb furent appliqués à la teinture par le docteur Calamandrei; en outre, on y employa des végétaux communs , comme les baies de genièvre encore amères pour rendre la laine jaunâtre, le tan des chAtaignes pour 1a couleur du pois chiche des toiles de coton, etc.
8^ AHICES. YEEREBIES.
San boBnino, et l^on expédiait des chapeaux dans te inonde entier (i).
La fabrication des armes occupait un grand nombre d'oa- Triers; le feudataire devait en fournir à ses hommes^ ^armateur à son équipage, et l'homme libre s'en pourvoir lui-même, les fabricants de cuirasses et d'épées formaient Tun des arts de Plo^ rence. A Milan, des rues conservent encore le nom des spadtg et des speronaj (faiseurs d'épées et d'éperons) ; les armes de k Lupa, fabriquées dans cette ville^ étaient recherchées mômè dans les pays non chrétiens.
L'art de la verrerie, dont le patrice Manni avait exposé les procédés dés le treizième siècle, et qui se trouvait concentré dàni Murano, se perfectionna sans cesse. Venise faisait, oUtfe les objets de pur ornement connus sous le nom de conteries, des imitations de pierres précieuses, des vases communs et des cristaux de prix, des verres pour les fenêtres et des miroirs somptueux. Une fontaine de cristal, ornée dVgeht, fabriquée à Murano, fut achetée 3,500 sequins par un duc de Milan. t)ne loi de lâo& prescrivit des mesures sévères poui* conserver celte industrie au pays; quiconque Texerçait jouissait de tels privilèges qu'un patricien ne dérogeait pas en épousant la fille d'un verrier; la femme du noble de Murano allait de pair ei,yec celles de Venise, et tout ouvrier qui abandonnait la première de ces villes encourait la peine de mort.
A Venise, on s'occupait encore avec activité dé là préparation des peaux, de la dorure des cuirs pour les tapisseries, et des maroquins. Un grand nombre d'orfèvres enchâssaient, avec autant d'élégance que d'habileté, des pierres précieuses, et faisaient , dès le douzième siècle, des ornements de toutes façons; dans ce travail, ils rivalisaient avec Gènes, Bologne, Parme, Crémone, Mantoue, Pérouse, et Milan qui en était le marché pour ritalie moyenne! Dès 4123 on trouve mentionnée la ohalnette que toute Vénitienne voulait avoir à plusieurs (ours au cou et aux poijtt)et9. Les Cheminées en forme de cloche^ les terrasses pavéeâ de cailloux liés par du Ciment, étâieili des commodités anciennes à Venise^ d'où elles se propagèrent dans le reste dé l'Italie.
Les Vénitiens disputèrent aux Orientaux la fabrication des
(1) Ce fui de 1 s 12 à 1S25 que prospéra nurtout ceUe fabrication, qui introdui&aît annueUement de 12 à 14 millions; il y eut dei chapeaux qu'on paja jusqu'à 10,000 fr.
lUlrtTÀGTtlRSS TÉNITlCimËS. fft
camelots et des serges de laine ; ils convertissaient le chan- ?re en cordages^ le fil en dent ellei; , et de^ milliers de femmes pauvres travaillaient ad point renommé de Vehise. Le borai^ qu'ils liraient de l^gyptè et de là Chine, etflc seiils savalent le préparer, ainsi que la ctèmé de laf tre, là cérUsé, la laqtte^ le citiabre, le sublimé , ce qilMls avalent probablement appris des Arabes. Venise encore s'oi^cUpait beaucoup de la pHft^ paration de la cire, dont le blanchiment était l'objet des t>lus grands soins ; du sucre avant la découverte de l'Amérirlue, des liqueurs^ du savon. A f erasco^ OU faisait les cordes halmoniqùes; dans le Vicentin, les draps; à Salo, le fil retors. L'hôtel des monnaies^ outre ta monnaie nationale^ en battait encore pouf les pays avec lesquels trafiquait la i»épublîque, et même avec Tem* preinte des rois barbares. Les papetiers du Prioul et de Brescia fournirent une autre matière d'expottatlori aut Vénitiens , qui ajoutèrent bientôt aux anciens le nouvel art des livres imprimés j un navire catalan, en 4380^ avait chargé à GéneS pour la Flandre Tingt-deux balles paperi ÈcHtabiHs [i).
Les arts étaient unis en maîtrises^ gouvernées pé!É des règle* ments contenus dâtis des Matricules {mûriegble) , où Voù déposait aussi les secrets de l'art ; pout- l'exercer, il fallait être inscrit dans ce registre , OU bien avoir recueilli et |)erfectiotiné une découverte. Ils avaient une magistrature particulière de conrilialion; au moyen de légères contributions , ils se préparaient des secours mutuels , construisaient des églises et des écoles doUt ta magnificence excite encore l'admiration. Le magistrat des courtiers Jugeait en première ihstance sa propre corporation, et pouvait condaihner jusqu'à trois ans de galères; les juges de iâ soie et la chambre du purgo (foulon) prononçaient sUr les causes des industriels en sole et en laine. Un grand mystère èïitoUt'ait les manufactures de Venise^ ses huiles et les sels tnédicaujt; la thérîaqué, médicament fameux regardé comme Uhe panacée universelle, et dont on exportait jusqu'à 100,000 llv^es par an. Les teintures, surtout Técarlate et le cramoisi, lié devaient se bire qu'à Fépoque déterminée par la loi , aVec appareil d'en« chaUtement et le cortège puéril de géants au grand chapeau^ d'oiseaut ou de tout autre animal qui portât les ingrédients : système ridicule , mais ordinaire , qui , au lieu de chercher sa supériorité dans le progrès, reposait sur la confiance paresseuse que toute concurrence était interdite.
(1) AhdkbSON, Sui, commerc,, p. 371.
88 MÀ5UFAGTURSS VÉNITIENNES.
Le Florentin Dei , qui écrivit de violentes diatribes contre les Vénitiens ; et se vantait de leur avoir fait un grand mal dans tous les pays y surtout en excitant les Turcs à leur nuire, leur reproche de n'apporter sur les marchés , où les Florentins pa* raissaient avec des brocarts et des draps de grand prix , que des aiguilles j de la soie à coudre et pour faire des franges^ des grelots, des armes ^ de la verroterie et des bagatelles : preuve que les Vénitiens s'étaient aperçus que les petits bénéfices multipliés équivalent aux gros, et qu'il est très-avantageux de spéculer sur de petits objets, mais de grande consommation.
Au moyen de tous ces règlements et de cette foule de minutieuses précautions, conformes à l'économie politique d'alors, le gouvernement voulait procurer à ses sujets tous les avantages du commerce européen, alimenter l'industrie par l'industrie, assurer aux fabriques du pays une occupation constante , en ne laissant jamais manquer les matières premières. Un pareil système pouvait à la longue cesser de produire les avantages qu'on en avait espérés en l'établissant; mais l'incertitude de l'avenir et le peu de probabilité de changements peuvent justifier la conduite du sénat , tandis que le pays lui doit de grands profits et des richesses. Du reste , nous qui sommes encore arrêtés par tant d'entraves, avons-nous le droit de reprocher à nos aïeux de n'avoir pas su qu'en toute matière , mais dans le commerce surtout, le mieux, c'est de ne pas trop gouverner ? Il faut avouer néanmoins qu'ils connaissaient le but principal du conunerce , qui est d'établir un rapport entre l'offre et la demande , la production et la consommation ; en effet, on n'y trouve januds ces encombrements de marchandises sans issue qui sont le fléau de l'industrie moderne , bien qu'elle ait pris de gigantesques proportions , aidée qu'elle est par les sciences, les beaux-arts, l'esprit d'association , la division du travail.
Afin de maintenir la bonne foi, on déclarait infftme quiconque manquait à ses engagements de débiteur : à Milan, à Florence et ailleurs, le failli devait s'asseoir sur une pierre. La pierre du iMsAonii^tir se trouvait dans la salle de la Ragione à Padoue; à Monza, celui qui faisait l'abandon de ses biens était tenu de monter sur la pierre et d'y rester depuis le commencement jusqu'à la fin de l'assemblée. A Lucques , comme dans l'ancienne Rome , le débiteur insolvable portait un bonnet jaune , et tout créancier qui le rencontrait sans cette coifTure avait le droit de le faire arrêter. Avec une rigueur dont FAngleterre
LES FAILU8. 89
offre encore l'exemple ^ les Florentins , en 1398, décrétèrent que le failli pourrait servir de bourreau quand il n'y en aurait pas d'autre (1).
En 1253^ les Crémonais stipulent avec les Génois que, si quelque Génois a fait crédit à un Crémonais dans le district de Gènes, le créancier doit s'adresser^ par Pintermédiaire delà commune de Gènes ^ à celle de Crémone^ qui sera obligée de lui faire obtenir satisfaction : si le débiteur avoue la dette et ne se Ubèrepasinunédiatement^ qu'il soit arrêté et livré au créancier, lui et ses fils^ pour être enfermé dans la prison des malfaiteurs ou conduit hors du territoire de Crémone à la distance de cinq milles^ dans le lieu désigné par le créancier; si le débiteur s'échappe de prison^ la commune de Crémone payera; s'il acquitte la dette ^ on ne le remettra point en liberté avant d'avoir donné caution qu'il se présentera au jugement. Tout débiteur ayant reconnu la dette satisfera d'abord avec ses meubles, puis avec ses immeubles, d'après l'estimation d'arbitres jurés ,
(1) HAMia, ^egUe piaeevoU in Dino di Tara. En France, les fûliis portaient on bonnet vert, qui leur était mis par le bourreau après avoir été exposés au pilori. Les statuts de Casale Sant^Evasio disent : Quieumque capius €t deUntus^ toUns eedere boms suis^ admitîatur ad bonorum eeuionem,,, probet coramju* diu CasaUs te stetisse in earcere eommunis per dies têxaginta die noctuque, et ista proàatione facta, Doce prœconis prœmiita, per servitores eommunis in pu- Uiea concione publiée et alla voce super lapidem eommunis crîdet et proiestetur, <piod ipsê talis eaptus eedit bonis, et omnia bona sua et singula prœseniia et fntura, eseeepiis vestibtu de dorso ipsius sedentis, Ubere dtmittit, et relaxât cre* Utorihus suis liberam Ueentiam accipiendi et auferendi ejus bona quocumque et nkieumque ea invenerint^ eorum propria aucioritate , usque ad solutionem inte^ gram ejus quod habere debent.,. Et iUe qui amodo cedet bonis , non possit ha» hère aliquem honorem vel atiquod ojffîcium, qui vel quod descendat a commune CasaUs, {Monum, hist. patriœ, Leges 987.)
Dans l'ancien statut de Givita«Yeccbia, traduit en 1411 et imprimé en 1858, le eh. XXXVI du livre i porte : Comme on renonce à ses bhns en frappant la grosse pierre de ses fesses.
« Nous décidons que celui qui renoncera ou voudra renoncer à ses biens ne pourra le faire qu'avec les solennités et de la manière ci-dessous. La personne voulant renoncer à ses biens doit sortir de la salle du palais de la conunune et K rendre à la place du pesage, précédée des trompettes qui sonnent; là, les faMei nues, eUe dira trois fois : Cedo bonis , ce qui signifie : Tabandonne mes iHens complètement , en frappant fortement la pierre de ses fesses nues. Après cda, dk doit rester un mois hors de Civita-Vecckia et de son territoire. Il n'en Kn point ainsi pour les femmes, qui peuvent renoncer à leurs biens, selon le Mi commun, sans les solennités ci-dessus. »
90 ACTES GOMMEEGIAUX. CONSULATS.
de manière que la commune les reçoive et paye selon cette estimation; s'il ne possède ni meubles ni immeubles^ il sera livré avec ses enfants mâles au créancier et subira la peine indiquée plus haut; s'ils fuient^ quils soient déclarés étrangers (^rcs^efirr) à la commune de Crémone, et, si jamais ils reviennent^ qu'mi les oblige à payer le créancier (1).
On commença de bonne heure à rédiger par écrit les conventions commerciales, et l'on a publié récemment le répertoire de Jean Scriba, notaire de tiônes^ qui , pour la seule année 4461 , contieiit 145 actes privés^ de sociétés^ de protestations, de partages (3). On regarde comme Tacte commercial le plus ancien celui qui figure dans ce répertoire à Tannée 1155; un cert^n Aucello y jure qu'il emporte , pour trafiquer en Sicile et à Salerne, 62 livres reçues d'Obert tJsodimare. Une charte de la même année dit : 0 Moi , tJgero Lugaro , je déclare que j'ai «467 livres à toi, Guillaume Pilardo, que je dois porter à a Alexandrie afin de trafiquer pour ton compte ; à mon retour, « le capital et le profit t'appartiendront , excepté sept basants « qui me reyiennent pour commission; sur cette somme, je a dois faire les dépenses de ma nourriture et payer les divers « autres frais; du mien , j'emporte 90 livres. » Le 19 septembi*e, Ribaldd dé Sardiia et Ferro de Campo mettent en société, le premier 50 livres, Tautre 35 et son personnel; il sera fait deux parts égales des bénéfices. Le 6 juillet 1156, Lanfranc iPepe confie un capital de 50 livres à Bernard Porcello pour trafiquer à Venise, sous la condition c{ue chaoun d'eux auiil une moitié des profits. Ce curieux répertoire nous offre beaucoup d'autres de ceâ associations du capital et de l'industrie.
Linstitution des consulats, c^est-à^dire d*une juridiction spéciale et expéditive pour les causes commerciales, soit àlmtérieurj soit au dehors^ fut ti^ès-utile au commerce (3)< Dans les pays lointains les plus fréquentés > on avait établi des consuls^ chai^ gés de veiller sur les actes du commerce international et de jti* ger \tis négociants de leur patrie selon des lois écrites , les Usages ou le bon sens. Les sentences de cette nature constituèrent un
(1) Liber jurium, vol. I, p. IISO.
(2) itonum, fùst. patriœ, Ghart. il.
(S) Le statut de Pise de 1101, rub. V. De modo cognoscendi etjudieanMt ètal>!it déjà la procédure mercantile sominaire : Siatuimiu ul qttœsùo de nurinaratiei, et nauil, et mercthiu amlssh seu deUrtoratis in navi vel ttgào, t coMulibm marit nanmalim et extra ordinem dirimaiur»