MARINE VÉNITIENNE
Arabes, aux Arméniens, et, ce que Ton croirait à peine, notre bois aux Achéens et aux Égyptiens, pour revenir avec d'autres marchandises ; ils faisaient voile jusqu'au Tanais, et laissaient derrière Gadès et Càlpé, regardés comme les contins du monde occidental : tant est puissante sur Thomn^e la soif de Tor (1). i
Les entreprises mercantiles étaient secondées par la marine publique ; tous les ans, on expédiait dans les différentes mers vingt ou trente galères du trafic , de mille à douze cents tonneaux, et de la valeur de 100>000 sequins chacune 5 commandées par des nobles que choisissaient les pregadi ou le grand conseil. Le gouvernement n'en retirait qu'un fret modique ; mais il trouvait dans leur emploi un moyen d'exercer les équipages pour un cas de guerre, et de faire respecter le lion en temps de paix, tandis qu^elles rendaient service aux particuliers.
Parmi ces escadres, celle de la mer Noire se divisait en trois: une côtoyait le Pélopcxièse, pour expédier à ConstanUnople les marchandises sorties de Venise ou de la Grèce; la seconde se dirigeait vers Sinope et Trébizonde, dans le Poiit-Euxin , afin de charger les productions asiatiques, arrivées dans ces parages par le Phase (2) ; la troisième, cinglant vers le Nord, entrait dans la mer d'Azof , et s'approvisionnait aux ports de Gaffa de poissons, de fers, d'antennes, de blé, de peaux, que des Russes et des Tartares apportaient par la mer Caspienne, le Volga , le Tanaîs. L'autre escadre longeait la Syrie, faisant échelle à Alexandrie, à Beyrouth, à Famagouste, à Candie, riche de sucre , et dans la Morée. La troisième transportait d'abord en Arménie et à Lajazzo, que Marco Polo appelait c Porte des pays orientaux, » puis en Egypte , les marchandises de la mer Noire, destinées au grand marché de Tauris, mais surtout des esclaves de Géorgie et de Circassie, qu'elle échangeait contre les denrées de la mer Rouge et de l'Ethiopie.
La quatrième, composée de bâtiments de deux cents rameurs au moins, faisait voile vers la Flandre. Après s'être ravitaillée à
(1) Ep, senties, lÎTie n, ép. 3.
(2) Dans TAppendioe XXIX des Archives historû/ttts , oa a publié récemment des documents qui jettent une nouvelle lumière sur le commerce des VénitieBS avee rAnnéoîe et Trébizonde. Dès 1201, les Vénitiens eurent dans cette ^ilie des privilèges très«élendus, confirmés plusieurs fois, et un quartier fortifié , a l'égal des Génois. Les conquêtes russes ruinèrent la prospérité de Trébiaonde; mais, dans cet derniers temps, elle est redevenue une écbelle importante pour Textréme Orient.