BIST. DES ITAL. — T. VU
trouver rexplication. Dans les phénomènes d'un mon^e et d'un ciel nouveaux , rien n'échappe à sa sagacité; il rapproche les faits pour en deviner les rapports mutuels. Le preinier, il signala la déviation de l^aiguille magnétique ; le premier, il connut qu*oa pouvait trouver les longitudes au moyen de la différence de Tasr cension directe des astres; il remarqua la direction des courants pélagiques ^ l'accumuts^tion des plantes marines qui déter minent la grande division des climats de TOcéan, le changement de température occasionné non-seulement par les distances de réquateur^ mais encore par la différence des méridiens ; il ne négligea pas non plus les observations géologiques sur la forme des terres^ et sur les causes qui la produisent.
Colomb est surtout caractérisé par le sentiment religieux, qui le fait croire aux visions, aux révélations; le but suprême qa'il se propose dans son entreprise, c'est d'anéantir l'islam, de convertir les si^ets du Grand Rhan^ de reconstruire Jérusalem et de racheter les Ames qui attendent dans le purgatoire, avec l'or acquis dans les découvertes. Il puisait dans ce sentiment la persévérance contre lesi obstacles, le courage pour supporter les maux, et^ au milieu de ses naïfs souvenirs, il écrivait : a Béni soit a Pieu^ qui donne la victoire et une bonne réussite à l'homme a qui suit ses voies : et il Ta miraculeusement prouvé en moi. J'ai a entrepris un voyage contre l'opinion d'une foule de sages; « tous traitaient mon dessein de chimère : je mets ma confiance « dans le Seigneur^ car le succès fera grand honneur à Fhumaa nité. B Lorsqu'il était accablé par le malheur, il lui semblait entendre une voix qui lui criait pendant son sommeil : <( Homme « de peu de foi ! que fit Dieu de plus pour Moïse et pour Da- « vid, ses serviteurs î On t'a ouvert les barrières de FOcéan, a un pays immense t'a été soumis , et ton* nom est devenu face meux dans toute la chrétienté. Tourne-toi vers lui , et recon- « nais que sa miséricorde est infinie. Ton cœur est abattu , et tu « cries : Cest trop! Réponds, qui a causé tes afflictions? Dieu ou (K le monde? Dieu n'a pas manqué à ses promesses; mais ce qui « t'arrive k. cette heure est la récompense des services que tu as « rendus à d'autres maîtres. ».
On connaît en effet l'ingratitude des honEunes enveirs cet éminent génie; au retour de son premier voyage^ on lui prodigua des honneurs comme à mie espèce de dieu; puis il fut ramené du nouveau monde chargé de cbahies, « lesquelles (dit son fils) je vis toujours suspendues dans son cabinet, et il voulut être en-
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seveli avec elles». Use plaignait aux rois, mais en vain; il écrivait à son fils : a Après vingt ans de services^, de fatigues et tant de périls^ je ne possède pas en Espagne un toit pour abriter ma tête; si je veux manger et dormir^ il faut que j'aille à rbôtellerie, et le plus souvent je n'ai pas de quoi payer mon écot* b Fatigué de la critique pénible des oisifs» il disait : a Que les gens qui se plaisent à faire des observations et des reproches bavar-* dent là-bas tout à leur aise^ et continuent à répéter: Pourquoi ne poi faire ced et cela? J'aurais voulu qu'ils se fussent trouvés dans ces expéditions. j> Après avoir passé la moitié de sa vie dans la misère^ brûlant du désir de réaliser sa grande pensée^ et Tautre moitié sous les coups de Tenvie pour l'avoir accomplie» tourmenté par une longue série d'iniquités et déchu des plus brillantes espérances, il mourut désolé à Valladolid, en 1506^ à Page de soixante-huit ans.
Il institua un majorât^ dont il transmit les documents à Gênes, a de laquelle je suis sorti, et où je suis né »; il légua à la banque de Saint-George un dixième des revenus de son héritage pour dégrever les comestibles de tout droit. Seize jours avant de mourir^ il écrivit sur un petit livre d'offices de la Vierge que loi avait donné le pape Alexandre VI^ et a qui lui avait été d'une grande consolation au milieu de sa captivité, des batailles et des adversités y> {i}, un codicille militaire pour être remis à sa bien-aimée patrie^ la république génoise^ en reconnaissance des bienfaits qu'il en avait reçus : il voulait que ses biens- fonds dltalie fussent employés à y construire un hôpital nouveau; si
(t) Ce petit liTre d'offices se trouve dans la bibliothèque Gorsini de Rome. Nous avoDS parlé longuement de Colomb dans V Histoire universelle , et peut-être en rérélant des faits nouveaux. Il est à remarquer qu'il ne parle jamaift de Marco Polo, bien qu'il se foude continuellement sur ses traditions.
En 1670, Philippe, roi d'Espagne, donnait à la république de Gènes un manuscrit sur parchemin à petits feuillets, relié en cuir de Cordoue, aivec un bon- <|«et é'tfgent, et renfermé daaa un étui de cordeuan avec un fermoir d'argent. CTétaik un recueil fait par Colomb hii-mème de ses lilre& à cette déco«verte, et des privilèges qu'elle lui avait procurés; il en fit faire deux copies, qu'il eovoya à Nicolas Oderigo, son ami, pour qu'il les mit en lieu de sûreté- Ces copies s'égarèreat dans les derniers événements de Gènes : luie fut portée à Paris et re^ couvrée ; l'autre se retrouva dans la bibliothèque du comte Michel-* Ange Cam- Waso, et îe corps de décurions, l'ayant achetée, ta fit imprimner', après que le père Spotorno Tait traduite, avec le ttfre de Codiee diphmaiic^ Co{omàa^jémeri€«n&, •tsm rmetolta di dœwmtnsA origimli e mediti, spettoMÛ a Gfutofitn CoUtmèa^ allu iwpwta « aigoverno delf America, 1822.