‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 53 sur 169 · MORT DE COLOMB. CABOT · texte numérisé non relu

MORT DE COLOMB. CABOT

sa famille venait à s'éteindre^ il substituait la banque de Saint- George dans Tamiralatde Tlnde et ses autres privilèges, que les rois lui avaient promis inconsidérément sans doute t et dont ils le dépouillèrent lâchement ensuite ; ses fils^ en efTet , passèrent toute leur vie à revendiquer les titres et le nom de ce grand homme^ auquel on refusait la gloire d'avoir le premier aperçu un monde dont la découverte passait naguère pour une monomanie. Enfin ses petits -fils renoncèrent à leurs prétentions moyennant i^OOO doublons par au et le titre de ducs de la Veragua* qui survit encore dans une ligne féminine, réduite à la misère par les derniers événements de l'Espagne.

Les écrivains, autant que les rois^ furent ingrats envers Colomb, puisqu'ils ne donnèrent pas son nom à la terre qu'il avait découverte. A la fin du siècle dernier, les Espagnols^ contraints d'abandonner aux Français l'tle d'Haïti où il avait été enseveli, transportèrent ses restes à la Havane au milieu d'une solennité touchante^ à laquelle ne se mêlaient pas de malédictions, comme à la translation des cendres d'autres héros ; enfin Bolivar voulut décorer du nom de Colombie la république créée par ses victoires et conservée par sa modération.

Justice tardive ! il ne resta à Colomb que le bonheur d'avoir accompli une grande mission^ bonheur que les âmes engourdies au sein d'une insouciante oisiveté ne comprendront jamais.

La soif de l'or, de la gloire, des conquêtes^ des conversions, du martyre, poussa tout à coup une foule de gens vers ce nouveau monde, dont le contour fut déterminé après quelques années ; mais nous n'avons à faire connaître ici que la part qu'y prirent les Italiens.

Sébastien Cabot , marchand de Venise^ en entendant parler des hauts faits de Colomb^ sentit naître dans son cœur « un grand désir ou plutôt une ardeur de faire aussi quelque chose de signalé x» . Il offrit donc à Henri Yll d'Angleterre de se rendre au fabuleux Cathay par une autre voie que celle qu'avait suivie Christophe, c'est-à-dire par le nord-ouest; après en avoir obtenu des lettres patentes en 1496^ avec Sébastien son fils, et quatre navires que les négociants de Bristol lui avaient fournis^ il toucha au Labrador le 24 juin 1497, c'estrà-dire un an et six jours avant que Colomb découvrit ce continent. Son père étant mort, Sébastien fit un autre voyage dans cette latitude^ et navigua ^ à ce qu^il semble, le long de la côte depuis la baie d'Hudson jus-

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qu'à l'extrémité de la Floride ; mais^ effrayé par leg glaces et les longues nuits ^ il revint sur ses pas.

Le pape^ nous Tavons dit plusieurs fois^ était considéré conune le seigneur des mers et des îles ; en vertu de ce droit » Martin Y avait concédé au roi de Portugal tous les pays que l'on découvrirait depuis les caps Bojador et Non jusqu'aux Indes. Personne alors ne prévoyait qu'un demi-monde se rencontrerait entre ces régions ; un conflit s'éleva donc entre r£spagne et le Portugal à l'occasion de cet immense territoire. Cependant^ au lieu de s'en disputer la possession les armes à la main^ ils chargèrent, Alexandre VI de résoudre la difficulté ; ce pape traça un méridien distant de cent lieues des tles Açores et du cap Vert^ et attribua à l'Espagne les pays situés au delà de cette ligne.

Avant que la question fût réglée^ on avait réuni pour la discuter un certain nombre de personnages, parmi lesquels s'était trouvé Cabot; chargé par les Espagnols d'un nouveau voyage» , ce navigateur remonta le gigantesque Rio de la Plata. Plus tard, nommé grand pilote d'Angleterre et président de la commission instituée pour tenter de découvrir le passage par le nord-ouest^ il mourut dans cette lie, comblé d'honneurs. Le grand problème que roulait dans sa tête l'illustre Vénitien n'a été résolu que de nos jours. Le bon vieillard (good oldman), comme l'appelait Richard Eden, son ami, disait en mourant qu'il savait par révélation divine une méthode infaillible pour trouver les longitudes; c'était sans doute au moyen de la déviation de l'aiguille magnétique> dont on lui attribue la découverte (1).

Jean Verazzani, navigateur florentin, employé par François I" pour découvrir au nord un passage vers les Indes, côtoya Terre- Neuve, connut la Nouvelle-France et explora plus de sept cents milles de côte.

Améric Vespuce, né à Florence d'une bonne famille, puis facteur dans la maison de banque de Giannotto Berardi à Sévi Ile, devint un habile marin et un bon cosmographe; il fit plusieurs voyages par commission du gouvernement espagnol, dont il fut nommé premier pilote à la mort de Colomb ; comblé d'honneurs, il finit ses jours à Séville en 1512. Vespuce n'accomplit aucune

(1) Hais Ck>lomb dit précisément qu'après avoir passé un certain point, c'està-dire le méridien magnétique, Faisuille, tournée jusque-là vers le nord-est, inclinait alon vers le nord-ouest.

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entreprise capitale; mais^ dans des lettres adressées à René, duô de Lorraine, et à Laurent de Médicis, il fit de ses voyages maritimes une relation ampoulée et confuse, avec étalage d'érudition et toutes les allures d'un homme qui compile ce que d'autres ont écrit. Florence le lut avec avidité et lui décréta le fanal; en d'autres termes^ il fut prescrit qu'on allumerait devant sa maison un feu pendant trois jours et trois nuits^ comme on le faisait autrefois pour les citoyens qui avaient bien mérité de la patrie, et que toutes les maisons^ les palais surtout, illumineraient (i). Cette relation fut aussitôt imprimée^ et, comme elle était la première de ce genre» on la rechercha beaucoup^ au point de la traduire en différentes langues; tel fut son succès que les pays nouveaux s'appelèrent la terre d'Améric^ et que son nom prévalut sur celui du véritable découvreur. Nous ne voulons pas le qualifier de faussaire, ni d'usurpateur du mérite d'un autre; mais nous reconnaîtrons dans ce fait un des accidents de la gloire, si capricieuse dans la distribution de ses faveurs.

Le Vicentin Antoine Pigafetta^ se trouvant en Espagne dans la suite de François Ghiericato, ambassadeur de la cour de Rome, partit avec l'Espagnol Ferdinand Magellan pour une expédition à l'extrémité méridionale de l'Amérique; revenu à son point de départ^ le 21 octobre 1560^ il accomplissait enfin le premier voyage autour du monde. Ce voyage avait duré onze cent vingtquatre jours» et le navire^ tiré à sec^ fut conservé comme un monument de l'expédition la plus périlleuse. Pigafetta fut accueilli a Monterosi par le pape Clément VU , sur les instances duquel il raconta ce voyage, mais avec peu d'exactitude et beaucoup de crédulité ; malgré ces défauts^ cette relation est précieuse, d'abord parce qu'il n'en existe pas d'autre de Tépoque, ensuite parce qu'elle nous fait connaître beaucoup de pays hoAveaux^ et qu'elle contient le premier vocabulaire de langues indiennes. Les Génois Léon Poncaldo^ Baptiste de Polcevera et un certain Balthazar accompagnèrent aussi MageJian dans ce voyage. Un autre Génois> Paul Centurion!^ proposait à Basile, ciar de Russie^ un nouveau chemin pour aller aux Indes; il voulait qu'on vint par eau jusqu'à la mer Caspienne, et de cette mer^ par le Volga et d'autres fleuves^ jusqu'à la Baltique^ afin d'apporter

(1) ÀKGBLO M. BANBmi , Fita di Àmetigo Fespucci, Ce fut seulement en 1830, grAce aux docoments publiés par Nuàez Navarrete, qa*on eut quelifue certitude sur ces feits.

1SF92TS BJBS DÉCOUtEEtfeS. ÎBl

plus vile, et plus directement led dhDgueried ftU)t hommes dU Nord^ sans recourir aux Portugais (î).

Les galères de commerce Vénitiennes étaiëUi jparties atee leur chargement habituel pour distribuer les drogueries dans les ports de l'Océan, lorsque Pierre Pasqualigo , ambassadeur à Li»^ bonne, avertit la Seigneurie que les Portugais avaient oUveM une autre voie pour se rendre aux Indes^ et offraient les épibes et le bois de construction à des prit plus avantageux. Cette concurrehcô fut considérée comme un désastre public^ et l'on résolut de le réparer non pas avec la générosité qui cherche à trouver son profit dans les avantages des autres^ itlâis avec Tégoismé qui entrave et préjudicie. Des envoyés allèrent insinuer au Soudan d'Egypte que le voisinage de ces nouveaux et audacieux marchands entraînerait de graves dangers pour son pays et la religion musulmane; ils lui offraient en conséquence des bras^ des conseils et des armes pour les exterminer. £n effet, le dbudan^ d'accord avec les petits princes de Gambaye et de Gtdicut , essaya de les détruire ; tnais la valeur de Vasco de Gama > puis d'Albuquer(}ue^ dissipa le péril;

La république aurait suivi un bonseil plus généreux et plus utile à ses intérêts si^ par les canaux du Nil^ elle avait mis en commuDîcatiotl la Méditerranée avec la mer Rouge à travers ristbmede Suez ourÉgyt)te. Ce conseil^ il se trouva des hommes pour le donner; mais peut-être l'exécution en fut-elle empêchée par cette ligue impie que toute l'Europe forma précisément pour détruire Venise.

Le commerce que les Portugais commencèrent avec l'Asie différait de celui de Venise; cette république, en effets permettait le trafic à tout citoyen^ à l'exclusion des étrangers^ tandis qu'il était chez les Portugais propriété de la couronne. Venise ne négligeait point l'industrie intérieure ; le Portugal^ aU contraire, laissa les manufactures et lés campagnes désertes pour exploiter les colonies orientales. Les Anglais ne cessèrent pas d'acheter les drogueries dux Italiens; mais Un bâtiment vénitien de quinze cents tonneaux^ qui fit naufrage, en 1387, sur l'Ile de Wight^ fut le dernier qui aborda en Angleterre^ la reine Elisabeth ayant obtenu du Grand Turc, pour ses sujets^ tous les privilèges dont jouissait Venise.

La culture du sucre passa bientôt de la Sicile dans rAméri-

(1) ^AIIITSIO, Dise.sopra lî 'viaggi detle spezierie^ vol. i, p. $74.

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