AVERÇU PHILOSOPHIQUE ET LIBÉRAL
Qu'on adore le passé ou le présent, c*est toujours une idolâtrie, digne tout au plus de cette histoire qui fut altérée par les sceptiques manipulations du siècle dernier, et par quelques journalistes modernes qui conservent l'irrévérence et la légèreté de Voltaire^ lorsque Voltaire lui-même penserait plus sérieusement. Non y il ne faut pas contempler les spectacles grandioses de rhumanité à travers le lorgnon du théâtre, avec indifférence ou raillerie; celui-là seul est en mesure d'en jouir qui, dépouillé de toute présomption philosophique et de subtilités théologiques, cherche la filiation des éléments sociaux et comment les civilisations procèdent les unes des autres par la force d'évolution qui est particulière à l'espèce humaine. Si la philosophie de rhistoire s'est trompée dans ses divers systèmes, elle a du moins prouvé que le jour actuel est fils du jour antérieur; que certaines formes de la société ne s'accomplissent que dans quelques périodes; qu'un stade de l'humanité procède de 1 autre, et que l'explication de Vun se trouve dans l'existence de l'autre. Il n'y a de science que celle qui repose sur les qualités intimes et durables- des choses; qui ajoute à l'induction le lent cortège de preuves et de faits convergents; qui aspire, sans enthousiasme ni rancune, à découvrir la vérité, la seule vérité. Et si de longues études, de violentes contradictions et nos efforts pour déterminer des courants de la pensée opposés à ceux qui l'entraînaient dans une voie mauvaise, nous donnent quelque autorité, nous croyons qu'il y a de la fatuité à supposer que c'est d'hier seulement que sont nées les idées de justice, d'indépendance et de liberté; qu'il n'est pas convenable, dans un siècle dont tous les actes n'offrent en perspective que la force et la prison, d'en rappeler d'autres qui faisaient entrevoir le paradis. Dans un âge d'existence aventureuse, turbulente et bientôt décrépite , lequel proclame que les soldats peuvent seuls nous sauver de la démocratie, nous disons encore qu'il faut, non pas exalter, mais connaître le moyen âge, qui avait cru qu'on devait se réfugier dans la démocratie pour échapper aux soldats. On peut vociférer que nous sommes dans l'erreur ; quant à nous, étranger à l'intolérance de la jeunesse, pacifiquement attaché à nos croyances, sans persécuter les autres, et nous prosternant sur la tombe récente d'un ami, nous proclamons avec lui : Abel a vaincu/
Tel est le sens de la première révolution, qui porte le nom de communale; mais il fallait coordonner les éléments hétérogènes,
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et Ton avait^ pour cet effets le droit romaia et reccléaastiqiie. Le droit romain , s'il avait perdu son influence légatet survivait dans les traditions et les écrits> et contribua puissamment à donner des règles de justice et de procédure, L'Église, qui, par son universalité! avait échappé au morcellement du pouroir civil en se réfugiant dans la féodalité, organisée uniquemsat pour la conservation des vainqueurs, opposait un ordre ration* nel, avec des pouvoirs hiérarchiquement coordonnés! des lois écrites, les preuves testimoniales discutées publiquement (1), la peine mesurée d'après la fraude et le fait, non selon la qualité du coupable ou de Toffensé; chez elle, en un mot, la loi sidentifiait de plus en plus avec la morale. Le droit romain elle droit canonique enseignent à concentrer les pouvoirs souverains^ les droits, les actions et la police sont réglés par des statuts ! ensuite par des codes, déduits, non d'une idée philosophique! mais des relations sociales et de la marche historique.
De cette manière, l'Italie! qui avait décomposé les individualités jusqu'à l'année 1000! les renouait après cette époque* L'œuvre de l'unification de l'État dans une juste mesure avait déjà fait quelque progrès : il y avait communauté de tribunaux! communauté pour le droit et le devoir de défendre la patrie dans les armées ; communauté d'impôts pour les routes, les fleuveS; les canaux et la police des cités; communauté d'enseignement et de dignités sacrées depuis le sonneur de cloches jusqu'au souverain pontife (2) ; or cela se réalisait sans aliéner tout l'honuns à l'État , de manière à ne porter aucune atteinte à la propriété, à la famille, à l'éducation, au culte.
Au-dessus de tous, deux puissances se tenaient en équilibre :
(1) Bans le quatrième concQe de Latran, sous Innocent 111, il est f*fh^ q«'« fera des recherches pour trouver la vérité, coram EccUsiœ senioribus; pius oa y «joute : Débet esse preutns is, contra tfttem facientfa est wquisith, nîsiseper eontumaoMm nbsentoperit; et exponenda sunt et i (la capitula , de qaiùusfiw rit inqmrendum^ utfaeultatem habeat defendendï teipsum; et non solum dicte, sed etiam nomina îpsa testium sunt ei publicanda, ut quid et a quo tk £eim appareat; nec no» exeeptiones et repticationes légitime admittendœ, nepermf pressionem nominum infamandif per exceptionum vero exclusionem depoiieêJ^ falsum audaeia prœbeatur.
(2) On voit que Pierre Lombard, sur les instances des évéques , soutint eo France les droits des vilains , au point d'obtenir qu'ils pussent porter les cbpveux longs, marque distinctive des nobles, c'est-à-^lire de la r*ce oonqnénate; c*est pour cela que F Université de Par^ célébrait annueliemcnt m
LUS D«TD( PUiaSAliCXft SUPBBIE£8. 163
Vm»t ecclésiastique, directement émaaée de Dieu et b^ée su? rélectioQ populaire; l'autre, temporelle, mais qui tenait encore soo droit de rélection et du couronaemeut. Ces deux autorités suprâmes en vinrent à un conflit, do,nt Tessence ne consistait pas dans la manière d'investir par l'anneau ou l'épée, mais bien dans ce que l'homme a de plus précieux^ la croyance et la prière.
Gomme il arrive dans toutes les luttes, les champions des deux pa:rtis tombèrent dans Texcès. D'un côté, néanmoins, nous vojOQs des empereurs égoïstes , qui travaillent pour eux, pour leui» familles, pour de l'argent, aujourd'hui violents, faibles demain; ils créent des maimequins de papes, quils soutiennent par des moyens indignes, et en s'appuyant sur des hommes pireg enoore. De l'autre, sont des vieillards désarmés, qui n'exigent rien pour eux mômes, mais pour l'Église, inébranlables dans leurs desseins, moraux dans les moyens, et vénérant la sainteté, même alors qu'ils n'en sont pas des modèles. Cette querelle, outre qu'elle dégagea un peu des ténèbres l'idée de l'État, et fit ressortir l'indépendance réciproque de deux or-* dres réellement distincts, préserva les esprits de la langueur, qui, dans la vie morale ou physique, est la maladie la plus rebelle.
La prépondérance du clergé n'était autre chose que ce jus mpieiUioris en vertu duquel les Romains attribuaient h ceux qui jouissaient d'une raison libre et adulte la faculté de gouverner les imbéciles et les êtres inférieurs. Sans la puissante cohésion de la hiérarchie catholique, que seraient devenues, au milieu des temps d'ignorance et d'anarchie^ la religion et la civilisation? La religion donnait au peuple chrétien Tunité nécessaire pour combattre l'islam compacte, et, ce besoin passé, elle laissa revivre les nationalités. Mais ne perdons jamais de vue que ces papes furent de leur époque, non de la nôtre ] les cornperar à Jules II ou à Pie IX, c'est faire de la rhétorique amu- Mnte ou de fantastiques palingénésies ; car ces pontifes ne virent pas, du levant ou du couchant, des conquérants ou des conquis, des Latins ou des Slaves, mais bien des pécheurs à racheter. Tesprit à soutenir dans sa lutte contre la chair, et autres faits inaccessibles aux cyclopes du rationalisme, qui a pour caractère la peur et la haine de toute spiritualité. Choisis eux-mêmes parmi toutes leâ races, pouvaient-ils restreindre leur vue à la nationalité? Du Mte, grâce h la connexion mystérieuse des vérités d'en haut