‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 58 sur 169 · NATIONALITÉ ET DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

NATIONALITÉ ET DÉMOCRATIE

avec les vérités temporelles^ ce fut sous le manteau pontifical que les nationalités se constituèrent (i).

La suprématie de l'empereur sur les princes et les potentats, que Barberousse avait fait proclamer par les légistes à Roncaglia^ finit avec ce Frédéric 11^ qui semblait réunir les moyeos les plus efficaces pour la réaliser. Dés ce moment, l'épopée des grandes luttes se rapetissa en misérables controverses de suprématie sur les Deux-Siciles. Dans l'hypothèse où cette partie de PItalie se fût gouvernée^ comme le reste, par des lois populaires, le pape y aurait conservé sans opposition l'autorité suprême ; mais, comme elle avait une royauté^ il en résulta des guerres qui fuent nuisibles aux deux pouvoirs. Comment Alexandre III avait -il résisté à Barberousse? en formant la ligue démocratique de la Lombardie. Urbain lY ne put renverser les descendants de cet empereur qu'en appelant Charles d'Anjou, c'est-à-dire en aggravant par la tyrannie française la tyrannie tudesque.

Ce changement de dynastie produisit un résultat important: en effet, l'abolition du pouvoir souabe mit un terme à la prédominance de la race conquérante^ et laissa revivre la conscience de la nationalité chez les Italiens, qui se considéraient comme les descendants des Romains. Ce fut dans ce sens que se dirigèrent les tentatives de restauration, ainsi que la littérature, les arts et la jurisprudence. Les Gibelins ne pouvaient triompher que difficilement, puisque la révolution populaire, mAme alors qu'elie semblait les invoquer, s'était réellement faite contre eux ; la suprématie souabe n'exista plus que de nom, bien que les faits qui suivirent nous aient fourni la preuve qu'il n*y a point de liberté sans indépendance, mais que l'indéj^iendance ne suffit pas à la liberté. L'Église elle-même, qui sent décliner son autorité universelle, est contrainte de s'assurer un pouvoir temporel qui, s'il était d'abord un accident, devint alors le point d'appoi de son influence politique.

Même alors que la vie sociale était éparpillée dans les châteaux , les villes, qui sont la forme ancienne et vivace des gouvernements italiens, ne perdirent jamais leur importance; elles

(1) Jean XXII avait publié une bulle dans laquelle il disait : a En vertu de • Tautorité qui nous a été coufcrée par le Père étemel et par les saints ap6- N très Pierre et Paul, après mûr examen, et Tavis de nos véuérables frères en- « tendu, de notre pleine autorité, nous séparons Tltalie de Teinpire, nous réser- « vaut de pourvoir au gouvernemeut de celle-ci, et faisons défense d'y entrer. •

CARACTÈRE GÉNÉRAL D£S ITALIEIIS. 1G5

se relevèrent et rétablirent la démocratie, qui donna les fruits les meilleurs et les plus amers. Dans la vie démocratique^ rhomme^ dont le caractère s'ennoblit par l'obéissance aux lois autant qu'il est abaissé par l'obéissance à un homme, travaille pour lui-même^ non pour un maître; dès lors, il conçoit une haute idée de sa personne et de son pays^ se rend affable dans la conversation , parce qu'il ne s'imagine pas qu'un autre le déchire alors que lui-même s'abstient de toute médisance, et forti6e son bon sens par ses entretiens avec ses semblables, dans lesquels il apprécie plus le jugement et les sentiments que les manières, le fond que la forme. Au milieu de cette existence pleine et active, on recherche moins la liberté de chacun que l'indépendance de tous.

Pour nous qui, par liberté, entendons la jouissance paisible des biens sociaux , Tindépendance domestique et personnelle , la garantie contre les abus du pouvoir dans quelques mains qu'il se trouve, nous ne la rencontrons point dans ces temps, alors que Ton considérait comme libre quiconque participait à la souveraineté, au pouvoir actif. Voilà pourquoi, comme on préférait le gouvernement du plus grand nombre, on avait la liberté politique plutôt que la liberté civile. Aujourd'hui, quelle que s«)it la forme du gouvernement, nous demandons la séparation des pou« voirs, l'indépendance des juges, Pinviolabilité delà personne; nous voulons soustraire aux châtiments la pensée, la discussion philosophique, les licences de la parole, la raillerie, les usages, le luxe. Alors, au contraire, on essayait de toutes les formes politiques, non pour trouver le moyen de garantir contre les abus de l'autorité, mais de représenter le peuple. La souveraineté de tous semblait un remède au désordre ou un dédommagement; cette souveraineté, émanée du peuple , était confiée à des magistrats temporaires et responsables. Dans les aristocraties môme, le nombre des électeurs et des éligibles se trouvait limité ; mais le pouvoir n'était pas in*évocable. Venise seule eut un doge à vie, mais son autorité fut soumise à de jalouses restrictions ; enfin, dans les principautés, il n'y avait pas de succession régulièrement établie , car l'idée d élection, qui ne fut effacée que pai* la domination étrnngère, survivait toujours.

Le choix des magistrats qui se succèdent dans des périodes trop courtes renouvelle la fièvre électorale; néanmoins l'habi tude des assemblées fortifie le sens commun et donne, avec l'expérience des affaires, le sentiment du droit et du devoir. Là

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