‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 6 sur 169 · SOLENNITÉS ST FÎTES · texte numérisé non relu

SOLENNITÉS ST FÎTES

on n'dte jamais le oapuce^ sauf pour le magistrat suprême ^ un évéque ou un cardinal; on le soulève seulement quelque peu par devant avec deux doigts pour les chevaliers , les magistrats, les docteurs ou les chanoines^ en courbant légèrement la tète en signe d'humilité (1 ). »

Des lois somptuaires continuaient à s'opposer aux excès du luxe; mais leur fréquente promulgation révèle l'teutilité du remède. Les prédicateurs et les moralistes avaient beau déolam^r^ les pompes croissaient chaque jour davantage. On vovait parfois des cours plénières où les seigneurs, qui avaient de rares occasions de se réunir, accouraient pour faire étalage de magnifr* cence; les chevaliers, pour rompre des lances et mériter, en récompense de leur valeur, les applaudissements et l'amour des belles; les citoyens, pour s'asseoir aux tables destinées à tous, et boire du vin qui jaillissait quelquefois de fontaines artificielles. Les vêtements se donnaient à profusion, et mille personnes furent habillées par la fenome de Mathieu Visconti au mariage de son fils Galéas avec Béatrix d'Esté. Cet usage de fidre don de choses utiles, plutôt que d'un anneau ou d'une tabatière, se conserva longtemps.

Buonamente Aliprando, qui, dans les ierzine les plus grossières qu'un homme puisse lire, rédigea la chronique de Mantoue, décrit les fêtes, avec table ouverte, données par les seigneurs de Gonzague épousant trois femmes dans le même jour. Un grand nombre de barons vinrent de toutes parts, apportant chacun un présent en habits de velours, de laine mélangée, couleur noirâtre et écarlate, les uns fourrés d^agneau, les autres de renard, de lapin ou de petit-gris, avec des boutons d^argent; il y en avait trois cent trente-huit, qui furent distribués aux bouffons et aux magistrats. Plusieurs firent cadeau de coupes, de cuillers, de vases, le tout en argent et du poids de deux cent cinquante marcs. D'autres apportèrent assez de plats et de gobelets en bois pour suffire à tout le monde; la corporation des marchands donna 1.000 ducats ; ceux-ci offrirent de la viande et de la volaille, ceux-là de superbes destriers. Ces Gonsague, a leur tour, firent cadeau de vingt-huit chevaux du prix de 2,300 ducats; les autres dépenses, en foin, avoine, nourriture, s'élevèrent à 52,000 livres. Vingt-cinq chevaliers de noblesse furent habillés. Les tournois, les joutes et les amuseoneots durèrent huit

(1 ) HUtoîp9jlarênfiiÊef ix«

SOLENNITÉS BT FÊTES. il

jours, au milieu de la musique, de ladanseetdefteimQto; on comptait jusqu'à quatre cents joueurs jl'instnupents, avec des bouflTons, qui s'en retournèrent satisfaits des habits et de Pargeat qu'ils avaient reçu&

 la paix conclue à Vienne, en 4379, entre Barnabe Visconii et les Scaligeri, on. offrit le spectacle nouveau de feux d'artifice qui forcèrent tous les yeux à se tourner vers le ciel (4). En i 397, Biordo des Michelotti, seigneur de Pérouse et des villes voisines, ordonna des fêtes pour célébrer son mariage avec Jeanne Orsini. aD'abord (lit-on dans lejotmtal deGraziani), il fut commandé à chaque famille, puis à chaque commune de faire son présent, qui se composa de paille, de blé, de vin, de poulets, de veaux, de moutons, d'œufs, de fromage. Biordo fit publier en tous lieux que tout individu de la commune de Pérouse, qui ne serait ni rebelle ni condamné, pouvait venir en toute sûreté auxdites fêtes ; il invita les seigneurs du voisinage, offrant table ouverte pendant huit jours. Toutes les villes d^s environs, Venise méma et Florence, lui envoyèrent des ambassadeurs avec des présents magnifiques; celui de Florence amena douze hommes d'armes pour jouter. La comtesse fit son entrée avec un vétoment d'or battu, avec beaucoup de pierres précieuses à la tête; elle était précédée de trois paires de corbeilles et de six damoiselles avec leurs vêtements de drap. Une guirlande d'aqperges ornait sa tête ; avec elle venaient à cheval messire Chiavello, seigneur de Fabriano, les ambassadeurs de Venise et de Florence. Toutes les femmes des gentilshommes sortirent à sa rencontre en dansant, vêtues exactement selon sa livrée; celles qui ne savais! pas danser suivaient par derrière.

a La commune de Pérouse donna 10 florins d^or à chaque compagnie. Au*devant du cortège était un grand nombre de trompettes qui sonnaient de manière à convier chacun à s'amuser. Un ban fut publié avec défense d'ouvrir aucune boutique pendant cette fête, qui devait durer huit jours. Pour le festin, on choisit la saUe papale, autour de laquelle furent disposées beaucoup de tables, et les flambeaux brillèrent dans un endroit spécial. La table de Biordo , plus élevée, occupait le premier rang , et l'on mit sur les autres trois cents plats pour chaque groupe ; il fut alors raconté que la Toscane n'avait jamais vu une fête plus belle. Toutes les dames, formant une compagnie

(1) Histoire de Conforto Piilice, Mer, //• Seript,,tom€'Ua,

12 SOLEMNITIÉS ET FÊTES.

\Taiment royale^ s'étaient réunies dans la maison de Biordo.

« Le jour suivant^ toutes les villes, bourgs et villages lui firent des présents magnifiques. L'ambassadeur de Venise lui offrit un don qui valait 200 florins d'or; celui de Florence, un manteau d'écarlateet un cheval enhamacbé: celui de Gittàde Gastello, un autre manteau avec un coursier ; Gastel de la Pieve^ un autre cheval; Orvieto, un service de table tout en argent; Todi, la môme chose, plus deux pièces entières de velours; les trois autres ambassadeurs firent également un cadeau. Outre cela, un grand nombre de dames s'habillèrent selon la livrée de Biordo^ et presque toutes se firent trois vêtements ; puiâ elles dansaient sur la place. Le mercredi, il y eut une joute de barbutes, portant derrière les armes de la commune, et, comme elle se prolongea dans la nuit, il fallut allumer des torches. »

Dans les fêtes des cités commerçarites, les arts, distribués en maîtrises, jouaient le rôle principal ; la chronique de Ganale nous décrit celles de 1268 pour installation de Tiepolo comme doge de Venise. La première fête (dit-il en français d'une manière plus prolixe) eut lieu sur la mer, devant le palais du doge; le capitaine Pierre Michel fit appareiller et défiler les galères en face du palais avant que le doge se retirât, et, par ses ordres, cette acclamation sortit de la bouche des équipages : « Le Christ a triomphe ! le Christ règne ! le Christ commande I A notre seiflt gneur Laurent Tiepolo, par la grâce de Dieu, doge illustre de a Venise, de Dalmatie, de Croatie, et dominateur du quart et « demi de l'empire de Romanie, salut, honneur, vie et victoire ; « saint Marc, viens à son aide ! » Les hommes des autres galènes firent entendre les mêmes paroles ; puis le capitaine ordonna de voguer dans Tintérieur de Venise, et tous allèrent rendre visite à la dogaresse, qui les reçut avec un visage souriant.

a Tous les métiers, richement vêtus, vinrent ensuite l'un après l'autre visiter leur seigneur et sa femme. Premièrement, les habitants de Torcello et des autres quartiers équipèrent leur pi*opre navire et se rendirent auprès du doge et delà dogaresse; ceux de MÛrano avaient à bord des coqs vivants (i), pour que Ton sût d'où ils étaient, et leurs bannières flottaient au milieu de la nef. Lés maîtres forgerons et tous leurs apprentis se réunirent autour d'un gonfalon, ayant chacun une guirlande sur la tête, et suivis de trompettes et d'autres instruments de musique. Après avoir

(1} Les armes de Murano étaient un coq.

KEGJSPTlOlf d'un doue. 13

pénétrè dans le palais, ils saluèrent le doge, auquel chacun d'eux souhaita longue vie et victoire ; à son tour^ il les remercia par des voeux semblables ; s'étant retirés, ils se dirigèrent vers Saint- Augustin, où se tix)uvait la dogaresse, la saluèrent, et reçurent d'elle, comme grande dame, un salut pareil.

a Les pelletiers (marchands de fourrures d'animaux sauvages) se couvrirent de riches manteaux d'hermine, de vair et d'autres magnifiques fourrures de bétes sauvages ; accompagnés de leurs garçons et de leurs apprentis, également remarquables par un costume splendide, ils déployèrent à leur tête une belle bannière qu'ils suivirent deux à deux. Les maîtres pelletiers (marchands de vieilles fourrures) sortirent avec leur gonfalon, des trompettes, d'autres instruments de musique, des coupes d'argent et des flacons remplis de vin; leurs habits étaient de soie, d'écarlate et d'autres riches étoffes doublées de vair, de petit-gris et d'autres fourrures recherchées; leurs apprentis, grands et petits, avaient aussi des vêtements magnifiques. Les pelletiers (marchands de fourrures d'agneaux], maîtres et apprentis, parurent ensuite, avec leur gonfalon, leur musique, des coupes d'argent et des flacons remplis de vin. Les fabricants de nappes et de houppes, acompagnés des tisserands et de lews apprentis, vêtus comme eux avec un grand luxe, déployèrent leur gonfalon, se firent précéder de cymbales, de trompettes, de coupes d'argent et de flacons remplis de vin; puis, dirigés par de bons conducteurs, ils marchèrent vers le palais, dont ils gravirent Tescalier, et saluèrent courtoisement le doge , qui leur rendit leur salut avec une grâce infinie; la cérémonie terminée, ils allèrent trouver la dogaresse pour lui faire la môme politesse.

« Alors la fête et la joie commencèrent à grandir. Dix des mai- Ires tailleurs se vêtirent d'habits neufs, tout blancs, à étoiles vermeilles, avec cotte et manteau doublés de fourrure. Les fabricants d'étoffes de laine vinrent avec leur gonfalon, leurs trompettes, des coupes d'argent et des flacons remplis de vin, ayant chacun un rameau d'olivier à la main et des guirlandes également d'c4ivier sur la tête. Les fabricants de fotaine de coton, tous habillés de neuf, avec de riches fourrures, portaient des cottes et des manteaux de l'étoffe qu'ils font; il en éUiit de même des nuiltresqui fabriquent les couvertures et les jupes. Chacun d'eux fit une cape neuve de couleur blanche, parsemée de fleurs de Us, avec un coqueluchon, et portait sur la tête une guirlande de perles tissue d'or«

14 RÉCEPTION D'tN BOOS.

a Les fabricants de draps d'or^ valus richement^ ainsi que leurs apprentis^ cjui avaient des étoffes d'or^ de pourpre et de taffetas, avec des coqueluchons dorés et des guirlandes de perles relevées par deâ ornements d'or, sortirent avec leur gonfalon^ leurs trompettes et cymbaleà. Les cordonniers et leurs apprentis avaient sur leur tête de belles guirlandes de perles avec des ornements d'or. Les merciers allèrent voir le doge avec un brillant costume; leurs têtes et leurs habits se faisaient remarquer par des ornements d'or et de soie les plus beaux qu^on puisse voir. Les marchands de viandes salées et de fromages se montrèrent avec leur gonfalon ; outre de superbes vêtements couleur écarlàte^ tournesol, centinode ou toute autre, avec fourrure de vair et de petit-gris , on leur voyait sur la tête des guirlandes de perles et de petits ornements d*or. Venaient ensuite les mar^ chauds d'oiseaux aquatiques et de poissons de mer et de fleuves.

« Les mattres barbiers avaient avec eux deux hommes achevai, armés de pied en cap comme des chevaliers errants, et qui conduisaient quatre damoiselles vêtues d'une manière fort étrange. Arrivés au palais, ils montèrent et saluèrent le doge, qui leur rendit leur salut; aussitôt un des hommes armés de toutes pièces descendit de cheval et dit au doge : a Messire, nous soma mes deux chevaliers errants qui avons chevauché pour trouver (f des aventures; après avoir peiné et travaillé beaucoup, nous a avons conquis ces quatre damoiselles, et sommes venus à m votre cour ; s'il se trouve ici quelque chevalier qui veuille a faire montre de son courage et nous enlever ces étranges dacr nioiselies, nous sommes prêts à les défendre. » Le doge leur répondit : « Soyez les bienvenus, et que Dieu vous laisse jouir et de votre conquête ; je désire que vous soyez traités avec h(m- « neur à ma cour : mais je ne souffrirai pas que personne vous a dispute vos damoiselles; soyez sans aucune inquiétude à leur a égard, b Le chevalier errant monta alors, et tous crièrent : « Vive notre seigneur Laurent Tiepolo, noble doge de Venise I 9 Puis ils se retirèrent au milieu de vives démonstrations de joie, et se rendirent auprès de la dogaresse, qui leur fit un excellenl , accueil.

a Les mattres verriers avaient de somptueux habits couleur écarlate , et doublés de vair ou de tiches étoffes ; entre les coupes d'argent et les flacons remplis de vin, ils portaient des objets fabriqués par eux, c'est-à-dire des carafes, des flacons et autres jolies pièces de verre. Ils se mirent en route en chantant de nour

RÉGUmON D'UN DOGE. 15

lelles dumsODS^ dans lesquelles on célébraii Laurent Tiepolo et soD ipère, autrefois doge, dont Fàme était recommandée à Dieu. Au milieu de cette joie et de cette fôte^ ils s^en allèrent en chantaai jusqu'au palais^ et rangés deux à deux à la suite de leur gonfolcm. Les maîtres i^rfénes s'ornèrent de perles^ de bijoux d'or et d'argent^ de pierres précieuses^ o'est^-à-dire de saphirs^ d^émeraudes^ de dilunants^ de topaies, de hyacinthes, de rubis, de diaspres, d'escarboudes et d'autres pierres de grand prix. Lsun apprentis étalaient comme eux de brillantes parures; en» fin ils firent exactement comme les membres des autres corpo-» rations.

« Les maîtres peignierSj faisant éclater leur allégresse, allèrent aussi vers le doge ; quand ils ftirent arrivés^ Ughetto, sage maître> s'avança et lui dit 2 « Sire, je prie Jésus-Christ, sa douce mère « et saint Marc qu'ils vous donnent santé, longue vie et victoire ; « qu'ils vous permettent, tant que vous vivrez^ de gouverner l'il- « lustre peuple vénitien en assurant son triomphe et sa gloire. » Le doge lui fit une réponse très-sage» et tous crièrent à la fois : « Vive mesaîre Laurent llepolo, le noble doge de Venise ! d Ces maîtres peigniers avaient une cage remplie d^oiseaux d^espèces diverses ; pour réjouir le doge, ils en ouvrirent la porte, et tous les oiseaux sortirent^ volant çà et là à leur gré (i)«»

On peut nous opposer que ces détails ne se rattachent nuUement à l'histoire ditalie; mais nous avons pour but de connaître les Italiens, et nous croyons qu'il est impossible de voir quelqu'un sous son vrai jour^ si Ton ignore ses mœurs et ses coutumes. D'ailleurs, d'autres ont dit que, pour connaître un peuple, il fallait nécessaironent l'observer dans ses fêtes. Le lecteur a im s'imaginer, dans celle que nous venons de décrire, que le moyen âge passait devant ses yeux, avec cette liberté, non individuelle, mais collective, qui laisse apparaître, plutôt qu'un État, de nombreux groupes de familles, de corporations, de communes, d'ecclésiastiques, de nobles, chacun avec une existence et des lois propres» On pourrait faire un livre sur les fêtes de Venise ; et nous possédons ce livre, où chaque événement public est rapporté avec anedévotiott et un patriotisme solennels (Ch. XCVIII).

Souvent an désignait la commune elle-même par le nom du saint patron, et l'on disait SaintMarc, Saint-Ambroise, Saint-

(1) Chronique vénitienne, paragr. 2664 Venise avait des magistrats chargés deTciUer à T exécution des lois somptiiaires.

iO FBT£8 R£UGI£II8£S.

Pierre^ au lieu de Venise, de Milan et de Rome ; la fête du patron était donc autant civile que religieuse. Le statut de Modëne prescrivait que, le jour de Saint-^jéminien^ un membre de cbaqoe famille de TEtat se rendit à la ville avec un cierge à la main, pour y rester jusqu'à la troisième heure du lendemain; de mÀne, chaque commune dépendante devait y envoyer son étendard, suivi des hommes du village ou du château. A Ferrare, quiconque possédait cent livres était obligé, la veille de Saint* George, de fournir un cierge le matin. Le jour de la naissance de JMarie, toutes les communes dépendantes devaient se réunir à Milan avec leur gonfalon ; à la fête de saint Ambroise, le 2 décembre^ on apportait à son autel une grande quantité de fleurs et de feuillage, des raisins mûrs avec des pampres verts, le tout fait en cire. Toute Ville dominatrice avait de ces réunions, et la fôbe de saint Jean était surtout solennelle à Florence. A Montecatino^ lorsque le clergé^ pour les litanies de saint Marc, descend à la cure de Nievole, les femmes, comme à Toccasion de la liberté reconquise^ continuent à sonner les cloches, que Ton entend dans toute la vallée. Le matin de Pâques^ l'officiant bénit plusieurs corbeilles de pain et de viande d^agneau, que Ton distribue ensuite à chacun^ comme pour dédommager du jeune du carême (1).

Les fêtes religieuses, comme les sculptures des églises, avaient souvent quelque chose de bouffon. Telle était \sLComomante, reste de quelque solennité païenne, que l'on célébra à Ronie jusque vers Fan mille. Le samedi après Pâques, quand on devait chanter les Utanies au pape, les archiprétres des dix-huit églises diaconales convoquaient le peuple au son des cloches ; le sacristain se mettait la cotte et une guirlande de fleurs avec des cornes, et sa main portait un finoboloy canne en bronze grosse comme le bras et garnie de clochettes au milieu. On allait alors processionnellement à Saint-Jean de Latran, et. chaque archiprêtre formant cercle avec ses paroissiens, on disait au pontife : « Allons, a des prières; Dieu, pour la prospérité; Marie» mère de Dieu^ a allons, des prières! Bonjour, ô patron; ouvrez«nous les portes ; « nous venons voir le pape, nous voulons le saluer, lui rendre hoin. (( mage et lui chanter les Utanies, comme on le faisait aux Césars. « Bravo, homme bénin, bénin pape qui gouvernes toutes choses « à la place de saint Pierre ; le ciel resplendit, les nuages se dissi- « pcnt. » Sur ces entrefaites, le sacristain sautait en se roulant

(1) Dclizic fiej^U cnttiiti, XI, IG2.

FÊTBS IUBU6I1IJSSS. H

m milieu de chaque cercle^ et eecouait ses cornes et le /tnobolo* Leslitanies terminées^ un archiprétre s'avançait, conduisant un âne fourni par les serviteurs du palais. Un camérier soutenait sur la tête de l^inimal un plat avec vingt deniers d'aïf ent; Tarchipritre de la cour, après s'être renversé trois fois en arrière, allongeait la main dans ce plat, et tous les sous qu'il pouvait saisir ki appartenaient. Les autres archiprétres venaient avec le clergé déposer des guirlandes aux pieds du pape ; celui de Via Lata ajoutait un renard, qui, n'étant pas attaché, prenait la fuite^ et le pape lui donnait un besant et demi^L'archiprétre de Sainte- Marie in Aqniro offrait un coq avec une couronne, et recevait un besant et quart; celui de Saint-Eustacbe présentait un faon, et la même somme lui était donnée. Les autres n'obtenaient qu'un be$ant,avec la bénédiction du pontife. Lorsqu'ils étaient rentrés dans leurs églises respectives, les sacristains, suivis chacun d'un prêtre et de deux compagnons, portant Teau bénite, des branches de laurier et des bonbons, allaient de porte en porte avec l'accoutrement primitif et le^nofo/o; ils bénissaient les maisons, jetaient des feuilles de laurier sur le feu, et distribuaient les bonbons aux enfants en chantant une cantilène en langue barbare qui commençait ainsi : Jaritan jaritan, fajariastiy Raphayn , jtrcofn jajariastif et le maître de la maison leur donnait quelque chose (1).

Les banquets étaient des solennités aristocratiques et popuhiires. Jean-Galéas Visconti, quand il fut nommé duc de Milan, en donna un magnifique dans la cour de l'Arengo, où se trouve maintenant le palais royal. Selon G<Mio, on présenta d'abord à chaque convive, pour se laveries mains,de l'eau préparée avec des essences précieuses ; puis vinrent les mets, accompagnés de trompettes et d'autres instruments de musique. Le premier service se composa de massepains et de pignons sucrés avec les armes du sérénissime empereur et du nouveau duc, dans des coupes d'or avec du vm blanc; vinrent ensuite des poulets avec une sauce violette, un par assiette, et du pain doré, puis deux grands porcs dorés et deux veaux également dorés. A la suite parurent d'énormes plats d'argent, dont chacun contenait deux morceaux de vean, quatre morceaux de mouton, deux morceaux de sanglier, deux lÀevreanx entiecs, quatre poulets, quatre chapons, un jam-

(1) Voir Du GAiies ad vocm. Il a tiré ce eMmonial d'un nuumacrit de CnsfanL

vm, DB ITAL. — T. ?ll. 2

bon, deûx^aocisses^ avec un liqiade blluic pour potage eidv.iviii

grec.

Après ce senrioe, des plats de toôroe gpundeur furent appor-. tés avec (lotttite mocoèauxde veau rôli, deux chevreaux en^iprs, deun lièvres entier*, six gros pigeons, quatre voiatilias, quatre paons garnis, deuxowrs dorés, arec du jus de âtrpa et dji- vip léger; puis on vit pavallt».d*«utres plats d'fii«eQt.fiY^O: quatre faisans garnis dans chaebnv qui furent awis d'ua cerf eoUer^ doré, d'un daim égalenient doré et deéeUXcicbeviq^ila^^la gelé^f d'un grand nOnrinre de cailles et de perdrix avec une sauc^ verte, de pâtés de viande dorés avec des poires cuites, toujours servis dam de grands plats d'argent. Après avoir donné aux convives, pour se laver les maiBa, de Teau préparée avec des essences odorantes, on apportait des pigeons sucrés en Corme de poissons et argentés^ puis du pain argenté et du malvoisie « du poisson à la sauce rouge sur des plats d -argent , des pâtés d'anguilles^ et, dans des tasses, des limons au sirop argesxtéa;veoaiea| ensuite de grands plats d'argdnt avec des lamproies «t de la gelée argentée, d'énormes truites avec une sauce ncwe et doux estuigeons argentés; enfin on> servait de grandes tourtes vertes, argentées, des aoumdes vertes, des pèches, et fdifTéreateiS sucreries à formes variées. Le banquet terminé, on apporta sur la table des vases d'or et d'argent, avec des agrafes, des colliers, . des anneaux et plusieurs pièces d'étoffes d'or, de soie^^ 4^ pourpre, qui furent donnés aux seigneurs selon lejur iwgt

Ce même Corio nous a décrit le banquet qui,, vingt an^Aprà£(« fut donné dans cette cour àroceasion du maâage de la fim de Galéas Visconti avec< Uonnel d'Angleterre : a Cent tables fwffi^t disposées dans la grande salle pour les personnages . 4^* ^aujt rang, et Ton servit ailleurs les autres convives; les,insti:umentj^. de musique jouaient sans cesse « au point que L'oo n^eut^dait pas autre chose* Les mets étaient : apportés h cheval ; au .premier service, on vit paraître des gorets 4Jk>rés, avec dem^ léopards richement ornés et douze couples de limiers; au second, des lièvres et des brochets , suivis de six couples de lévriers , ornés d'argent, et de six autours; au troisième, du venu et des. tniiles,.qui étaient accompagnés du présent de six brodequitiÊ, avec bordure de velours,. des boucles dorées. et 4es cordons de soie noire; au quatrième, des perdrix, des cailles, des traitas dorées et douze épertîers avec dea sonnettes d'argent , et douze couples de braques ; au cinquième, des canards,

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