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et la charge des tributs pesait sur le propriétaire. L'obligation pour les campagnards d'habiter des villages murés leur attri* buait une certaine importance civile^ et les appelait à concourir à la défense, ce qui n'avait pas lieu dans les pays étrangers, oà ils devaient encore servir matériellement et persomiellemeot un maître dont ils ne pouvaient se détacher.
Dans tout, néanmoins, on sent qu'il manque quelque chose de ce qui fait grandir et vivre les nations, la vertu. Combien d*élaos généreux! combien d'hommes remarquables! combien d'héroïsme ! mais tout par moments, par secousses, à la manière d'un mouvement galvanique. Le dessein persévérant qui, pendant des siècles, se transmet de génération en génération; cette élévation d'idées qui fait sacrifier constamment l'intérêt particulier à l'intérêt général; cette liberté des opinions réfléchies et fixes qu'on appelle courage civil; cette noblesse et cette justice de Tftge mûr qui succèdent à l'entraînement bon, mais imprévoyant de la jeunesse, et qui offrent le noble spectacle de l'ordre dans la liberté, manquèrent trop souvent, je dirai même toujours, à 1 histoire dltalie; et cette vérité. Italiens, vous ne la répéterez jamais assez aux générations nouvelles, qui aspirent à ce bien dont les précédentes ne purent jouir.
A mesure que les mœurs démocratiques disparaissaient» on voyait s'affermir le pouvoir despotique; mais , faible encore parce qu'il manquait de cohésion, il se trouvait exposé d'abord aux brigues intérieures et aux rivalités des voisins, puis aux funestes appétits des étrangers. Le prince ne s'appuyait que sur les faits accomplis, comme nous disons aujourd'hui; la succès^ sion n'était pas réglée, ni l'autorité légalement tempérée; toute l'habileté financière consistait à imaginer des taxes nouvelles pour faire le plus d'argent possible ; c'étaient d'ailleurs des gouvernements militaires qui ne connaissaient d'autres limites que la puissance et le caractère de ceux qui s'en trouvaient investis.
Les magistrats communaux survivaient, mais restreints, sous un podestat choisi par le prince, à quelques détails d'administration et à la justice, qu'ils appliquaient avec plus de rigueur que de fruit. Dans aucun lieu les communes ne se joignirent au pouvoir central. Les barons prévalurent en Sicile; à Gênes et à Venise, les citoyens formèrent une aristocratie pour exclure la multitude qui marchait à une si grande prospérité; laRomagœ fut subdivisée entre une infinité de petits seigneurs, qui ne constituaient pas néaiimoins une aristocratie politique, attendu que Je
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gouvernement restait aux prêtres; dans le Piémont seulement^ ]e peuple et le prince parvinrent à s'associer au moyen des états^ qui d'ailleurs succombèrent bientôt eux-mêmes sous le poidsdes impôts arbitraires et la prépondérance de l'armée permanente.
Les petites seigneuries^ dans lesquelles s'étaient concentrées les anciennes subdivisions territoriales^ n'employaient leurs forces que pour se contre-balancer^ afin qu'aucune ne prévalût de manière à pouvoir faire de l'Italie un État monarchique. Nous avons vu plus d'un seigneur avoir cette ambition^ et toujours échouer par l'opposition des autres^ mais surtout des pontifes ; ce fut là un obstacle puissant, mais non pas le seul, à l'unité de l'Italie^ unité qui ne put s'effectuer^ ni avant la domination des princes, ni lorsqu'ils se trouvèrent dépossédés, comme il arriva sous Ladislas et Napoléon. Les racines de cette division italienne sont donc plus profondes qu'on ne le croit généralement.
Les forces des divers pays se trouvaient balancées de telle sorte qu'aucun d'eux ne pouvait dominer les autres; en outre, dans la Lombardie, la Romagne et le royaume , il restait beaucoup de gentilshommes qui avivaient sans doute, dans l'oisiveté, des produits abondants de leurs domaines, mais commandaient des châteaux, et avaient des sujets qui leur obéissaient » (Machiavel) ; ils formaient autant de microscopiques souverainetés disposées à s'allier contre celui qui aurait voulu les soumettre, en le contraignant à des guerres aussi nombreuses qu'ellesmêmes.
Pour réaliser cette unité idéale, il fallait donc le despotisme^ qui, abolissant les variétés de mœurs, d'usages, de privilèges, et abaissant les sommités, impose à tous le niveau de fer de l'obéissance; mais ce niveau ne pouvait s'établir qu'au moyen de la conquête , qui aurait fait le malheur de la génération présente, et peut-être éteint la vie qui se manifesta avec la plus grande puissance tant que dura la désunion.
Le morcellement des États accroissait l'indépendance politique, et empêchait les excès du pouvoir, qui grandit à mesure que s'éteint la liberté des partis, et acquiert les moyens d'écarter les obstacles que les intérêts particuliers opposent à l'intérêt général.
L'idée de l'unité nationale , qui se manifeste avec évidence sous l'oppression étrangère , est parmi les idées sociales la plus lente à se dégager, et la dernière que les peuples acquièrent, parce qu'elle exige , outre un grand effort d'intelligence et le
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sacrifice de beaucoup de préjugée, raboUtioa d'inJo$Ucesakracinées. Du reste, Videntité de race ne suffit pa$ pour qu'ua peuple soit bien uni à un autre, comme le démontrent des fàu récents. Lies États italiens formaient autant d'unités indépeidantes, et Ton aurait commis un meurtre en détruisaat Tuoe d'elles tout aussi bien qu'en abolissant une vaste monarchie. Si;, par exemple^ on tentait aujourd'hui de soumettre la Toscane au royaume de Naples , quelle ne serait pas l'iadignation dei publicistes? Nous avons vu naguère une principauté, longue à peine de trois kilomètres et large d'un, habitée par quiuze cents ftmes, et aussi indépendante que celles du moyen Âge, refiuer d'abdiquer sa propre autocratie en s'annexant au Piémont; et iV venir seul pourra dire si elle n^a pas adopté le parti le plussap. L'Europe applaudit quand la petite république de Saint-Uarifi refusa d'être agrégée aux États pontificaux, et le guerrier qui se respectait que les États forts , qui ne comptait que le nombre des canons, ne toucha point à son territoire.
Et quel peuple se résigna jamais à perdre son iodépendanoe locale en vue d'une plus grande sécurité à venir? D'ailleurs, riep ne faisait un devoir d'immoler les franchises particulières, quand la division n'entraînait pas le danger y qui ne parut qu'avec Charles YIII^ de voir la patrie déchirée par des mains étrangères. Une cour se substituait aux logex et à Varenyo; imecafi* Xsie, aux dix ou vingt cités qui d'abord vivaient de leur vie propre; une armée soudoyée^ aux milices nationales; un trésor pablic, aux coffres de chaque citoyen, remplis par les gains, fniit d'un travail pénible^ et toujours ouverts pour subvenir aoxbe* soins de tous. Quel avantage pouvait donc séduire Florence^ Bologne ou Gênes, pour qu'elles se donnassent aux Yisconti ouaiu Angevins? Bien plus, on regardait comme œuvre méritoire de faire obstacle à l'ambition de ces princes , et les politiques du siècle dernier ont vu dans ces républiques le boulevard de Tancienne liberté. Dieu te garde, ô peuple italien, d'oublier tes traditions et de renoncera tes longues espérances 1 mais, si tu peux regretter que lltalie n'ait pas été soumise alors par quelqu'un, et réduite forcément à cette unité qu'ont obtenue l'Angleterrej l'Espagne et surtout la France, il serait injuste d'accuser tes pères de ce qui peut-être se trouvait impossible^ et qui certainement n'était pas désirable pour eux.
Ce qu'il faut déplorer, c'est que les ItaUens traînassent après eux trop de souvenirs de l'antiquité ^ quand il fallait m iMtf
fena pratique pour substituer Tordre à la tumultueuse vigueur i» deux siècles précédents, et qu'ils attendissent le ooqp meur^i trier, désunis de lois, de civilisation, de constitutions, de dialectes, de tout. Néanmoins nous ne saurions exiger de nos aïeux ces ncrifices, auxquels nous ne nous soumettrions nous-mêmes que par force. Ne transportons pas dans leur temps la conscienoe et les aspirations du nôtre : pouvaient-ils prévoir les maux qui, eu veoaat du dehors 9 trompèrent les calculs des politiques et les foroes des braves? Toute la littérature de ce siècle est là pour attester que les Italiens sentirent qu'ils avaient une patrie, alors que les Français n'en connaissaient pas môme le nom (1). Et oombien d'efforts ne durent pas faire les étrangers pour corrompre ntalie avant de l'assujettir! Avant de les plier à la molle oisiveté du servagOi ils furent contraints d'effacer ces communes, source d^agitations et la gloire de leur pays.
T a-t'ii une chose plus belle que la vie ? mais, parce qu'il est difficile de la régler, les mauvais gouvernements trouvent plus commode de l'éteindre. C'est ce qu'on ût. Les agitations cessèrent, et la liberté avec elles ; la paix vint, apportée par ceux qui avaient fomenté la discorde ; la paix vint, et avec elle cette centralisation administrative qui anéantit la puissance individuelle et la volonté, outre qu'elle isole le gouvernement du peu* pie; la paix vint, et avec elle la dépopulation, la pauvreté, la hûote, la nK>rt politique, suivie de la mort intellectuelle et civile, jusqu'à ce que la justice > satisfaite par des torrents de sang et de larmes répandus comme expiation, dise assez. Alors elle suscite les temps où l'alliance se renouvelle, ainsi que les espérauces fomentées par ceux qui peuvent les réaliser, et vainement reniées par ceux qui ne veulent rien apprendre du passé, n'avoir confiance que dans les révolutions, et, à chaque molution, recommencer à leurs dépens l'expérience, pour bire une blessure nouvelle à la liberté.
Si donc quelques écrivains font consister la faute de nos pères dans leur répugnance à s'unir, pourquoi d'autres, en remarquant la déi^ence du pays aussitôt qu'une vie artificielle et décolorée fut substituée à l'existence vigoureuse et multiple des communes, ne pourraient-ils rappeler que, dès le moment où manque cette force vitale qui tend à exclure du corps les élé-
(1) ToequevUle (De la Démocratie en Jmênufuey ii^ 17) dit qae te mot ^trie M K tfouve dans aucun écrivain français avant te <ftiuèiBfl ûècte.
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ments nuisibles, et à séparer les parties vivifiantes des parties malades, il ne reste qu'une fièvre frénétique ou le marasme? Machiavel lui-môme, le panégyriste des gouvernements forts, avoue que le nombre des grands hommes est en rapport a\'ec le nombre des États; l'anéantissement de ceux-ci fait décrottre ceux-là, parce qu'ils n'ont plus l'occasion d'exercer leur capacité.
Si quelqu'un de ces princes eût prévalu par ruse ou par force, cette Italie, si supérieure aux autres nations en richesses et en civilisation, aurait été facilement entraînée dans les conquêtes qui recommençaient alors; en renouvelant les temps romains, en substituant la guerre au commerce et aux arts, elle se ffti préparé de nouvelles malédictions pour l'avenir. Vaut-il mieux être exécrés comme conquérants, ou, comme conquis, régénérer la fraternité dans la douleur? Vous prononcerez. Italiens, selon que vous mettrez la vertu dans les actes provenant de U force, ou dans ceux dont la bonté est la source.
L'Italie, au moment où elle perdait la prééminence politique, en acquérait une autre par les progrès de la culture et les insignes productions du génie, comme, en politique, elle devenait pour le reste du monde Técole des beaux-arts et des lettres. Dans le moyen âge, la littérature était représentée par le dergé; dans les communes, des laïques commencèrent à écrire; ptâs vinrent les légistes, rivaux des théologiens, et les universités, qui luttèrent dinfluence, bouleversèrent les écoles épiscopales ; enfin parut cette foule de doctes Grecs, de poètes et d'érudits qui éclipsèrent le clergé et jouèrent le premier rôle jusque dans les conciles de Bftle, de Constance et de Florence. La langue universelle, qui était celle de Tancienne Italie, fut remplacée par les dialectes nationaux; les lettres, comme autrefois la religion, rapprochèrent les Européens, et l'on dit alors république littéraire, comme on avait dit autrefois république chrétienne. Celte nouvelle république, bien qu'elle paràt, après la prodigieuse activité de l'époque antérieure, se consacrer à de puérils travaux, devait grandir avec le temps, sentir sa propre dignité et se placer parmi les puissances motrices du monde en créant l'opinion. Quelle secousse dut produire dans les intelligences la subite apparition de quinze mille livres imprimés, plus corrects que les manuscrits et à plus bas prix ! Aux lectures rares, attentives, répétées, succèdent les lectures rapides et multipliées; aux convictions inébranlables parce qu'elles n'ont \i^% été soumises à la
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discussion^ la diffusion des connaissances et le désir de les augmenter.
n fout donc pardonner à cette époque, si le culte de l'antiquité devint idolâtrie, et si la manie de la renouveler troubla la noble intention de régaler. En conséquence^ Tenipire de Finteliigence passa, des écrivains originaux^ aux érudits^ gens de travail et non de génie^ qui fabriquaient et ne créaient pas. En métaphysique comme en morale, ils ne dépassaient pas la limite où s'étaient arrêtés les scolastiques, et ne savaient point s'affranchir de l'imposture quand ils abordaient l'histoire ou les antiquités; dans l'exposition , le naturel leur semblait chose grossière^ et ils mutilaient leurs pensées afin de les exprimer en une langue qui n'était pas celle de leur pays^ et dans laquelle ils n*atteignaient jamais à la pureté qu'ils recherchaient.
L'érudition fut la forme générale de toutes les études et le« progrès de ce temps ; les textes avaient la valeur d'un argument^ et il suffisait de citer pour convaincre. La médecine s'attachait à expliquer ou à combattre Hippocrate et Galien; la philosophie cherchait dans Platon ou dans Aristote la majeure de ses syllogismes, la trame de ses argumentations^ l'excuse même pour justifier ses propres hardiesses. L'alchimie s'appuyait de noms anciens; la stratégie ^ bien que renouvelée par les armes à feu , étudiait Onésandre etVégèce^ et s'occupait de la reconstruction du pont de César sur le Rhin. L'architecture cherchait dans Vitruve^ non-seulement les règles de l'imitation^ mais la justification des innovations;^ et César Cicerano prétendait qu'on avait applique tous les principes de cet auteur dans la somma ede ba* ricefalay c'est-à-dire le Dôme de Milan.
Néanmoins^ au milieu de ce cercle infranchissable^ les esprits libres ne font pas de la restauration des classiques une pure industrie littéraire^ mais retendent à la vie même. Les empereurs leur empruntent des lois et des institutions; les jurisconsultes puisent à la même source pour élargir le droit nouveau et parfois pour l'entraver. Cola Montano^ Cola Rienzi et Etienne Porcariy grâce à leurs réminiscences classiques^ méditent de réformer leur patrie; par érudition^ on admire les vertus et l'on préfère les idées du paganisme^ au point que beaucoup d'écrivains sentirent la nécessité de prendre la défense de la tradition religieuse^ comme Marsile Ficin, Alphonse de Spina, iEnéas Syl* vius^ Pic de la Mirandole. Colomb^ sur la foi des érudits^ entreprit une expédition dont le résultat devait être funeste à l'Italie.
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LA RBPUBUQUfi UTTSEAIRB.
L'Amérique ooonue , oa résolut da la partager entre les peuples qui Tavaient découverte^ et, pour éviter un conflit^ on recourut au pape, lequel traça une méridienne qui limitait les conquêtes des Espagnols et des Portugais. Sublime spectacle I le pape, comme dans les temps organiques du moyen ège, devient ^a^ bitre de deux grands peuples afin de prévenir une guerre, et divise entre eux un nouveau monde. Et cependant le monde ancien allait lui échapper : Luther était né. La religion, couvée eo Italie, venait du dehors^ et T Allemagne, rivale de l'Italie pendant tout le moyen ftge« lui enlevait encore cette suprématie.