‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 71 sur 169 · LB IIILANAI8. EXPÉDITION DE CHARLES · texte numérisé non relu

LB IIILANAI8. EXPÉDITION DE CHARLES

Milan, de république désordonnée, s'était transformé en prio* cipauté militaire. Il avait soumis Pavie^ Lodi, Crémone^ Parme, Plaisance, Alexandrie, ïortone, Novare,Côme, laYaltelineavee les comtés de Bormio et de Ghiavenna, Angera sur le lac Majeur, laGeradadda vers les confins des Vénitiens; en un mot, il dominait sur quinze villes, dont se forma en 1450 un duché qui embrassait tout le territoire compris entre les Alpes , la Sesia, TOglio et le Pô. Souvent même il s'étendit au delà de cette limite, surtout dans les marches d'Ancône et de Spoleto, vers Bobbio, Savone, Albenga, Ventimiglia et tout le pays génois. Beau et riche État, qui produisait un revenu de 600,000 ducats d'or (GoEio), lesquels vaudraient 20 millions d'aujourd'hui, avec une capitale dont la population s'élevait à dix-huit mille trois cents familles, c'est-à-dire à cent vingt-huit mille habitants, tandis que Paris comptait treize mille maisons , et Londres quarante mille bouches à peine.

Comme l'autorité de ses princes provenait uniquement de l'usurpation, ils ne pouvaient songer à se maintenir qu'à force d'intrigues et par rengourdi3sement de l'esprit public. Ils n'invoquaient l'investiture impériale que pour se dispenser de se faire élire par le peuple; mais, comme ils sentaient qu'elle ne leur était pas nécessaire, ils négligeaient de la demander.

François Sforza ne voulut reconnaître d'autre origine à son pouvoir que sa propre épée, et , par ses qualités autant que par son courage, il mérita d'être le chef d'une dynastie; mais son

d^aumônes; car, bien que j'aie reçn Targent du comte» it faut, pour de bcniBei raisons, attendre encore un peu. Quant aux autres choses dont vous m'vin parié dans votre lettre, je tâcherai de les faire. Je suis bref, parce que le tempi passe... ^ous sommes tous en bonne santé, surtout nos chers AngioU, qui se n^ commandent à vous. Portei*vous bien, et priez pour nous. J'attends avec tience Totre retour pour vous conter les choses étonnantes du Seigneur.

■ Florence, 10 mars IMd. ■

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, Galéas-Marie^ ne lui ressembla sous aucun rapport. La vigoureuse administration du père, la prudence et la longue pratique de Cicco Simonetta, secrétaire d'État, maintinrent le pays en repos. Bientôt, enorgueilli par les démarches des rois de Hongrie et de Bohême, qui demandaient à lui emprunter de Targent; par les ambassades venues de toutes parts^ même de l'Egypte; par le tribut que lui payaient les Florentins ; par les subsides d'hommes qu'il fournissait à Louis XI de France, son beaufrère, et par l'espérance de la couronne de toute l'Italie , Galéa^ ne garda aucune mesure : il interdit à sa mère, Blanche-Marie Yisconti, femme sage et expérimentée, toute immixtion dans les affaires, et l'on dit même qu'il Tempoisonna.

Dans son voyage à Florence, il déploya, comme nous l'avons TU, un faste inouï; mais au goût dessales plaisirs il associait celui des cruautés et des tortures raffinées, aggravant par ses facéties des supplices diaboliques, assaisonnant ses voluptés de la satisfaction d'un vainqueur sans vergogne et du désespoir des maris et des pères déshonorés. Par ostentation d'intrépidité, il fit un jour mettre son barbier à la torture, et à peine l'eut-il fait délivrer qu'il voulut être rasé par lui.

Ck)la Capponi des Montani, de Gaggio, dans le Bolonais, intelligence vive, âme peu saine, infatué de Fantiquité , enseignait la rhétorique à Milan. Il avait été professeur de Galéas-Marie, et, soit à cause de quelque méfait ou parce que le duc voulait se venger des coups de verges qu'il en avait reçus à l'école , il fut ignominieusement fouetté dans les rues de la ville. Dès lors , ne respirant plus que vengeance, il excita contre le duc ses propres élèves, et surtout André Lampugnani et Jérôme Olgiati, qu^il poussa même à s'enrôler sous Barthélémy Goleone pour apprendre le métier des armes. Sa conduite indigna les familles de ces jeunes gens, et, par esprit de corps, l'autre noblesse milanaise; il fut donc obligé de quitter la ville après avoir perdu ses disciples et ses amis. Les rancunes apaisées, il revint, et, grftce à la Débilité de la petite noblesse, il eut encore beaucoup d'élèves et renoua des relations amicales. Loin d'être corrigé, il continuait à soufDer dans l'esprit de la jeunesse les idées de la liberté fomaine et grecque, à lui vanter la gloire des tyrannicides. Après avoir raconté les exploits deTimoléon et de CoUatin, il s'écriait : «Ne 8urgira-t-il pas parmi mes disciples un Brutus, un Cassius,

< qui, délivrant la patrie d'un joug honteux, mérite d'être loué

< dans tous les siècles? — - Je serai cet homme, t> répondit 01-

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giati , qui devint encore plus ferme dans son dessein lorsque Galéas eut déshonoré sa sœur. Avec Lampugnanî et CharlesMsconti, il jura devant les autels de délivrer sa patrie du tyran, regardant cette action comme glorieuse.

a Après notre première rencontre (raconte Olgiati lui-même;, a j'entrai à Saint- Arabroise, et , m'agenouillant au pied deTef- « figie du saint évoque, je fis cette prière : Grand saint Ama broise y patron de cette cité^ protecteur du peuple milanais,» a le projet de tes concitoyens de se débarrasser de la tyrannie tt « de la dissolution la plus monstrueuse mérite ton approbatim, (S ne nous refuse pas ta faveur au milieu de tant de périls auxet quels nous nous exposons pour affranchir la patrie. Après a avoir prié, j'allai trouver mes compagnons et les exhortai à « prendre courage, en les assurant que je sentais mon espoir el a ma force accrus depuis que j'avais invoqué le patron de notre **''** a cité... Le jour de Saint-Étienne, de grand matin, nous allâmes a à l'église de ce saint , en le priant d'être favorable au grand a dessein que nous voulions accomplir là, et de ne pas s^ndi* a gner si nous souillions ses autels d'un sang qui devait délivrer a la ville et la patrie. Après les prières rituelles, nous en réda tâmes une autre composée par Charles Yisconti, et nous ^ a sistâmes à la sainte messe célébrée par Tarchiprôtre. » Puis, aussitôt que le duc parut pour assister à la solennité de ce jour, ils l'assaillirent et le tuèrent.

a Le peuple, avili, souffrant, n'attend que le signal pour rompre ses fers ; il nous acclamera et nous soutiendra : » teQe est l'illusion habituelle des conspirateurs. Mais, cette fois, * comme tant d'autres, le peuple tomba sur les meurtriers et te égorgea. Oigiati parvint à s'échapper, mais sa famille ne voulut pas le recevoir chez elle; seulement sa mère, touchée de compassion, le recommanda à un prêtre qui le couvrit de sa tunique et remmena dans sa maison. Là, il resta deux jours, persuadé que les conjurés, selon les conventions arrêtées, accompliraient l'œuvre dans cet intervalle ; mais, étant sorti pour s*en infonner, quel est le premier spectacle qui s'offre à ses regards ? la po* pulace qui traîne au milieu des outrages le cadavre de Lampugnani. Son cœur en fut brisé, et il ne chercha plus à se cacher; arrêté bientôt et soumis à une horrible torture, il raconta les circonstances du meurtre, demandant pour toute grâce qu^on lui laissât le temps de confesser ses péchés. Condamné à être tenaillé et déchiré vivant, il disait, au milieu des tourments, au

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prêtre qui le consolait : a Je mérite ces souffrances et de pires ar encore pour mes péchés, mais non pour ma belle action , en « faveur de laquelle j'espère que le juge suprême me pardon- « nerales mauvaises; loin de m^en repentir^ je périrais dix fois c pour un si noble objet. » II avait vingt-deux ans (1).

Le peuple^ habitué désormais à considérer le pouvoir comme héréditaire, laissa proclamer Jean-Galéas, âgé de neuf ans et fils du défunt. La veuve. Bonne de Savoie, secondée par l'habile et sage Cicco Simonetta^ sut maintenir ses sujets dans l'ordre , et contenir les villes soumises qui s'agitaient à la moindre nouveauté; mais, au milieu de ces troubles, la belle armée formée par François Sforza, et qui faisait respecter le pays, se désorganisa complètement. Ce François avait laissé cinq fils; Galéas- Marie, son successeur, à la suite de conflits, avait relégué en France Philippe-Marie, duc de Bari , et Ludovic le More , ses frères. Poussés par Texemple de leur père et leur propre turbulence à tout oser, les exilés rentrèrent dans leur patrie, et commencèrent à bouleverser TËtat en exigeant une part dans l'administration; s'appuyant sur les étrangers et les Gibelins, commandés par le brave et turbulent Robert Sanseverino, ils finirent par une guerre ouverte. Simonetta s^efforça de rompre leurs trames ; mais, comme il fut obligé de prodiguer l'argent et de leur céder les châteaux et les terres qu'ils avaient d'abord possédés, il détruisit limite politique. Malgré ces concessions, ils ne tardèrent pas à se soulever de nouveau, et le ministre confina Philippe-Marie dans son duché, Louis à Pise, à Pérouse Ascagne, qui fut ensuite cardinal; Octavien , en fuyant, se noya dans TAdda,

Leurs intrigues étaient favorisées par le roi de Naples et Sixte IV^ qui, suscitant partout des ennemis aux Milanais, parce qu'ils soutenaient la cause de Florence, firent soulever Gènes et déchaînèrent les Suisses contre eux.

Nous avons vu comment ce peuple acquit la liberté. Les bourgeois et les pauvres, obligés de combattre les barons du voisinage ou les cavaliers de Pempire , introduisirent une nouvelle milice de fantassins, couverts seulement d'un morion et d'un pectoral de fer ou de cuir, avec un espadon à deux mains suspendu aux

(l)Cola MoDtani s*enfuit auprès dé Ferdinand de Naples, sur les instances ^oqoel il écrivit une invective contre les Médicis pour détourner les Lucquois ^t'Ilteavce einf &uis/e« passant de Gènes à Home, il fat arrêté prèi de lH)rto-Ercoie, jugé à Florence, et pendu le 14 mars 1483.

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