‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 72 sur 169 · LE8 SUISSES · texte numérisé non relu

LE8 SUISSES

épaules; puis, avec leurs piques longues de trois mètres, ils opposaient aux cavaliers une haie infranchissable, tandis que d'aotres se glissaient dans les rangs des ennemis, dont ils coupaieat les lances avec leurs hallebardes ou les clouaient à terre. La vie des montagnes les rendait adroits et robustes; par la chasse et les exercices, ils s^habituaient aux armes dès l'enfance, si bien qu'au premier cri de guerre tous étaient combattants ; suspendant alors leurs querelles municipales^ ils se mettaient en marche sous un chef auquel ils juraient obéissance entière.

Les princes^ comprenant qu'ils ne pouvaient tyranniser qu'avec des armées dont ils disposeraient seuls, tirèrent bientôt parti de ces troupes; au besoin méme^ ils envoyaient un capitaine qui fixait avec le canton^ en vertu d'une capitulation, le nombie des hommes, la solde et le temps de service ; des commissaires suisses suivaient les enrôlés, appliquaient la justice parmi eui, et rendaient compte de leurs actions. Alors disparut la simplicité helvétique; avides des caresses des princes, de Toret du luxe des étrangers, les Suisses, dès qu'ils vendirent leur courage, laissèrent la corruption envahir leurs conseils^ et la soif des gains militaires entraîna tout le monde ; parfois les magistrats enrôlèrent les coupables qu'ils étaient chargés de juger, et les emmenèrent avec eux au service de l'étranger.

Redoutables comme hommes, non comme nation^ aussitôt qu'ils eurent franchi les Alpes italiennes, ils contractèrent la fièvre des conquêtes, et s'imaginèrent que leur liberté devait embrasser une partie de la Souabe^ l'Alsace, le Tyrol^ le Milanais^ ce qui les aurait portés jusqu'à la Méditerranée, et rendus, sinon heureux, au moins très-puissants. Néanmoins ils manquaient d'unité, même avant que les dissensions religieuses les eussent complètement énervés, et fissent prévaloir la monarchie dans tous les pays voisins^ œuvre qui s'accomplit dans le siècle que nous décrivons.

Les Milanais ayant coupé un bois dont les Suisses prétendaient être les propriétaires^ une bande de citoyens d'Un trave^ sèrent le Saint-Gothard^ et^ refusant de remettre la décision aux magistrats, se jetèrent sur Bellinzona; puis, apaisés par Simonetta à force d'argent, ils jurèrent de ne plus molester le duché. Sixte lY cependant les délie de leur serment, et leur envoie rétendard des saintes clefs pour qu'ils viennent défendre le père commun et rendre la liberté à l'Italie. Ils repassèrent donc le Saint-Gothard au milieu de l'hiver, et, à Giomico, combattant

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sur la glace à laquelle ils étaient habitués, ils mirent en déroute les troupes ducales commandées par le comte Torello; au prix de iOO^OOO ducats et de 24,000 florins, ils accordèrent la paix , sauf à retenir, comme seigneurie du canton d'Uri, la Levantine, c'est-à-dire la vallée au milieu de laquelle coule le Tessin : toutes ces concessions, argent et territoire, étaient un appât et une ressource pour de nouvelles tentatives.

Favorisés par les secousses extérieures, les oncles du duc reprirent le dessus. Ludovic le More, devenu duc de Bari, plus rusé que les autres et résolu à s'élever sur les ruines de tous, rentra dans lesboimes grâces de la duchesse, à laquelle Simonetta dit : « Vous y perdrez l'État, moi la tête. » En effet, Ludovic, ayant obtenu le pardon des révoltés, s'entoura d'amis avec lesquels il i^so manœuvra si bien que Bonne fit arrêter et décapiter ce fidèle ^ octobre, ministre ; puis elle annonça aux cours dltalie qu'elle s'était débarrassée de cet auteur de tous les maux, grâce à ses beauxfrères, soutiens de l'État et ramenant un siècle d'or (1). Malheur au prince qui se laisse entraîner à d'immorales condescendances ! Les Sforza, enhardis par le succès, enlevèrent à la duchesse les personnes qu'elle affectionnait ^ ses trésors, ses joyanx, et lui permirent à grand'peine de passer en France, dont le roi était son beau-frère.

Ludovic le More, s*étant fait régent au nom de son neveu, faible et maladif, avait été secondé par les Gibelins, sous le commandement de Robert Sanseverino ; mais, quand il fut au pouvoir, il les prit en haine et défiance, leur préféra les Pallavicini et les Guelfes, et Sanseverino irrité se révolta contre Milan. Repoussé d'abord, il implora les secours de la république vénitienne, et^ nommé capitaine général, il continua la guerre contre la Lombardie.

L'illustre général Pierre-Marie Rossi, de Parme, avait contribué puissamment à recouvrer cette ville, les bourgades et les

(1) Toat le monde le. tint pour innocent, et tel le montre son procès, que ■oos conservons. Le duc lui-même, âans une lettre qui se trouve dans les archiva de Milan , déclare que la mort de Gicco fut causée uniquement par les intrigues perverses de Robert Sanseverino.

Son frère Jean, auteur de la S/orziatle, obtint la vie par faveur spéciale. Ro»vini termine ainsi : « Telle fut la récompense de Thomme qui nous a laissé le ■ plus beau monument des gestes iforzestfues ; étemel et salutaire (?) avertisse- " ment, qui sans doute ouvrira les yeux de tous ceux, qui consument leur vie à • itndre illustre avec leur plume la mémoire des princes. »

^S LES ROSSI DE VABHf!^.

châteaux qu^on lui avait enlevés dans les temps malbemesi d'Ottobon Terzo ; on l'appelait donc le père de la patrie. Boime Tavait introduit parmi ses conseillers, avec lesquels il tomba eo disgrâce ; n'ayant pas voulu se résigner à la tyrannie du More, il fit alliance avec Sanseverino, et recruta des troupes dans le Crémonais et le Parmesan, dont ses aïeux avaient été princes, et où lui-même possédait encore d'immenses domaines, les châteaux de Berceto^ Roccabruna, Roccalenzone^ Carona, Basilicanova, San Secondo et autres.

Le Parmesan, bien que soumis aux ducs de Milan^ était divisé entre beaucoup de seigneurs, tels que les Sanseverino de Golorno , les Pallavicini de Gortemaggiore, les Sanvitali de Noœto et d'Oriano, parmi lesquels se perpétuaient les conflits et les querelles. Les trois quartiers dont se composait la ville formaient autant de partis; des bandes de malfaiteurs, qui s'étaient juré de se soutenir et de se venger les unes les autres, parcooraieot masquées la ville et la campagne, pour commettre des mébitt quotidiens (i). Rossi employa ces bandes^ et, secondé par les Vénitiens, il déploya la bannière contre les Sforza ; mais ceuxci, grâce à la valeur de Jean-Jacques Trivulce^ prirent Tus après Tautre les châteaux de leur ennemi, lequel^ à son tour, ravageait le pays sans pitié; Pierre-Marie résistait dans le château de San Secondo, où il mourut à soixante et dix ans.

Guido, son fils, continua à se défendre jusqu*à ce qu'il obtint la paix; mais, voyant qu'on violait les conditions du pardon, il

(1) Pour nous borner à l'année 1480 et au mois d'octobre , les chronifHi |>amieâanes rappellent qu'une femme, après avoir accoucbé^ fut ensevelie pov morte, mais que, trois jours après, en ou\Tant la tombe pour y déposer la Bit qu'elle avait mise au monde, on la trouva assise et avec les signes du désespoir, au milieu duquel elle était morte réellement. Le connétable de la porte Sanl- Michel» étant sorti de la ville à cheval, fut éforgé par deux sicaires des MaflHiT l'un desquels avait été tué par le fds de ce connétable. Peu de temps après» m jeune homme de Reggio, qui, à la tombée de la nuit, se trouvait à la porte iTd lupanar, fut tué. Six jours plus tard , six hommes armés égorgèrent Ao(e Bec* chigni. Des bandes masquées parcouraient la ville en armes jour et nuit, sertout les jours de fêtes, volaient , enlevaient les habits, coupaient les chapeiaii jetaient dans les canaux les individus quelles rencontraient, ravissaient à^ jeunes filles et des mati^ones. Thomas de Varèse fut tué par un sicaire de Sto»verino; le lendemain, quand le jage des méfahs se rendit sur le Keu de Vvs» sinat, il rencontra près du cadavre le meurtrier avec une escorte diiomac» armés, qui lui dit en raillant : « Emportez ce corps saint. » (Pezza5A, Hisi, ^ Petnne, VT, 196. )

sWuit auprès de son frère Jacques et recomnieQça la guerr^^ au dehors avec les Sforza, au dedans avec les Torelli^ les Sanseverino, les Pallavicini. Il reçut dans ses juridictions un provéditeur vénitien j mais Trivulce et le More le poursuivirent dans ses domaines^ au point qu'il dut se réfugier à Venise^ de laquelle il obtint le commandement de quatre cents chevaux^ avec la solde de 32^000i écus d'or. Dès ce moment^ la splendeur de la maison Rossi fut éclipsée pour toujours,

Alphonse^ duc de Calabre, combattait pour la Lombardie ; tûen qu'il fût brave, il faisait peu d'efforts pour vaincre^ parce qu'il s'était aperçu que tous les avantages reviendraient non au duc, son gendre, mais au rusé Ludovic, En effet, dans le traité de paix de Bagnolo, le More stipula que les Vénitiens ne contrarieraient pas ses desseins, qu'il cherchait à réaliser par des moyens honteux, les conspirai ions et le mensonge, sans oublier de semer la discorde (1). 11 emprunta de Targent aux citoyens pour faire la gueiTe à Venise, et ne voulut pas les rembourser à l'échéance ; pour occuper les possessions de Pierre du Verme, il Tempoisonna, et mit aux prises les Borromei afin de les abaisser. Dans la pensée de s'en défaire par le moyen alors trop commun, quelques conjurés l'attendirent à la porte de Saint-Ambroise, le jour de la fête de ce saint; mais un Vimercata se laissa pénétrer, et fit connaître ses compagnons au milieu des tourments ; de là des supplices, des fuites, et, conséquence ordinaire des conspirations qui échouent, le pouvoir menacé se fortifie. Plus tard, quand Gênes se soumit volontairement au duché, Ludovic devint plus audacieux et s*empara du château de Pavie et du trésor, « qui était le plus grand de la chrétienté s>. Après avoir enfermé dans ce château son neveu Jean-Gatéas avec son épouse, il prit les autres forteresses de la Lombardie, s'attribua toute l'autorité| méditant de faire périr son neveu et de régner à sa place. Mais comment les voisins, et surtout le duc de Calabre, beau-père de son neveu, auraientrils vu cet attentat? n fallait donc troubler l'eau afin d'y pécher en sécurité. Le roi de France avait hérité des anciennes prétentions de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples ; aussi, dans la crainte que ce monarque ne s'en fît un prétexte pour quelque tentative,

(1) Estait homme très^aîge^ mais fort craintif et bien souple quant il avoit pfur^J'eu parle comme de cçllujr que j'ay congneu et beaucoup de choses traicté «^c /ttj), et /tomme sansfoy s'il vcoit son proufjitpour la rompre. (CoMtflNBS, ^* VU, cap. 3.)

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