‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 73 sur 169 · lUDOVIG LE MORE · texte numérisé non relu

lUDOVIG LE MORE

les princes italiens avaient senti la nécessité de se confédérer. Ludovic^ qui, dépoiurvu de courage, croyait exceller dans les manèges politiques, conseillade manifester cette alliance à rEurope par un acte public; dans cebut^ les ambassadeurs de chaque État devaient se réunir à Rome^ sous le prétexte de rendre hommage "« au nouveau pontife Alexandre Vï, et celui du roi de Naplespo^ terait la parole au nom des autres. Pierre de Médicis, ambassadeur des Florentins, non content d'étaler à tous les yeux les trésors de pierres précieuses rassemblés par sa famille (il les sema même sur les habits de ses pages, si bien que le collier de Pun d'eux fut estimé 200,000 sequins), voulait encore faire parade d'éloquence, don particulier des Florentins ; mais l'occasion lui fut enlevée par Ludovic, qui devint alors l'objet de soo ressentiment. Le More, à son tour, s'aperçut bientôt qu'il avait renoncé à son ancienne alliance avec les Sforza pour s'attacher à Ferdinand de Naples; or, comme il savait que ce roi le haïssait pour les indignes traitements dont il avait accablé son neveu, il chercha à se fortifier par des alliés.

Alexandre YI avait caressé FAragonais, dans l'espoir qu'il marierait à son fils Sanche, fille naturelle du duc de Calabre; mais, frustré dans son attente, et voyant que ce roi fomentait l'insubordination de Virginio Orsini, qui, établi entre Viterbeet Civita-Vecchia, pouvait ouvrir Home aux Napolitains, il fit avec le duc de Milan une alliance offensive et défensive, dans laquelle Ludovic sut entraîner Venise. Épousant alors sa nièce Blanche, fille de Galéas-Marie, le Moi*e demanda à Tempereur Maximilien, au prix de 400,000 ducats en argent et de 40,000 en joyaux, l'investiture secrète du duché de Milan ; sauf les possessions du marquis de Montferrat, le comté d'Asti, la marche Trévisane, les domaines des Scaligeri, il l'obtint, l'empereur alléguant que Jean-Galéas s'en était rendu indigne pour avoir reconnu, au grave préjudice de Fempire, qu'il tenait le duché du peuple (i). Ainsi Ludovic rendait vassale de Fempe* reur cette seigneurie, à laquelle François Sforza n'avait voulo reconnaître d'autre origine que sa propre épée.

Habitué à ne compter sur les promesses des grands qu'autant qu'ils avaient intérêt à les tenu*, Ludovic sentait que lé diplâme

(1) Cette clause est an second diplôme; dans un troisième^ de 1495, il b*^ pour condition la confinnation des électeurs et la rérersibilité exprcsKib mort de Ludovic.

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impérid ajoutait peu de chose à son autorité, et que les alliés rabandooneraieDt aussitôt qu'ils y trouveraient leur avantage; jooant alors double jeu, il chercha un autre appui auprès du roi de France. Les monarques de ce royaume^ en s'appropriant les divers fiefs par voie de confiscation ou bien à mesure qu^iis vaquaient, avaient prévalu sur les petits seigneurs, qui jusqu'alors pouvaient être considérés comme autant de rois. L'œuvre fut accomplie par Louis XI, qui, en méditant sur les actes de François Sforza, avait compris que la politique est une science ; que Tadministration de l^^tat doit être soumise au calcul, non abandonnée au caprice et au hasard; que, pour abaisser la noblesse, qui peut opposer des privilèges, il faut favoriser le peuple. En effet, il agit toujours d'après des vues arrêtées^ qui introduisaient l'intelligence dans le gouvernement, et Tintérét à la place de la morale. Roi populaire^ non qu'il fût aimé, mais à cause du sentiment public favorable à la couronne, il réussit, par des moyens bons quelquefois et souvent détestables, à humilier les nobles et à consolider l'autorité royale, plus heureux dans cette voie avec ses petites ruses que des rois couverts de l'armure.

Désormais le territoire compris entre les Alpes, les Pyrénées,l'Océan et le Rhin, constituait un grand tout politique. Il ne restait qu'un seul grand seigneur, le duc de Bourgogne, qui possédait cent vingt lieues de superficie, c'est-k-dire environ la neuvième partie de la France moderne; mais, lorsque Charles le Téméraire périt sous leâ murs de Nancy en combattant les Suisses, Louis XI réunit à la France une grande partie de ses domaines. Plus tard, Charles YIII y annexa la Bretagne comme dot de sa femme. Une fois le royaume porté à ses limites naturelles, et les six nations qui le composaient fondues ensemble, les gouvernants pouvaient fixer leur attention sur les réformes intérieures, et chercher à raffermir l'autorité royale en rendant les sujets égaux devant la loi. Malheureusement l'amour des conquêtes, désormais éteint chez les peuples de TËurope, se réveilla alors panni les princes, et les puissances se jalousèrent les unes les autres.

Louis XI, en mourant, transmit le pouvoir absolu à Charles VIII , i^s: son fils, à peine âgé de treize ans. Étranger à la connaissance des hommes, qu'il n'avait jamais fréquentés, à celle des affaires, dont on l'avait tenu écarté, honteux de ne pas même savoir l'alphabet, Charles se jette dans des études sans suite; ayant appris à lire, il s'enflamme pour les exploits de César et de Chariemagne, et veut devenir un héros. En vérité, si le courage suffisait

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