‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 74 sur 169 · BIST. DES ITAL. — T. TH · texte numérisé non relu

BIST. DES ITAL. — T. TH

226 CHARLES Vïï!.

pour acquérir ce litre, Cftiarles en avait beaucoup; mais il maaquait du génie nécessaire pour combiner de vastes entreprises, et de la constance pour les poursuivre à travers les obstacles.

Comme descendant de Charles d'Anjou , * il avait des prétentions à la couronne d'Orient et à celle de Naples (1). Ludovic le More caressa celte ambition de Charles, l'encourageant à conquérir le royaume de Naples pour s'en faire un poste aTancé vers Conslantinople, à nettoyer l'Europe des Turcs et à rétablir l'empire d'Orient , entreprise , lui disail-îl, aussi glorieuse que facile. Par Gènes, placée sous le haut patronage de la France et sous le domaine immédiat des Sforza, ensuite par laLombardie, il lui offrait un passage, avec promesse d'hommes, d'argent, de crédit; le pape le favoriserait pour se venger des Aragonab; les négociants florentins tiendraient pour la France, le centre principal de leurs opérations de banque; Venise se montrerait propice, et, dans le cas contraire, la Turquie lui donnait assez d'occupation.

Les Sanseverino et autres barons de Naples réfugiés en France prodiguaient les excitations et les promesses, monnaie ordinaire des proscrits : « Pouvait-il y avoir un plus beau prélude k la croisade contre les Turcs , que la conquête d'un royaume que la maison de France avait anciennement arraché aux Sarrasins, et dont l'avaient investie vingt- quatre fois douze papes et deux conciles généraux (2) ? »

(1) René le Bon, duc d'Anjou el comte de Provence, s'*intitulalt roi de Sifiïe, comme fils adoptif de Jeanne U. Par testament , il laissa à Charles , son nevea, la Provence et le foyaumede Naples, et à Louis XI le droit de réouir à h couronne le duclié d'Anjou ; Charles , en mourant , laina à Loois XI toutes tes prétentions, et, pai* suite, le titre de roi de Sicile.

(2) Ces dernières raisons sont mentionnées par Charles VIU dans une priH clamation que rapporte Burcardo, p. 2049. On faisait circuler une prophétie oè il était dit de Charles :

• llferaMqraMbataUkM, Çu*U ntbjugv^a U$ XtaUlUi Ce faity (Pilec il s'en ira Et pOÊsera de là ta mer; Entrera pute dan» la Créée Où par 9a vaillante prouesse Sera nommé le roi des Grecs :

En Jérusalem entrera Et mont OUvet montera.

Le traité fut conclu en France , au nom du More , par Charles de Barbi«w>

ARMBJS D£ CHAULES VIU* S27

U noblesse fraoçaisa^ dans Tespoir de faire des aoquisitions> fut toujours avide d'entreprises. Anoe de Beaujeu, sœur de Charles^ désirait son départ pour exercer la régence sans contrôle; on faisHtt courir des prophéties qui annonçaient que Charles eon« querrait non-seulement TemiÂre de Ck>nstantinople»niaisenQûre le royaume de David : dernier écho du moyen âge, retentissant dans un siècle qui roubliait, mais sans le renier.

Charles fit donc ses préparatifs , envoya travailler les popula* tiens, reconnaître le pays, et s'écriait: <( Allons où nous appel* leotia gloire de la guerre, la discorde des peuples et l'assistance de ngsamis.)) Mais il avait dépensé l'argent^ d'abord pour ache* ter la paix de l'Allemagne et de TAngleterre, ensuite pour as»- Sûuvir sa passion de joutes et de fêtes, au point qu'il hésita s'il irait plus avant; néanmoins, entraîné par des conseillers ambitieux ou corrompus, il s'en procura d'autre à de gros intérêts, 50,000 ducats de Milan, 100,000 des Sauli de Gênes.

Les Italiens, habitués depuis longtemps à considérer les Fran« çais comme des libérateurs, espéraient que tous leurs maux seni^t guéris parce roi chevaleresque, qui, jeune et nouveau, abandonnait trône, repos et délices par amour de leur pays. Par son aide, Jean-Galéas comptait qu'il pourrait se soustraire à Toppression de son oncle; les Florentins, s'affranchir de la domination des Médicis; Alexandre VI, élever sa maison; les Vénitiens, bnmiiier les Aragonais ; les Napolitains, se débarrasser des étrangers. Mais les hommes sages , qui n^attendaient pas de biens éventuels de maux certains, redoutaient l'avenir, même sans les prophéties de Bavonarola, et les prodiges ou les conjonctions d'astres, qui atterraient le vulgaire non moins que les savants.

A l'approche du danger, Ferdinand ne s'endormit point, bien qu'il fût amusé par l'habile Ludovic, et , pour gagner le p^pe, il accorda à son fils Fobjet de son ambition , c'est-à-dire Sanche , fille d'Alphonse de Calabre. Il avait même résolu d'employer le bras de ce vaillant capitaine pour assaillir la Lombardie, afin de Tempécher de s'unir aux Français; mais il mourut au milieu de ses préparatifs, et laissa la couronne à Alphonse II, avec un trésor bien garni, une flotte et une armée en bon état. A une grande réputation de bravoure, son successeur joignait la perfidie et la cruauté nécessaires pour réussir. Au début, il se maintint à la

comte de Belgiojoso, et par Jean-François de Cajazzo, fils aîné de Robert SanseTerîno ; le iricomte de Beaucaire et Guillaume Briçonnet, depuis cardinal, as* listèrent au traité.

25 Janvier.

noCii.

2i8 DESCENTE DE CHARLES VIII.

hauteur de sa renommée^ en excitant les princes à défendre Undépendance italienne ; après avoir fortifié le pays par terre et par mer^ il fit échouer les premières tentatives des Français sur le territoire de Gênes; il expédia même vers la Lombardie une armée commandée par deux des plus célèbres capitaines , Orsloii comte de Pitigliano^ et Jean-Jacques Trivulce.

La discorde de ces deux chefs empêcha cette célérité, qui est tout à la guerre. Sur ces entrefaites^ le roi CSharles, après des préparatifs mieux faits^ franchit les Alpes avec trois mille six cents hommes d^ines^ six cents archers bretons, pareil nom* bre d'arbalétriers français, huit mille Gascons d'infanterie légère avec l'arquebuse, et autant de hallebardiers suisses, distribaés en gros bataillons carrés de mille hommes chacun. Les barons et les feudataires n'étaient pas tenus de servir le roi hors du pays ; il n'y avait donc que des capitaines d'aventuriers, avec l'écumede toutes les provinces depuis lamerdePicardiejusqu'àcelle de Gascogne, gens de sac ei de corde, auxquels, pour leurs méfaits, on avait marqué les épaules et coupé les oreilles, qu'ils couvraient avec leurs cheveux et une longue barbe (i) : nouveau genre de guerre, d'armes, de férocité, nouvelle irruption barbare sur cette ItaUe à la civilisation si brillante, où les Français devinrent la première infanterie de l'Europe ; puis, après avoir admiré les splendides cités^ les arts et les lettres des populations qu'ils égorgeaient, ils devaient emporter, avec le butin, l'amour du beau.

C'était la première fois qu'une grande armée civile tentait une expédition importante, avec de l'artillerie mobile, des corps spéciaux, et des soldats qui substituaient à la bravoure personnelle du chevalier l'héroïsme de la discipline et la fidélité au drapeau. L'infériorité de l'organisation militaire des Italiens apparut bientôt : en effet, au lieu de troupes régulières, entretenues par l'État, ils n'avaient que des bandes à gages; l'infanterie était mauvaise, la cavalerie pesante, et les machines se déplaçaient et se manœuvraient si difficilement qu'on échouait près-

(1) L'armée du petit roy Cfuwies f^lll estoit espouvtuttaile à voir. De km ceux qui se rangtoient sous les enseignes et bandes des capitaines, la plaperi estaient gens de sac et de corde, meschans garnemens eschappés de la justice, «t surtout force marqués de fleur de lis sur Vépaute^ essorillés^ et qui cac/ioiettt iet oreilles, à dire vray, par longs cheveux hérissés et barbes horribles, autant pour cette raison que pour se montrer plus effroyables à leurs ennemis. (fitLAStéHO, (lise. 89.)

Page 1