CHARLES DANS LE BOYAUMB DE NAPLES
on croyait qu'il faudrait des mois, il n'y eut aucune résistance; bien plus^ ils acquéraient dans un jour autant de terres qu'ils a pouvaient traverser, et^ slls avaient cheminé mille milles, autul de pays ils auraient gagné. x>
Tant de faiblesse à céder ne sauvait point des désastres de li résistance; en effet , dans les places des frontières, les Franc» exterminaient des populations entières^ et assouvissaient leon instincts brutaux jusque sur les hospices. Cette fërodté panlysait le courage des Italiens^ comme alors qu'un assassin, k poignard à la main, pénètre au milieu d'une causerie de famille; aussi^ a ne montrant ni énergie, ni courage, ni jugement^ ni désir de gloire, ni puissance, ni fidélité, ils ne savaient que fuir.!
(GuiGCIARDIIil.)
Alphonse 11^ en recouvrant Otrante, et dans la guerre de Lombardie, avait acquis la réputation d^un grand capitaine, d le trésor amassé par son père se trouvait grossi au moyen (Fit impôt extraordinaire; mais, au milieu de ces revers, rongée remords , d'autant plus que tout semblait lui crier : Frima. France , et Tombre de son père lui signifier qu'un chàl inévitable était réservé à ses cruautés, il abdiqua^ em| 1495 300,000 ducats, pour se réfugier parmi les moines de Mazzii% en Sicile, où il mourut bientôt.
Son fils Ferdinand,. qui s'était opposé à la première descesH des Français, fut alors salué roi ; n'ayant pas à craindre l'ex^! cration populaire, loué môme pour son courage et son homi^ nité, il espérait faire front à l'orage. Il se posta aux gorges iii{ San Germano; mais, voyant la trahison partout autour de liiii les troupes découragées, le peuple et la noblesse s'insurger el faveur de la France, le capitaine Trivulce passer sous ses du peaux, les Orsini fuir ou capituler, la plèbe de Naples sa< les écuries et le palais royal, il délia ses soldats du de fidélité, et se réfugia dans File d'Ischia , en s'écriant avec Psalmiste : Si le Seigneur ne garde pas la ville, é*e$t en vain 21 février. ^^ fatiguent ses défenseurs.
Charles, plus heureux que César, vint et vainquit avant voir l'ennemi ; comme disait Alexandre VI, avec les éperons bois et la craie pour marquer les logements, il entra à Na] cinq mois après son départ de France, a II y fût merveilIeosB*] ment reçu, au milieu du concours de tous les habitants, fei enfants, vieillards, riches et pauvres, grands et petits, s'il eût été le père et le fondateur de cette ville. » (
LES FRANÇAIS A NAPLES. â37
RONE.) Les individus que la maison d'Aragon avait comblés de bienfaits firent entendre le plus d'acclamations; le littérateur Jean Pontano débita au couronnement une harangue dans laquelle^ non content de louer Charles » il insultait lâchement les Aragonais^ dont il était la créature.
Le manteau impérial et le globe d'or qu'il portait à son entrée attestaient les vues de Charles sur Constantinople ; en effets il se proposait de mettre à la voile à Otraute pour débarquer dans la haute Albanie, où les Ësclavons^ les Albanais et les Grecs devaient lui tendre la main. L'archevêque de Durazzo avait déjà réuni des armes et des troupes^ et cinq mille hommes en Théssalie n'attendaient que le signal ; mais les Vénitiens tenaient le sultan informé des préparatifs de l'ennemi et des trames de ses sujets^ qui les expièrent au prix de leur sang. La conduite des Français entraînait de plus graves dommages. Jusqu'alors les deux nations ne s'étaient connues que par le mauvais côté ; les Italiens voyaient dans les Français un peuple du Nord, étranger à toute civilisation^ tel qu'il était venu avec les Normands d'abord, puis avec Charles d'Anjou^ enfin avec les Armagnacs, brave sur les champs de bataille, soumis au système féodal, dévoué à ses rois, rapace, débauché.
Les Français, en effet, avaient perdu la droiture instinctive de l'enfance, sans posséder encore la sagesse de l'âge mûr, et ne se distinguaient que par une aveugle avidité de plaisiirs et d'instruction. Ils révéraient dans les Italiens la précoce civilisation, la littérature classique et la suprématie religieuse, mais trouvaient dans tout matière à raillerie ou à dédain : dans l'urbanité, ils voyaient raffinement d'astuce, duplicité, perfidie, corruption; dans l'érudition, pédanterie, et dans la cour romaine, intrigue et avidité. Les magnificences que Yalentine Visconti avait apportées en France de la cour de Jean-Galéas avaient paru au vulgaire entachées de magie : de l'Italie, il voyait arriver les asti ologues, autre espèce de sorciers; de PItalie, les usuriers et les gens de finances, qu'il considérait , à cause de leur habileté, comme des sangsues du peuple.
Biaintenant les Français combattent dans ce pays enchanté, où les maisons, avec des vestibules remplis de statues, ont à rintérieur des étoffes, des cristaux, des caves et des cuisines copieusement garnies, des tapis de Flandre, plus de salles que de chambres, plus d'espace que de logements, des terrasses aé- Hennés ; bien plus, elles joignent au luxe l'économie champêtre