‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 78 sur 169 · LES FRANÇAIS A NAPLES · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS A NAPLES

par ces vignes qui s'enroolent autour des colonnades , par ces abeilles qui déposent leur miel dans ces volutes ioniques, pv ces brebis et ces vaches qui paissent sous les portiques. Désireux non-seulement d'assouvir leur cupidité^ mais d'exhaler le dépit que les forts couvent contre les peuples intelligents, ils campèrent brutalement au milieu des cités enrichies par le conuoerce et les arts, et endommagèrent tout. Il fallut , pour leur fournir la solde, enlever des capitaux aux fabriques, aux établissemeob dMnstruction publique, et l'on confisqua, pour cet usage, les »• venus du Gymnase romain ; l'école et l'imprimerie d'Aide Sfc* nuce furent dispersées.

D'autre part^ les délices d'Italie enivraient les envahisseurs, et Charles VIII écrivait de Naples h Pierre de Bourbon, son beiDfrère : « Quels beaux jardins j'ai ici ! Sur ma foi , il n'y manqM a qu'Adam et Eve pour croire que c'est le paradis terrestre, t«l c ils sont beaux et remplis de toutes choses bonnes et rares. Bl V outre, j'y ai trouvé les meilleurs peintres^ auxquels vousdoi* « nerez la commission de faire les plus beaux lambris quil a possible, et ce ne seront pas des lambris de Baux^ de Lyoa (( d'autres lieux de France , qui n'approchent nullemeot « beauté et richesse de ceux de ce pays ; je les amènerai a (( moi pour en faire à Âmboise. )> Le cardinal Briçonnetécri à la reine Anne de Bretagne : « Je voudrais que Votre Maj (( eût vu cette ville et les belles choses qui s'y trouvent : a vrai paradis terrestre. Le roi, dans sa bonté, a voulu me mofr « trer tout quand je suis arrivé à Florence, au dedans coauM <( au dehors, et je vous assure que la beauté de ces lieux , af* c( propriés à toutes sortes de plaisirs mondains^ est incroyable.^ « Lé roi vous en parlera et vous fera naître le désir de « voir (1). ))

Ces délices portaient à la luxure ; la galanterie vive et 1 des Français chatouillait la sensualité méridionale^ et leurs sies de ce temps sont pleines d'allusions aux bonnes avei de ces soldats auprès des femmes de la Lombardie et de Fouille, à la jalousie des maris ^ au dépit des dames parisiennes (â).

(1) Ces lettres lont publiées dans les Archives de rart /rartcau ^ ^ëftii m copiée qui se multipUaient alon et l'expédiaie&t «nx penoanes et nx ^ comme des bulletinb iatéwsiant tout le monde»

(2) AUone d'Asti , outre diveive» poésies, écrivit deux forces : rpne^ «Di^ femme qui croyait avoir une robe de velours du Français logé cha éki*

LES FKAVÇIIB EZaiTEIfT LE MÉGONTENTBIIENT. 239

L'humée française, qui n'avait rencontré aucune opposition^ soit dans ces condottieri si vantés pour leur tactique et leur courage, soit dans les populations auxquelles elle enlevait leurs princes et leur indépendance^ conçut d'elle-même l'opinion la plus favorable et m^risa les Italiens, de manière qu'elle ne témoignait à personne, ennemis ou amis, ni estime ni égards. Charles, tout occupé de joutes et d'intrigues amoureuses, négligea d'approvisionner les forteresses et de ramasser des vivres; il mécontentait iâs nobles en les dépouillant de la juridiction féodale, et, pour satisfaire les siens, qui demandaient toutes les charges, tous les titres, les fiefs, les gouvernements, il les enlevait aux légitimes possesseurs, de quelque parti qu'ils fussent. Les anciens partisans des Angevins avaient espéré des récompenses pour leur longue fidélité ; les fauteurs nouveaux croyaient tes mériter en se bâtant de déserter la cause des Aragonais : mais les uns et les autres, méconnus par le roi et les siens, ne pouvaient faire valoir leurs mérites et les maux qu'ils avaient en* dures; après s'être fatigués dans les antichambres ^ ils obteaaient à grand'peine une parole de l'inepte et frivole Charles. \insi tous souffraient également, spoliés, foulés aux pieds avec rinsolence d'une victoire indisputée, tandis que les conquérants, énervés par les voluptés et rassasiés d'or, aspiraient à rentrer dans leur patrie pour raconter leurs exploits : chose qui, pour des Français, n'est pas moins importante que de les ao* complir.

L'opinion revenait donc à Ferdinand II, à qui l'on n'avait pas de crime à reprocher; tous le regrettaient , beaucoup s'insur-^ gèrent en sa faveur, au point qu'il tenta quelques débarquements. £n attendant, de mauvaises nouvelles arrivaient de toutes parts au quartier général de Charles, qui put apprendre qu'une

Tautrey « Du Français logé dans l'auLerge du Lombard. » Dkqb cette dernière , <m Toit d^abord l'aubergiâte lombard calculant et supputant avec sa note à la main :

Cloque per cinque vinte cloque, Sei per sel trenta e sei, Septe per septe qoaranta e nove, Oeto per ooto sexanta e quatro, Ho guadagoato in otto mesi Solamente a logiar Francesi A centenara de Ûorini, etc.

PoéêUs françaises d^Ali&ne (tAsti, composées ^t 1494 à \hVi, pubtiées par C. i. Bronet; Paris, 1836.

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invasion non disputée n'est pas une conquête^ et que la conquête ne se consolide que par la possession.

Ferdinand, réfugié en Sicile, fit demander des secours à Ferdinand le Catholique ; oubliant ses prétentions sur le royaume, ce prince intervint avec empressement, d'abord parce qall espérait des avantages, ensuite parce qu'il se rappelait avec inquiétude les anciens droits des Angevins sur la Sicile. Maximilien se plaignait que Charles avait porté atteinte aux droits im* périaux en descendant en Italie sans son consentement. Toute la Toscane s'agitait contre Florence, qui restait néanmoins fidèk au roi, grâce à Tinfluence de Savonarola. Dans le reste de Tltalie, les Français avaient encouru Taversion générale dès le mxM où l'on avait craint qu'ils ne voulussent s'y établir.

Ludovic le More, dont Fambition était satisfaite, prit bieutt ombrage des droits que le duc d'Orléans, comme descendiol de Yalentine Visconti, faisait valoir sur le Milanais, et de lafiveur acquise auprès de Charles par les bannis génois et T^ vulce, condottiere milanais, son grand ennemi.

Venise, qui d'abord n'avait pas voulu croire à la descente des Français (1), puis se persuadait qu'ils ne persisteraient pis, se fit le centre des mécontents aussitôt qu'elle apprit leurs rittoires, et s'occupa d'organiser une ligue pour la consenitioi réciproque des Etats et la défense de l'Italie, sans oublier le prétexte habituel de la guerre contre les Turcs; puis elle stipendia tous les chefs de bande de la Péninsule. L'hislorieD Gomines, qui , héritier de la politique de Louis XI, veillait de Te» nise sur les étourderies du roi de France, l'avertit des meoéo vénitiennes , mais sans résultat , car Charles était ébloui par ses triomphes. Le pape Alexandre, qui ne tarda guère à se repeoÉ de ce qu'il avait fait en faveur de Charles, lui donna des paitte au lieu de l'investiture du royaume, où la bannière aragoniisi se relevait. La France elle-même, bien qu'éblouie par la gloire^ qui fut toujours son idole et son malheur, voyait avec dépliiar une expédition qui , pour des intérêts privés, compromettait ses forces au dehors, au dedans son repos.

(1) « La Seigneurie n'a jamais voulu croire que les Français vinssent co lui^ et le conseil du sénat en était si persuadé qu'il n'ajoutait aucune foi au a*; venus de ce royaume. » (Malipibii, Annali veneù.) Le même auteur, à 1' 1496f donne le catalogue des « soixante-trois condottieri soudoyés par V avec environ vingt mille hommes, outre les piétons et les soldats entreleMSf* la république.»

CH A RLES SE RETIRE. 2 i 1

Charles résolut donc de rentrer en France, en laissant des commandants dans les places, et Gilbert de Montpensier comme vice-roi. Ce démembrement de Tarmée rendait la défense dn pays impossible et compromettait sa retraite. Après avoir traversé Rome sans oser punir la perfidie d'Alexandre, ni empêcher que ses soldats ravageassent le pays, il entra sur le territoire de Florence, qu'il trouva en armes. Frère Jérôme, par les soins duquel cette république était restée fidèle à Charles, lui reprocha avec hardiesse la violation des serments qu'il avait prêtés sur les autels, sa négligence à réformer l'Église et les excès de son armée; enfin il le menaça du courroux céleste, puisqu'il avait failli à la mission reçue d'en haut. La mort du dauphin , qui arriva quelques jours après, accrut la réputation de prophète dont jouissait le moine.

Charles, épouvanté, sortit de Florence pour se diriger vers Pîse; mais^ au lieu d'accélérer sa marche afin de prévenir la réunion de ses ennemis, il s'arrêta dans les différentes cités pour assister aux fêtes et jouir du spectacle des démonstrations publiques. L'intérêt que Sienne et Pise inspirèrent à son armée Pempécha de revendre à Florence la liberté de ces villes, qui la loi avaient déjà achetée ; mais il sortit de la Toscane sans concilier l'indépendance des unes avec les promesses faites à l'autre. Us campagnards ne manquaient pas d'apporter des vivres, mais les Français craignaient qu'ils ne fussent empoisonnés; si quelques Suisses, toujours ivres, mouraient d'intempérance, on les disait victimes du poison italien (1). Après avoir traversé, au milieu des plus grandes fatigues, les montagnes de Pontremoli avec rartillerie, les Français espéraient déboucher de ces gorges dans la fertile Lombardie ; mais les nombreux confédérés italiens leur barrèrent le passage à Fornoue (Forruwo), entre les collines séparées par le Taro, qui, des montagnes du territoire de Gênes, coule dans le Pô.

L'emperegr Maximilien avait promis de grandes forces, mais il n'envoya qu'une poignée d'hommes. Ludovic le More s'était engagé à soudoyer des Autrichiens et des Souabes; puis il lésina quand il fallut réaliser ses promesses. Les Vénitiens rassemblèrent une grosse bande de cavalerie épirote et dalmate: divers seigneurs, et surtout Sanseverino^ amenèrent des troupes; il semble donc, au milieu des relations contradictoires, que Tar^ mée^ sous le commandement de François Gonzague, marquis

(1) GoMRfKfl, lir. vm, ch* 5.

■HT. DB8 ITAL. — T. Tti, 16

20 mai.

0 juillet.

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