‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 79 sur 169 · BATAILLE DE FORNOUE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FORNOUE

de Mantoue, s'élevait à quarante mille hommes. Les chroniques s'étendent avec complaisance sur ce Gonzague^ dont elles tbbtent l'adresse chevaleresque^ soit pour courir^ chevaucher, fnpper dans les joutes et les tournois^ ou chasser le sanglier; passionné pour les chiens et les chevaux y qu^il faisait venir à gnmds frais de pays lointains^ il avait la réputation d'un des meittean capitaines, bien qu'il n'eût alors que vingt-cinq ans. Les Français, inférieurs en nombre, épuisés par la marche^ demandèreol le passage en offrant de payer les vivres; )eë Italiens refustrent, et la rencontre devint inévitable.

Le danger parut si grave que neuf guerriers s'haUllèreot comme le roi pour détourner les coups destinés à sa personne, et lui-même fit un vœu à saint Denis et à saint Martin. La bataille engagée avec plus de fureur que de tactique^ les lances furent brisées , et l'on en vint aux estocs et aux masses de fer. Les chevaux eux-mêmes se battaient par des heurts, des mo^ sures, des ruades; mais les Italiens, avec des montures plus faibles que celles des Français, et des armes plus pesantes, tombaient à terre sous le choc^ et, une fois renversés, ils étaient égorgés par les valets. L'infanterie ne pouvait résister aux hallebardes suisses et à la furie française; puis> lorsque Trivutee abandonna les riches bagages à Favidité des Slradiots, ils se jetèrent sur cette proie, les fantassins à leur suite, et le désordre fut bientôt général , si bien que les Français prirent le dessus. Cette bataille, qui dura, selon quelques-uns^ depuis cinq b^irei du matin jusqu'>à la nuit , ou , selon d'autres , deux heures seulement^ beaucx>up moins même (1)^ et dont les détails cooune le nombre des combattants restent dans Tinceriitude^ futtrèsr sanglante; en effets dans l'impossibilité d'emmener les prisonniers , les Français ne faisaient aucun quartier, et se hfttaieol même de les éventrer dans la pensée qu'ils avaient |valé leur or pour le soustraire à leur rapacité.

Charles portait toujours avec lui un précieux reliquaire coBitnant des morceaux de la vraie croix^ du voile de la Vierge, da vêtement du Sauveur, de l'éponge et de la lance. Pour le sauvegarder, il l'avait confié à son valet de chambre ; mais ce refiquaire tomba dans les mains des Vénitiens, de même qu'un petit livre d'offices sur lequel il avait écrit une prière.

(1) Lettre du provéditeur à la seigneurie de Yeniae, 7 juillet. Rketti ftit Airér la mêlée un quart d'heure, et la retraite trois quarts.

CHARLES SORT DE l'iTâLIE. 243

Le duc de Milan fit ériger une chapelle sur le champ de halaille ; le marquis de Mantoue construisit dans sa ville l'église de Sainte-Marie de la Victoire^ avec un tableau de Mantegna. a A Bbloçne^ on a allumé des feux^ sonné les clockes et poussé des cris de joie en l'honneur de saint Marc pour le succès du Tare* Venise, Milan et t'iorence ont fait des processions pour remercier Dieu d'une si grande faveur «.. Dans le conseil des Dix^ il a été question de bâtir à Fornoue un monastère de moines obserr vanlSy et d'appeler l'église Sainte-Marie de la Victoire, avec ua revenu de 500 ducats... Les t<*rançais ont eu quatre mille morts. là tête du roi a été mise à prix ; 30,000 ducats seront comptés pour son cadavre, mais on donnera cette somme avec deux chà-* teaux à ceux qui le remettront vivant entre les mains des provéditeurs et du duc de Milan (1). j)

Les italiens chantaient donc victoire , mais les Français en firent autant; ce qui est incontestable^ c'est que les Italiens, bien que deux fois plus nombreux que leurs adversaires, ne parent, comme ils le désiraient, faire obstacle à leur retraite. D'ailleurs ils ne montrèrent ni cette tactique pour laquelle ils étaient renommés^ ni cet accord qui seul peut assurer la victoire ; ils ne surent pas attaquer alors que l'avant-garde se trouvait isolée, ni poursuivre l'ennemi quand le désordre était à son comble. L'Italie n'avait jamais fait pour sa défense un effort plus puissant, et ce fut la dernière fois qu*6n la vit confédérée pour repousser l'étranger; mais si, à Legnano^ l'indépendance était consolidée par la victoire, elle fut perdue à Fornoue.

Charles s^estima heureux de pouvoir continuer sa marche au plus vite, sans tambours ni trompettes, à travers un pays ennemi, et par les plus grandes chaleurs; les Français souffrirent toutes sortes de privations, mais sans cesser toutefois de rire et 3e s'amuser. Une autre portion de l'armée, qui, sous la conduite du duc d'Orléans, s'était avancée dans la Lombardie pour renforcer le roi, fut assiégée vigoureusement dans Novare par les. ll^tanais (2); comme elle avait gaspillé les vivres avec son insouciance habituelle, elle endura toutes les souffrances de la faim,

(1) Maupieri. CepeDdant il rapporte lui-même une lettre de Daniel Vendra* min , pa jfeur de Tarmee , qui commence ainsi : « Aujourd'hui nous en sommes Tentb aux mains àTee l'ennemi , qui n'a point essuyé cette déroute qui était notre désir et que nous espérions, parce qub son artillerie Ta graildement

aidé.»

(3) Le duc d'Orléans y fit battre en cuir la première monnaie obsidionaie.

244 l'armée de ghàbles se débande.

jusqu'au moment où Charles, ne pouvant la dégager par les a^ mes^ la sauva au moyen d'un traité , par lequel il cédait cette ville à Sforza. Sur ces entrefaites arrivèrent les Suisses, non pas au nombre de cinq mille, comme Tavait demandé Charles, mais de vingt mille; bien plus, les femmes et les enfants seraient venus, si Ton n'avait pas établi des gardes pour les arrêter: tant la fertile Lombardie excitait leur cupidité.

Les négociations se multipliaient et se croisaient dans tous les sens. Mais Charles jouissait à Chieri de Tamour d*Anne Solera, et la noblesse française, insolente dans la victoire, incapable de supporter les revers, répétait qu'il y aurait imprudence à exposer le roi à un nouveau péril ; aussi, loin de renouveler les hos^ ' tilités avec ce puissant renfort, elle voulut qu'on renvoyât les Suisses, qui, trompés dans leur espoir de faire du butin, se jetèrent sur le camp français. Charles, qu'ils voulaient arrêter comme garantie de leur paye, eut de la peine à s'échapper par la fuite, et fut obligé de promettre un demi-million de francs à ces amis^ plus incommodes que des ennemis. Un corps de Français, quil avait laissé à Asti sous Trivulce, pour tenir ce passage ouvert, ne tarda point à déserter.

Restait la garnison de Naples. En lui donnant Tordre de se retirer, il eût abandonné aux vengeances les individus qui l'avaient favorisé; mais en la laissant, il la sacrifiait inévitablement. Pe^ dinand II reparut en effet, recouvrant les villes au milieu du sang; Maures, Grecs et Français égorgeaient et pillaient à l'envi. Le peuple, furieux, éventrait les Français; les bandes d'assassins que le gouvernement tolérait dans l'espoir d'en faire de bons soldats, frappaient impitoyablement quiconque s'écartait des rangs de l'armée. Fabrice et Prosper Colonna, que Charles avait gagnés à force de dons, l'abandonnèrent dès qu'ils n'eurent plus rien à espérer de lui. Alphonse d'Avalos, marquis de Pescaire, tué alors en trahison^ Gonsalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine, et surtout la peste, rendaient chaque jour plus critique la situation des Français, qui n'étaient soutenus que par les Orsini.

Les deux armées, réduites à la plus grande pénurie d'aiigent, d'autant plus que les sources ordinaires étaient épuisées, se présentent dans la Fouille afin de percevoir chacune Timpôt que Ton payait pour faire paître les troupeaux; dans quelques heures, elles tuent six cent mille têtes de menu bétail et deux cent mille de gros. La boucherie d'hommes n'était pas moindre. Les

22 octobre.

CkARLES REPASSE LES ALFBS. 245

émigrés insistaient auprès de Charles pour qu'il envoyât des secours à cette poignée de braves qui soutenaient l'honneur de la France. Il ordonna donc un armement considérable, et semblait prêt à se mettre en route, quand il manifesta le désir d'aller d*abord se recommander à saint Denis de Paris et à saint Martin de Tours; puis il repassa les Alpes.

Les Français., faute de secours ^ durent capituler, et se retirèrent à Baies pour attendre le moment de s'embarquer ; mais, avant Tarrivëedes navires^ ils furent enlevés par les maladies. Trivulce^ de la ville d'Asti^ menaçait Gènes, puis cessa toute attaque, gagné, dit-on, par l'argent du More^ mais plutôt entraîné par sa propre mobilité^ qui lui fit sacrifier ses partisans. Enfin Charles conclut avec le roi d'Espagne une trêve dans laquelle furent f^go comprises les puissances italiennes. *' Joii^

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