‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 82 sur 169 · CARACTÈRE DE SAVONAROLA · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE SAVONAROLA

Savonarola fut-il un martyr de la vérité anticipée, un prophète (1), un grand patriote, un grand démocrate, ou bien un halluciné, un imposteur f

Bien qu'il le niât quand on lui en fit un crime ^ il avait dit certainement, et croyait probablement que Dieu l'inspirait pour annoncer la vérité et l'avenir : a Si un ange de Dieu venait un jour pour me contredire, ne le croyez pas, parce que c'est Dieu lui-môme qui a parlé (2). » Néanmoins l'homme qui connaît les

Ohimèl soccorri prestoi OhimèlSigaore, Ohiniè!

SavonaroLa fut accompagné, jusqu'à ses damiers momeots, par le pèic Tbomas Sardi, insigne orateur et bon poète, qui, dans le poêtaie XhiC onimM ptUi' grina , imita Dante. Il imagine un pèlerinage à travers là tent, les éJémcBto} les limbes, le purgatoire et même Tempyrée, pour chercher la vérité, la jusdee et l'amour. C'est un tissu ae science scolastique. Dans le purgatoire , il Wh oontre frère Jérôme, qui lui demande entre autres choses :

. . . t>ett dimmi (tUel tUe ttenih

Di me il me' popol) CiU'in me in do parti? Ancora apparecchliitl sut fai nfeilsa

[ Disslo i lUi ), di fcbi ë tilb ef ede

Ghe li tuol fhtttl iiiktk ti si disj^nsa. Anoor, quanto chë alldt', ptb tl si crede,

Bencbè di molU optnibri sied mblte

Di tua dottrhia speme e dl tlU fede.

Néanmoins il lui fait avouer ^*il a été ëondàiimé justement :

Et io : Errasti 1 kt éi - SI, nel giudiaio

Quando la véfa via tenni smarrita;

Ghe morte che ^gnî ta. per iiiio vizia Et ioi E meritasti perder vitat

Si ( disse ), cHe la côtpa ^u a tempo.

Se non in tém alla bon ta infinib.

(1) Parmi ceux qui le crurent prophète bginre Comines. « Ayant înterrogé k moine, dit-il, pour savoir si le roi pobmit se retirer de Naples, il me répondit qu'il réussirait, bien qu'il dût tviléëiitltîi* de ^ftbds obstacles; mais, ajoata-C-il, parce que Charles a manqué aux {^rdibesses Tàllès a Dieu, celui-ci lui enverra db grand châtiment (liv. yiu, ch. â). • Au chapitre 26 : « Je puis dire avec assuian» qu'il prédit beaucoup de choses dont aucim mortel n'aurait pu être informé. D devina que le roi perdrait son fils^ éi lui sUrvinait peu ; or j'ai lu moi-même an roi les lettres sur tout cela. >

(2) Sermon du 17 février 1497. La f^érUé propfiétique renfenne ce passif : Savonarola, Je suis prophète, et^ je le confesse non sans honte ni humilité;

c*est Dieu qui l'a voulu par un effet de sa iMmté) làns que je l'eusse mérité anténeorement.

GARAGTÉEE DE SAVONAROLÀ. 255

élans des âmes poétiques raccusera-t-il d'imposture^ surtout dans une époque où ces communications entre le ciel et la terre étaient regardées comme habituelles? Dès le commencement, une fenune de Brescia lui écrivit pour lui dévoiler son avenir; frère Ange de Brescia avait vu sa tête entourée d'une auréole. Quand les malheurs annoncés par lui fondirent sur l'Italie^ il put croire qu'une lumière supérieure les lui avait fait connaître; alors, l'inspiration se joignant à la prudence humaine. Dieu interposé entre sa pensée et sa personne, il prit confiance en lui-même, et devint plus hardi dans ses œuvres. D'ailleurs il ne montra jamais d'ambition personnelle, et ne chercha point à propager ses idées par là force, mais bien par l'exemple, c'est-à-dire qu'il croyait à la puissance de la vérité. En philosophie comme en politique, il était le disciple de saint Thomas^ et se proposait avant tout là réformô des mœurs; mais il avait voulu diriger l'État au moyen des passions et de la multitude^ et, résultat inévitable, il écholia dans cette tentative.

Savonaroia périt victime de la politique plutôt que de la religion, et Luther eut tort de s'en faire un précurseur (i)^ puisque ses actes le montrefat hbihitië du moyëh flge plutôt que de la réforme, élégie du passé plutôt que voix de l'avenir. 11 est bien vrai que, comme il ne réussit point à ressusciter ce passé, il put servir de prétexte à ceux qui s'élevèrent pour l'abattre; ainsi le corps est tué par le remède qui n'a pu le guérir; Il fut hérétique alors qu'il désobéit, et sôUtlht qu'uh prêtre excommunié a le droit de prêcher et d'officier; mais l'Église approuva l'impression de ses livres, et ce ne fut que plus lard qu'on en mit quelques-uns à l'index. Peu de temps après son supplice, Raphaël le peignait dans le Vatican parmi les docteurs de TÉglise; à Sainte-Marie nouvelle > sdn portrait figurait dans l'une des lunettes qui représentent le Christ prêchant et là naissance de saint Dominique. Lorsqu'il fut question de béatifiet* Catherine

ffrie. Prends gante que cela ne soit pas dit par humilité^ mais pltitôt par arrogance.

Savmarola, Je ne m*attribtte pas faussement un don, mais je ne rougb point de confesser que je I*ai reçu (mur In gloire de Dieu et le salut du proehaini

[\)tsï commentant une de ftt^ méditations ^ Luther dit : • Le Christ Ta canonisé, parce qu'il s'est appuyé lur la méditatioii de l'Ëvangile de paix, et ilod tor les Tid^ux OU le capuchotl , Sur les messes on la régie ; revêtu de la cuiraiM de la justice^ armé du bouclier de la foi et du tasque du salut, il s'enrdla^ non dans l'ordre des prêcheurs, mais dans la milice de l'Église chrétienne, w

256 CARACTÈRE DE SAYONAROLA.

des Ricci, qui l'invoquait dans ses prières (i), on se remit à discuter sur les mérites de frère Jérôme, et Philippe Neri, qui conservait son portrait dans sa chambre, priait Dieu que sa mémoire ne fût point réprouvée. Elle ne le fut pas; au contraire, des images et des médailles, où le titre de docteur et de martyr lai était décerné, se répandirent et se gardèrent dans les maisons; enfin, pendant plus de deux siècles, au jour anniversaire de son supplice, les jeunes gens jonchaient de fleurs le lieu souillé par cet acte d'iniquité (2).

(1 ) Atteiote d'une maladie mortelle , elle se recommanda à frère Savoiarob, qui lui apparut en songe avec les deux autres martyrs, et Catherine guérit A cette occasion, elle écrivit une laude, dont voici un morceau :

Quel vivo amor che ti commosse il petto A render alla andlla sanitade, Quello ti mova, padre mio dlletto, A crescer nella figlla ta bontade.

A te ricorro, perdiè la pietade Cognosco viva dentro alla tu* aima ; E spero pcr te, padre, aver la palma Contro rastuxia del gran seduttore. . . Sempre t*ar6 nel meuu> del mio core.

(2) Une épigramme , qui peut faire pendant à celle de Flaminio , drcubit i cette époque :

Quem Perrara tutU^ furca ixlulH^ abtluUt ignii, Cuique uma tel intua, ego iUe Hierottymuê.

Gismondo Naldi, dans une lettre dtée dans les Diarf manuscrits de Maria Sanuto, se montre très-hostile à Savonarola ; Sanuto lui-même le traite de coquin.

Dans les Documents inédits sur C histoire de France^ t. I, p. 774, M. Oiib* pollion-Figeac a publié une lettre de Louis XII à la Seigneurie de Florence, pov obtenir un sursis à tout arrêt conlr;* Savonarola avant que le roi eût fait oobnaître son opinion. Lorsque, sous Paul IV, on entreprit Texamen de la doctrior de Savonarola, le père Paulin Bemurdini deLucques, fondateur delacoDsrêgation de Sainte-Catherine de Sieime, composa Harmùone e discorso circe U contraddijtione grande fatta contre f opère del it. P. frà Girolamo^ chercbsal à prouver que cette doctrine « ne pouvait être déclarée ni hérétique, ni sdiii^ matique, ni même erronée ou scandaleuse ». Burlaniachi, eu 1764, publia à Lucques la vie de Savonarola avec une longue apologie; contredit par un Fkrentitt, il réfuta ses arguments et annota le procès du moine. (Baluzb, Miseetl^ t. lY, 521.) Il manque de critique, de même que François Pico, qui étabtil on parallèle entre le Christ et Savonarola , dont il multiplie les miracles. Naudé en ûûaait un Anus, un Mahomet, tandis que le père Touron voyait en lui m

Page 1