NOBLES. LEURS MOEURS
néral, avait détruit les distinctions originalreè et le$ prifiléges légaux; au milieu d^un si grand mélange de Actions,' de conquêtes^ d'exils^ de tyrannies^ beaucoup de familles anciennes périrent ou se fondirent avec celles des bourgeois, d'où sortirent quelques maisons plus riches^ qui constituèrent une nouvelle noblesse. Désormais chaque famille se distinguait par un surnom ^ mais, si quelque titre ou son influence commerciide tie l'avait pas rendue célèbre^ elle Te changeait facilement par caprice, k la suite d^un héritage^ ou pour être agréable à un protecteur, à un parrain. La noblesse nouvelle ne pouvait opposer à la tyrannie ces digues que le temps seul parvient à rendre solMes] celle que les tyrans créèrent ensuite tirait toute sa valeur de ses diplômes, excitait la jalousie et n'exerçait aucune influence.
Les seigneurs de la Romagne^ adonnés particulièrement buX armes et peu riches, habituaient leurs vassaux aux exercices militaires^ soit pour se maintenir, soit pour vendre leurs services à d'autres. A Naples, le roi Louis de Tarente institua la compagnie do Modo ; divers chevaliers^ par ambition de la gloire, en formè*^ reot d'antres, et^ sous des enseignes di^nctes, ils diaient, comme des chevaliers errants, faire montre de leur vaiUancé dans les pays oii l'on se battait, unis entre eux piar des liens fraternels; de la devise qn'ils portai^t,. ils s^ppeÛent de PI?- Miê, de VArgotê (ponr lé navire d'Argo), de la Pantkère (i).
Dans l'Italie, cependant, les cités prédonûnèrent toujours, et dès lors nom ne trouvons pas ces hauts faits chevaleresques dont se composa l'histoire des iltostres familles de Tétranger: les seigneurs de la Péninsule tioment du plébéien, ou du moins de la race soldatesque, ne se piquent nullement de courtoisie chevaleresque, et n'ont pas honte de unmqoer de foi. Quant à hi poUtique des eonrs, S est inutile de nous répéter; mais ces flré^ quents empoisonnements qu'on leufr repvq^^e, vrais on . supposés, nom roppelieni ks empereurs de Rom» et témoignent d'un letonr vers la oorr«ptioQ païenne.
Les révolutions continuelles, au moyen desquelles leg amM^ tieux voniaîeDt suhitituet leur propre domination à la liberté de tons, léaiieni une firaie d'intérêts: en outre> eilea Masaîent d'ar^ dents soQvieniffS d'un Etat libre, dont on euMiait le^ inconvénients; beaucoup de prétendants, qui avaient la réussite poof unique sanetion; un^and nombre d'individus qui ne BoufGrâinit
(0 Bb CottAia», St, di JfapûM, Kb. IX.
28 HCEURS DES NOBLES.
ni la justice ni l'injustice, et peu d'hommes intéressés à défen* dre Tordre public. Le gros de la population se soumit sans peine à des pouvoirs qui, en assurant sa tranquillité, lui permettaient de se livrer à son industrie; mais les familles aristocratiques regrettaient Tautorité perdue, et ne souffraient pas que d'autres exerçassent la tyrannie qu'elles auraient voulue pour elles. Après avoir servi quelque seigneur comme mercenaires, les individus mettaient leur confiance dans la force brutale de Tépée; dès lors coqjiment le sang aurfiit-il inspiré de Thorreur, quand la loi et les tyrans eux-mêmes le versaient avec profusion?
De là des tentatives aussi fréquentes que mal secondées, qui n'avaient d'autre issue que la honte et les persécutions. L'insurrection de Cola Rienzi fut bientôt imitée à Rome par Porcuri. A MilaUp, deux conjurations coûtèrent la vie aux princes, sans produire un effet durable ; il en fut de même de la conspiration des Paxzi, et celle des barons dans le royaume eut un résultat pire encore» A Bologne, les Canedoli, rivaux de leur bienfaiteur Annibal Bentivoglio, non moins puissant en Romagne que Laurent de Médicis flans la Toscane, forment un complot, sont découverts, pendus ou bannis. Le Florentin Bernard Nardi occupe Prato afin d'en faire la place d'armes des républicains ; mais , resté sanis appui, il est pris et condamné à mort avec beaucoup d'autres. Nicolas d'£ste envahit Ferrare pour recouvrer la puis» sance paternelle ; mais le peuple ne le seconde pas, et Hercule* d'Esté le fait pendre avec vingt-cinq de ses complices. Jérôme Gentile tente de soulever Gênes contre Milan , et perd la vie. Jérôme Riario, seigneur de Forli et d'Imola, tombe sous le poignard dans son pabûs« Biordo des Michelotti est tué à Pérouse; les habitant^ attaquent les meurtriers, brûlent l'abbaye de Saint- Pierre, ou la trahison avait eu lieu, et font peindre les traîtres aux portes et au lupanar. Ces fréquents attentats excitaient la défiance des tyrans et les rendaient pires ; les supplices cruels qu'ils infligeaient à leurs ennemis personnels sembUdei^ justifiés par la nécessité de se défendre.
Leur existence est un tissu de faits enccnre ph» honteux qu'horribles î ila manquaient de foi avec impudence, et Ton applaudissait à leur trahison si elle réussissait. Nous avons vu celle dont fut victime Barnabe Visconti. Paul Fregoso , cardinal-archevêque de Gênes, invite à diner le doge, son neveu, avec sa femme et ses enfants, les fait arrêter et mettre à la torture jusqu'à ce que le doge donne Tordre de lui livrer les forteresses. Oldrado ,
TRAHISONS. HS^
Pami intime deGdnrinoFondulo> passant auprès de Gastiglione, envoie chercher un maréchal sous le prétexte que ses chevaux sont déferrés. Gabrino, informé de la chose, le fait prier d'entrer dans la ville pour se reposer; mais l'autre , trop pressé, dii^ il, refuse et témoigne son regret de ne pouvoir embrasser son cher Gabrino, qui, ne voulant pas se laisser vaincre en courtois sie, vient le saluer. Tout à coup il se voit entouré par les hommes d'OIdradO; qui pénètre dans le chftteau^ enlève sa famiHe et ses trésors ; puis le traître le livre à Philippe Viscohti qui renvoie au supplice. Cet Oidrado , à ses derniers moments y avoua que Tunique chose dont il se repentait, c'était de ne pas avoir précipité do haut de la tour de Crémone ^empereur Sigismond et le pape quand ils y montèrent avec lui (i).
Albert, marquis d'Esté, au moment de mourir, en 4 393^ avait désigné pour lui succéder Nicolas, son fils naturel; mais Azzo^ alléguant un droit plus légitime^ se maintint avec le secours de Jean de Barbiano , qu'il avait soudoyé. Les tuteurs du Jeune Nicolas cherchèrent à séduire l'aventurier pour qull assassinât Azzo; il promit de le faire ^ à la condition qu'on lui donnerait deux châteaux situés dans le voisinage de Barbiano. Les messagers arrivèrent, Azzo fut égorgé devant eux, et Ton remit les châteaux au meurtier; mais la victime n^était qu'un esclave, et Azzo tomba sur les troupes de Ferrare, dont il fit un massacre. Quelque temps après, Jean forme le complot de s'emparer de Bologne; il est trahi et envoyé au supplice. L^istoire de ces condottieri nous offrirait mille exemples semblables.
Les peuples souffrent de ces perfidies et savent apprécier les avantages de la liberté, au point de regarder les plus grands sacrifices comme légers, afin d^obtenir qu'on substitue à l'égalité devant un maître Tégalité -devant la loi. Les malheurs de cette époque, il est vrai^ semblent plus grands, parce que Tbis^ toire les enregistre tous; en outre^ on ne connaissait pas encore cet affaissement des âmes qui fait regarder la soufirance comme une inévitable nécessité, la résignation muette comme une vertu, et comme le règne de la paix une tyrannie qui dégrade sans tourmenter. Les républiques surtout^ bien que les passions
(1) Lorsque Gharlet-Quint, en 1536, voulut monter à Touverture de la coupole dn Panthéon à Rome, un certain Grescenzî, qui raccompagna, dit à son père que la pensée lui était venue de le précipiter en bas par vengeance du sac de Rome. Le père lui répondit ; 3Jon fis, cej choses se font et ne se disent pas, (Relation du sac de Rome, mamiscrit du Vatican.)
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s'y manifiostassent avec une fougue impétuMte) parce qu'elles jaJUiasfiieal de masses nombreuses ei noios contenues , nous oifrsat des caractères élevés^ la puissance des sacrifices faits au bira générale une plus grande fidélité à la parole» Les peuples souffrent sans doute. 4e TinfAme politique des princes; umis ni cette politique ni la corruption pe les avaient encore avilis.
liVk milieu de ce mouvement, Tbomme trouvait des oocasions fréquentes d'exercer les forces de son intelligence et de sa volonté, ce qui constitue une grande partie de la félicité. Les évé« nements servaient à faire l'éducation^ et les rumeurs de la cité devenaient pour ainsi dire une école où chacun puisait des leçoQSp Les q^ereUes entre citoyens faisaient quelques victimes sans doute ; mais nqus connaissons des temps moins grossiers où l'on lue avec la parole i où l'on insinue le mépris dans les Ames^ pour former ces ulcères purulents et fétides qui empoisonnent la société»
Les (talieps créèrent la science des richesses et de leur distribution, mesurèrent la puissance de leur pays et surent cet] ouler les moyens de le faire prévaloir sur les contrées rivales ; considérant toute l'Europe comme un système unique^ ils équi*litirèrent les forces, de ses différents États. Plusieurs comptes rendus de leurs doges ou podestats (dit Blanqui) pourraient aller de pair avec les messages les pbis remarquables des présidents américains (1). Les Florentins exigeaient de leurs agents un rapport sur les pays où ils allaient. Les Vénitiens recevaient de leurs ambassadeurs des informations continuelles^ d'après lesquelles nous pouvons apprécier la puissance et la civilisation des diyers États.
Les guerres méme^ combien n^indiquent-elles pas de richesses dans le pays ! Sans parler de Venise et de Gènes, dont parfois quelque citoyen deyenait prince» et chez lesquels on voyait les Lercari ou les Giustiniani tenir tête aux Ottomans, Frédéric {*' de Sicile eut cinquante-huit galères armées, fut attaqué par Robert de Maples, qui en coounandait cent treize, et, sa flotte détruite, il la renouvela comm^ par enchantement. Les nobles milanais proposèrent à Philippe-Marie de lui entretenir dix mille cavaUers et pareil nombre de fantassins, à la condition qu'ils administreraient les revenus publics, à l'exclusion des courtisans et des favoris. Depuis 1377 jusqu'en 1406^ Florence dépensa,
(1) BisL de t économie poUiUfue, întrod. Voir rappciidke a.
GâlÀGTiBBS MWiMW'i'g DANS LES fWOLâinDIlS D'ITAUB. 31
pour la gnem 8eiilëîBfOft> il nilUôiis'et demi de Borbis d'or^ à 100 la livre (i ), tribut de simples citoyens. Soiiiaato-dix^sept fa^ milles^ de 1430 à iMS, payèrent, otatre les oontriiMrtiotia ordinaires^ 4>875,000 florinsi et l'Ëtat populaire, de 1917 à 1530, préleva extraordioùefaent lyilO^SOO florins. Les tyrans et les oligarques eux-^mènies nâ né|iHgeaieDt rien pont faire ptospéirer le pays> aoit àeause de IcUFv^aiitage^pefaoïmél, s^i afin de rivalisef airee les iroisiosott de pallier la <servitade, François fiComi creosaic le oanal de la Ma^tasana éi 'oonstmisait le grand hA^ piCal à Milan; Jeadt^Saléasosail comoièncèr le Mm^ de cette ville et la Ghattmise.de Pavfe ; lif&fliédioB^ les Pitti > ie^Mroazi^ s'immortalisèrent pac des eonstrtietiotts élégantes. : '
Biais> en fait de mœurs et d'opinions, pas pins que dans le reste, on ne peut considérer l'Italie comme une seule nation ; or si, même encore aujourd^hni^ malgré tant de cOnununica^ iUm^ le Turiaoia, par exeinple, diffère beaucoup du Sicilien, combien plus grande dervait être alors la disselnblance l Dbns ki Bomagne, on s'adonne peu à l'agrieulture^ à Tindastrie, et ce D'est pas la terre qui fournit les richesses; ses fieuves ne sont pas navigables, et, quand la chaleur les Irnse à sec, ils répandent des exhalaisons peslilenUéliès» yhonune s'éloigne donc de ces pays, et leur état empiredès qu'aeessé la végétation: arttfloieUe ^ le désordre et l'abandoa envabisseoties vaUéea devenues isaur vagea et les plaines déserles, dont l'immense étendue, paraenaée de rares babitationa, eat trèsrpropre à nourrir de nooÂreux troi^peaax* Le plébéien, sentant q«'il est néeessaire à son pa^ troD auquel il apporte le profit de ses engagements mitttait'es, deriont orgueilleux et fier, comme s'il croyait attester qu^il descend des conquérants du monde. Le Vénitien, au ùaaktmny est assoupli par le sentiment de sa dépendance, qu'on ne ^au-^ ndt confondre avec cette poétesse qui cherche à séduire^ mais sans bassesse ; il vénère fai^ent , recherche les jouissances et les attend de quiconque est ^a mesure de les lui procurer» à lui
(1) l>Aim»vOf ,dpologiêdâ4 t^nntimf VAaGitl, Irrre IX.
Sdoo DatIi Ciwoniqu€^ P» U8| les JPloreiitittfy dans la guerre Aip«e le pape«
de 1366à 1368,dépwèrcnt.. , . , florins d'qr 2,Si)0,S00
dans la aecoDde contre ie comle de Vertu, de 1 395 à \ Z^i » 1 ,800,000
dans la troisième, de 1401 à 1404 m 2|500,000
dans la goeilre de Pisé dé 1405 ..'..:. « l,ôOO»000
Ea dfaL am de pienn, îh Aiouieitt don<r dépdué ISS* adUitfAa de nëtrè mon-
32 GARÀGTàRSS BIFFÉBIRTS BAHS UtS raWLATIORS B'iTiUE.
qui ne peut rien attendre des travaux honorables de ragriculture. Le Génois» tout différent, revêt, à force d'art, les flancs des Alpes et de TApennin d'oliviers, d'orangers^ de vignes ; puis, son territoire étroit ne suffisant pas, il s'aventure sur les mers et dit : J'arrive de Caffa, comme sll revenait du port.
A Napies; le gouvernement affaibli laisse croître le penchant à s'isoler, qui prédomine dans la contrée ; les seigneurs, d'un côté, et les bourgeois, de l'autre, élèvent des barrières autour d'eux, sans se communiquer les avantages de la vie sociale. L'indolence, le manque d'inchistrie, Pinsoudancedu lendemain, sont la conséquence du climat, du peu de besoins etdelafadiité de les satisfaire; l'homme, d^[K>urvu de constance, vacillant dans sa conduite, passe rapidement, comme les volcans de son pays, de l'exaltation à l'inertie ; l'imagination entraine vers la superstition , et rinobservanoe des lois fait recourir aux vengeances privées. La Toscane, divisée en petits territoires, semble faite pour la vie individuelle des cités, dont chacune en effet eut son histoire particulière. Les petits seigneurs se réfugièrent dans la partie montagneuse, où ils trouvèrent de bons soldats; le reste est cultivé avec des efforts infatigables, mais sans pouvoir suffire aux besoins de la population, qui dès lors se livre à l'industrie : c'est ainsi que se développent cette vigueur inlellectuelle des Toscans, cette conscience d'eux-mêmes, qui nous les présentent comme arrivés à une virilité mûre et pleine d'énergie.
Partout, en outre, les mœurs des principautés se distinguaient de celles des républiques; les seigneurs dominent dans celleslÀ , les citoyens dans celles-ci. Nous entendons accuser ces bourgeois d'avoir fiiit leur idole de l'argent. Le reproche est-il fondé et raisonnaUe? Dans l'ftge barbare et la féodalité, la richesse étaU mal distribuée en Italie ; mais le clergé, par l'aumAne, la féodalité, par son fractionnement, prévinrent cette plaie, qui devient gangreneuse aujourd'hui sous le nom de paupérisme. La richesse s'accrut et se répandit ensuite. Sans doute elle est funeste alors que (comme il anîva dans l'ftge romain), produite par des moyens immoraux et répartie inégalement, elle ouvre un abîme entre les diverses classes, et, par suite, excite les passions subversives; mais, quand elle a pour origine un travail honnête, de libres contrats, et qu'elle se répand sur toutes les classes , elle rend les plus grands services à l'individu et à la société.
Dans nos temps de bavardages et de révoluticmsy il est naturel qu'on bafoue les marchands et qu'on répète les injures que Bo-