HORT DU DUC DE VÂLENTINOIS
rances du cardinal français furent déçues^ et le conclave donna la tiare à Pie III (François Todeschini Piccolomini, de Sienne), et vingt-sept jours après, au Savonais Julien de la Rovère^ sous le nom de Jules II.
Ennemi acharné des Borgia^ parce qu^ils lui avaient arraché une première fois la papauté, Julien était resté jusqu'alors sous les armes ou dans l'exil^ répondant à leurs caresses et à leurs invitations : Julien ne se fie pas au Marano, L'alliance avec Tespagne et la France se renouvelle aussitôt ^ et beaucoup de seigneurs recouvrent leurs domaines perdus : Forii est rendu aux Ordelafii^ Rimini aux Malatesta, Faenza et d^autres possession» aux Vénitiens. Chaque ville s'arme; le duc de Valentinois^ réduit aux abois, arrêté méme^ cède les châteaux occupés en son nom; puis, relâché, selon la parole que lui en avait donnée le pape, afin d'obtenir la voix des cardinaux de son parti, il se réfugie à Naples, en promettant aux Espagnols son bras et ses talents pour leur faire acquérir Pise et d'autres villes. Don Gonsalve le reçut avec courtoisie, et favorisa ses desseins jusqu'au moment où le roi Ferdinand donna l'ordre de renvoyer en Espagne. Comptant sur la parole d'honneur qu'il avait reçue, Borgia partit; mais, trompé, lui fl*ompeur sans scrupule, il fut jeté en prison (1); ayant réussi à s'enfuir auprès du roi de Navarre, son beau-père, il fut tué au siège de Viana et enseveli humblenoent.
Tel est le héros de Machiavel , lequel trouve qu'il « fit toutes les choses que l'homme prudent et vertueux doit faire pour consolider les États que les armes et la fortune des autres lui avaient procurés » . Il raconte ses trahisons avec une indifTérence qui ressemble à de la complicité, au point de dh*e : a Je ne saurais donner de meilleurs préceptes à un prince nouveau que l'exemple des actions du duc. » Et encore : t Si j'étais prince nouveau, j'imiterais toujours les œuvres du duc de Valentinois... » Il termine ainsi : ot Après avoir recueilli toutes les actions du duc, je ne saurais le blâmer; il me semble, au contraire, qu'il doit être
(1) Loncpiele duc de Valentinob fut arrêté, le Siennois Baldinera Scîpion fit afficher dans toute la chrétienté un cartel pour défier tout Espagnol qui Youdrait soutenir que « le duc de Valentinois n avait^pas été retenu à Naples sur un sauf-conduit du roi Ferdinand et de la reine Isabelle , ayec manque de foi insigne et grande infamie de leurs couronnes. » (Louis da Porto, Lettre 30.)
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proposé pour modèle h tous ceux qui, par fortuoe et avec les armes des autres,^ sont arrivés au pouvoir (1). »
Dante plaçait dans l'enfer celui qui avait donné ae pàuvais conseils au roi Jean. Buoso de.Bovara, qui favorisa la descente des Français, et Montefeltrp, qui suggérait de pron]|ettre beaucoup et de tenir peu. Vieilleries du pioyen âge! Àujoura'hm Ton proscrit toute idéalité : c'est le fait qu'on aaolce ; on ne voit pas ce qui devrait être, mais ce qui est. Les uniques, vertus d'un prince sont la prudence des conseils^ là fermeté de résolution et la fortune: réussir, voilà tout le mérite. Mais, dans ces conditions, queues règles imposer, lorsque prévaut l'omnipotence individuelle, c'est-àTdire le pouvoir arbitraire sans contrôle, la fluctuation, ^instabilité ? .
Machiavel avait vu Ferdinand le Catholique, de petit roi, devenir un des plus grands potentats de l'Europe : par quels moyens? par Tabsolutisme. Il proclama donc qu'il fallait arracher [es broussailles du nioyen âge à Paide d'un pouvoir unique, arbitraire (2), et l'établir sans souci des moyens. Ces moyeps ei le but même seront détestables, qu'importe ; leur durée est passagère, et ils produiront l'autorité suprême de la loi^ Tégaiité et la liberté de tous ; les citoyeus ne formeront qu'un môme corps, où tous reconnaîtront un seul souverain (3). I^acbiavel cherche donc des espérances au milieu d'un état de chosies désespéré ; voyant périr les anciennes gloires d'Italie, il veut tuer le droit môme et la justice, faire sortir la force de la faiblesse, arriver à un but élevé par des moyens bas : a Son. intention étant d'écrire des choses utiles pour qui les comprend, il lui a semblé plus convenable de s'en tenir à la vérité réelle des choses qu'à leur ima^e, » Aujourd'hui nous dirions le fait, de préférence à l'idée, a Beaucoup d'hommes se sont imaginé des républiques ou des principautés, qu'on, n'a jamais vues ni reconnues çxisier en réalité; il y a très-loin de notre manière de vivre à celle dont chacun devrait vivre, et l'homme qui veut toujours se (conduire honnêtement succombe de toute nécessité au milieu de tant de pervers. Il faut donc qu'un prince qui veut se maintenir apprenne à pou-
(1) Voir le Legaùoni^ la XL ^pistola famigHare^ et le Principe^ vn.
(2) n dit à Léon X : ^ Aacun État ne peut être organisé d'une manière stable, si ce n'est point une véritable principauté ou luie Térîtable i:é|Hiblique, par» que tous les gouvernements, placés entre ces deux, sont défectueux. »
(3) Lettre à Vettori.
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voir ne pas olre bon, et à tout faire selon la nécessité. Qu'on sache bien qu'un prince, et surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes les choses dont la pratique vaut à rhomme U réputation d'honnête; car il est souvent obligé, pour nmintenir l'Êta^, d'agir contre la bonne foi^ contre la charité, contre Thumanité, coptre la religion (1), » .
Les applications sont conformes à cette théorie : le tyran doit avoir sans ce^se à. la bouche les mots de justice, de,loyai^té,,de clémence et de religion, mais ne pas s'inquiéter de leur donner un déqaenti toutes les fois que son intérêt Texige; se faire craindre plutôt qu'aimer^ quand il ne peut inspirer en niôme temps Taoïour et la crainte. Le but des gouvernements est de durer, ce qui ne peut s'obtenir que par les rigueurs, u p^pe que }çs hom^nes sont gén^ralemef^t ingrats, ^issiipulés^ querelleurs, de imanière qi) 'il, faut le§ cpntenii; par la crainte du ch^tjment». Il expose tout <peia avec la ifroideur d'un anatomiste, ou d'un général qui calcule combien de milliers d'hommes sont nécessaires pour qjQ[1porter une position. Les coups, hardis, sont i|dmirabl^. pour lui, et le meilleur instrument est la force, qu'^l s'agisse de .cel)f de Sparte pour conservep, ou de celle de Rpme pour conquérir. Il renie le droit^ il renie le Christ, auquel il substitue nous ne savons quelle religion astrologique ; il renie le progrès, parce que, a si Ton veut qu'un parti ou une république vive longtemps, il jfaut la fàmen^T couvent vers son principe (2). i) L'humanité,, ^puipise à de^ ip(luences d'astres, parcourt un cercle infranchissab\e dans lequel elle va au bien .au mal, et réciproquement (3) ; daps l'ordre politique, elle passe de la monarchie à l'aristocratie, de celle-ci à la déoiocratie, jusqu'à ce que l'anarchie ramène la nécessité d'ujD^ mpnarque. , ,
Tel estrespritduPrm{?e,livred'une sagesse entièrementpaïenne,
(1) Le Prince ^ XV et XXVIU .
(3) Décades t ni.
(3) «.Les provinces ont coutume, dans les changements qu^elles opèrent^ de passer de l'ordre au désordre, et de revenir ensuite du désordre à Tordre; en efîet, comme la nature ne permet pas.aux choses mondaines de s'arrêter, aussi tôt qu'elles arrivent à leur dernière pcrleclion, elles descendent, puisqu'elles Oi^ peuvent plus monter; également,, lorsqu'elles sont descendues et parvenues au plus lias degré par les désordres, il faul cIk toute nécessité, comme elles ne peuvent plus descendre, qu'elles remontent ; c'est ainsi que toujours on descend du bien au mal, et que du mal on monte au bien. » {Storie fiorentine, liv. V.)