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liberté. Au dire de Strabon, sept cent mille habitants y furent assiégés par Seipion ; mais Cartilage ne put jamais en contenir plus de deux cent mille. Le quartier de Mégare était rempli de jardins, de prairies, de canaux; la forteresse de Byrsa était bâtie sUr une hauteur ; au milieu du port militaire, creusé à main d'homme et capable de contenir deux cents navires de guerre, s'élevait l'ile de Cothon ; ce port communiquait avec le port marchand, dont l'entrée se fermait avec des chaînes de fer.
Si le caractère d'un peuple se révèle par sa religion, celle des Carthaginois était avare et mélancolique jusqu'à la cruauté ; enveloppée de sombres images, elle avait pour cortège des abstinences, des tortures volontaires, des assemblées nocturnes, des superstitions inhumaines et dissolues. Les jeunes filles se prostituaient sous les yeux de la déesse Astarté, et le prix de la honte s'accumulait pour former leur dot. Meikarth, leur Hercule, leur inspira de grandes entreprises; mais son culte était souillé par des sacrifices humains, qui se répétaient à des époques fixes : dans les circonstances les plus graves, on lui offrait les objets les plus chers. Les Carthaginois , croyant voir dans la défaite que leur fit essuyer Agathocle la punition de la négligence qu'ils mettaient depuis quelque temps à envoyer des offrandes aux temples de la Phénicie, leur en expédièrent à profusion, au point d'enlever de leurs propres sanctuaires les tabernacles d'or ; puis, craignant encore que le dieu ne fût courroucé de ce que, au lieu d'enfants bien nés, ils en immolaient parfois qu'ils avaient achetés, ils en sacrifièrent deux cents des premières familles ; trois. cents hommes, auxquels on avait intenté un procès, s'offrirent spontanément à mourir sur les autels. Désolés par la peste lorsqu'ils assiégeaient Agrigente, ils jetèrent beaucoup d'hommes à la mer pour calmer Neptune. Annibal guerroyait en Italie lorsqu'il reçut la nouvelle que son fils était désigné pour l'holocauste annuel : « je prépare aux dieux, dit-il, des sacrifices qui leur seront plus agréables. » En vain Darius, roi de Perse, et Gélon de Syracuse mirent pour condition, dans le traité de paix, que les Carthagmois cesseraient d'ensanglanter les autels ; la superstition l'emporta et survécut jusqu'à la perte de la gloire et de l'indépendance.
Après ces témoignages de leurs superstitions, est-il étonnant de voir les Carthaginois durs, serviles, égoïstes, cupides, inexorables, sans foi ? Le culte, faristooratie mercantile, l'avidité du lucre, paraissaient les rendre insensibles aux émotions généreuses;
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cependaut, n'oublions pas que leur histoire nous est racontée par leurs ennemis.
Il n'entre pas clans notre plan d'en étudier les institutions, ni de décrire le commerce étendu qu'ils faisaient avec l'intérieur de l'Afrique et les extrémités de l'Europe. Carthage assujettit les barbares habitants de cette côte, qu'elle organisa en coloiiies pour les fixer sur le littoral. Afin de se ménager des vivres, elle en avait^établi d'agricoles dans laZeugitane et la Byzacène, où l'on cultivait avec succès les fruits de l'Europe. Sur la lisière delà Numidie et de la Mauritanie, elle avait des comptoirs fortifiés qui trafiquaient pour elle avec les indigènes, lui assuraient la voie de terre jusqu'aux Colonnes d'Hercule, et servaient de refuge aux navires dans le périlleux trajet de l'Afrique en Espagne. Ces colonies, pourtant, n'étaieutunies par aucun lien et ne paraissaient d'accord que dans leur haine contre la domination de Carthage ; redoutant ces dispositions, la métropole leur avait défendu de s'entourer de murailles, ce qui exposait le pays aux courses des ennemis. A l'orient erraient des tribus indomptées, semblables aux modernes Bédouins; à l'occident, Carthage était menacée par les royaumes puissants de Numidie et de Mauritanie ; sur la côte même, et vers le midi, elle trouvait pour rivales Tunis, Aspis, Adrumète, Ruspiua, la petite Leptis et Thapse, sans parler d'Utique, qui conserva toujours son indépendance.
Là se trouvait le côté faible de Carthage ; sa force et sa gloire étaient les colonies fondées dans les pays les plus favorables et les plus éloignés dans la Méditerranée. D'abord elle soumit les Baléares, d'où elle tirait le vin, l'huile, la laine, les mulets; des métiers de lin travaillaient pour elle'à Gozzo, Cherchinesso, Malte ; en outre, toutes lui servaient d'échelles pour le commerce et de lieu de relâche pour les vaisseaux. Elle fonda Cagiiari et Sulci dans la Sardaigne, qu'elle estimait autant que l'Afrique, et qui fournissait beaucoup de grains, des métaux , des pierres fines. Lorsque les Phocéens, fatigués du joug des Perses, eurent occupé la Corse où ils fondèrent A léria, Carthage, jalouse de négociants si actifs, les eu chassa. Il paraît même qu'elleoccupa au delà du détroit de Gibraltar, dans le grand Océan, les Canaries et Madère. Elle établit d'autres colonies surjla terre ferme : Hannon fut chargé d'eu fonder plusieurs le long de la mer occidentale d'Afrique, où l'on voit aujourd'hui Fez et Maroc ; Himilcon en établit d'autres sur la lisière occidentale 'd'Europe, et peut-être jusqu'au Jutland. Les Phocéens de Marseille éloignèrent ces concurrents de la Gaule: