RELATIONS DE CARTHAGE ET DE ROME
Il ne faut pas en conclure que Rome avait de gros navires, puisque les États barbaresques , qui jusqu'à nos jours ont été la terreur des plus grandes puissances de l'Europe, n'employaient pas les vaisseaux de ligne. Rome, peut-être, stipulait comme étant à la tête de la fédération latine, c'est-à-dire dépeuples possédant une marine, bien qu'elle-même en manquât; du reste, si elle en eut, elle dut la laisser dépérir, puisqu'elle en était dépourvue 278. trois siècles plus tard. En effet, lorsque Pyrrhus envahit la Sicile, Rome et Carthage stipulèrent qu'elles ne traiteraient pas avec l'Épirote l'une sans l'autre; Carthage, en cas de besoin, devait fournir des navires, mais ne pas débarquer sans le concours de Rome. Lorsque Pyrrhus menaçait Rome, les Carthaginois, y voyant le cas de besoin, envoyèrent à Ostie trente galères; mais les Romains les remercièrent et les renvoyèrent, dans la crainte qu'ils n'enlevassent des esclaves et des dépouilles italiennes.
Attentives l'une et l'autre à s'exclure de leurs territoires respectifs, les deux républiques traitaient d'égale à égale; si Rome sentait la prépondérance d'un État guerrier sur un État commerçant, Carthage savait qu'elle avait des trésors pour acheter autant de troupes qu'elle voudrait, outre son incontestable supériorité sur mer. Elles auraient donc pu suivre chacune sa voie propre sans se heurter; mais, comme l'avait prédit Pyrrhus, la Sicile leur offrit des motifs de conflits. Les Carthaginois , les Syracusains du roi Hiéron' II, auxquels obéissaient Léontium, Acre, Mégare,Pélore, Taormine, et les Mamertins réfugiés au Pélore, se partageaient la domination de cette île, agitée tantôt par la tyrannie des despotes, tantôt parla tyrannie de la liberté. Les Mamertins avaient été battus et réduits à l'extrémité par ce Hiéron auquel ils résolurent de céder Messine, leur dernière possession ; il s'avançait donc pour l'occuper, lorsqu'Annibal, général des Carthaginois, le tint en respect et dirigea des troupes sur la ville. Placés entre deux ennemis, les Mamertins, comme Campaniens, tournèrent les yeux vers l'Italie, et demandèrent secours à Rome.
Les hommes honnêtes cherchaient à détourner les Romains de cette injuste intervention; il ne fallait pas, disaient-ils, soutenir à Messine ces Mamertins dont ils avaient puni la perfidie à Rhégium. L'occasion de faire des conquêtes et de mortifier Carthage souriait, au contraire, aux politiques ; le sénat repoussa la demande, le peuple l'accueillit, et, comme la démocratie était déjà prépondérante, l'expédition fut résolue. Les Marner-