GUERRE EN SICILE. BATAILLE AUX ÉGADES
du triomphe; mais, dans les huit années qui suivirent, la chance tourna contre lesRomains, qui perdirent quatre flottes. A Drépane, Adherbal leur fit essuyer la plus grande défaite. Comme les augures ne voulaient pas qu'on livrât bataille, parce que les poulets sacrés refusaient de manger, présage sinistre : « Qu'ils boivent donc! » dit en souriant le consul Claudius Pulcher, et il les fit jeter à la mer. Cette impiété découragea les soldats , vaincus avant de combattre, et lesRomains perdirent quatre-vingttreize navires, huit mille morts, vingt mille prisonniers. Agrigente fut prise et saccagée par les Carthaginois ; les généraux Annibal et Carthalon se distinguèrent par leur courage et leur habileté. Les Romains cependant finirent par l'emporter, et toute la Sicile tomba en leur pouvoir. Les seules villes de Drépane et de Lilybée, promontoires à l'occident que l'on pouvait considérer comme le boulevard de Carthage, furent très-bien défendues par Arailcar, dit Barca, c'est-à-dire le Foudre, père du fameux Annibal. Établi sur le promontoire d'Éryx, sans alliés voisins, ni forteresses, ni espérance de secours, il s'y maintint pendant cinq ans, faisant des courses sur les côtes d'Italie jusqu'à Cumes, et il battit plusieurs fois les Romains. Carthage, pour le soutenir, lui envoya une flotte avec de l'argent et des provisions, mais peu d'hommes. Lutatius Catulus, à la tête de deux cents quinquérèmes, défit cette 2*2. flotte aux Égades. Les Gaulois, désertant l'armée d'Amilcar, passèrent aux Romains, qui pour la première fois prirent des barbares à leur solde.
Si la population hellénique avait conservé en Sicile l'esprit guerrier, elle aurait pu prendre une part active dans cette guerre, et Syracuse reconquérir la prééminence sur l'ile, en aidant les
« et envoyèrent ses cendres clans sa patrie ; peu à peu ils ranimèrent Aniil- « car, qui se rétablit, échappant à tous les maux, qu'il avait soufferts. »
L'argument le plus concluant contre cet héroïsme pourrait se tirer do son inutilité, ou, ce qui est pire, du conseil que l'on prête à Régulus. Par l'échange des prisonniers, Carthage n'aurait recouvré que des mercenaires, qu'elle pouvait se procurer ailleurs avec de l'argent , tandis que Rome retrouvait des citoyens et des vétérans qui auraient, comme ceux qu'avait rendus Pyriiuis , effacé l'infamie par des actions d'éclat. Et puis, les prisonniers ne pou\ aientils pas être autant de Régulus , de grands capitaines et de grands citoyens? Peut-èlrc les chaînes qui chargeaient ses bras avaient-elles abattu l'àme du consul. La raison la plus forte que donne Horace est la peur <hi mauvais exemple. La paix que Régulus déconseillait, Rome l'accepta quelques années plus tard ; donc , en la conseillant , il n'aurait fait qu'é()argner les ravages et le sang qui remplirent l'intervalle.
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226 PAIX DES ÈGABES. BXPÉDITION EN ILLTÏÏIE.
Romains de vivres et de vaisseaux. Mais depuis longtemps elle avait contracté l'iiabilude d'aclieter les bras de Sicules et de Campaniens, qui devinrent les auxiliaires des Romains, et la Sicile, trahie par eux , passa, sauf le royaume de Hiéron, sous la domination de Rome.
Envingt-deux ans de guerre continuelle, Rome, par les batailles, l'inexpérience de la mer, la difficulté des côtes d'Afrique, avait perdu sept cents galères, et Carthage àpeine cinq cents ; mais Rome manquait d'argent, au point qu'un muid de froment se vendait un as (l). Cependant, bien que sa population fût diminuée d'un sixième, et que la nécessité l'obligeât d'altérer les monnaies de quatre-vingts pour cent, elle disait avec une persévérance indomptable : « Je ne céderai jamais ; la guerre alimentera la guerre. » Les Carthaginois, comme des marchands, calculèrent le commerce interrompu, les dépenses exorbitantes, et l'avarice, venant enaide à l'humanité, leur fit proposer la paix. Rome, qui l'avait refusée par les conseils de Régulus, l'accepta, après tant de dépenses et de sang versé, aux conditions suivantes : « Les Carthaginois évacue- « ront la Sicile et les petites îles voisines; dans l'espace de dix « ans, ils payeront à Rome, pour contribution de guerre, deux « mille deux cents talents (dix-sept millions de francs) ; ils ren- « dront les prisonniers et les déserteurs ; ils ne feront plus la « guerre à Hiéron, roi de Syracuse ». De nouveaux événements contraignirent bientôt Cartage de céder la Sardaigne elle-même. Le temple de Janus à Rome fut fermé; mais il ne tarda point à se rouvrir pour ne plus se fermer jusqu'au règne d'Auguste. La première occasion de recommencer la guerre fut l'expédition
^^^- contre les Illyriens, qui exerçaient la piraterie sur l'Adriatique. Rome, qui s'était faite la protectrice des Italiens jusqu'à ce qu'elle pût s'en rendre la maîtresse, avait conelu des traités avec ces pirates dans le but d'arrêter leurs déprédations ; maisils continuaient à piller les navires et les côtes. Des ambassadeurs romains allèrent se plaindre àTeuta, leur reine et veuve d'Agron, qui les fit périr.
228- Aussitôt Rome lui déclare la guerre, traverse pour la première fois le golfe Ionique, bat ïeuta et lui enlève une partie de ses États; les Italiens et les Grecs la bénissent comme libératrice de la mer, et les Grecs lui accordent le droit de cité ordinaire avec admission aux mystères d'Eleusis. Et Rome se promène triomphante sur une contrée où jusqu'alors Carthage avait seule obtenu la prépondérance.
(1) Pline, Naf. hisf., xviri, 13.