‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 120 sur 319 · DISCIPLINE · texte numérisé non relu

DISCIPLINE

les assemblées respiraient l'ardeur guerrière. Dans la paix, l'ambassadeur étudiait le peuple qu'il allait ensuite combattre comme général. Ceux-là même qui avaient pris part au conseil prenaient part à l'action sur ie champ de bataille. Pratiquer les exercices mibtaires et discuter, haranguer le peuple et discipliner la troupe, gouverner, combattre ettriompher, telle était la double éducation que l'on donnait à la jeunesse. Comme le triomphe menait au consulat, les généraux ambitionnaient les batailles, dont le sénat faisait naître les occasions en s'immisçant dans les affaires des peuples étrangers. Celui qui avait commandé une armée ne dédaignait pas d'obéir dans le même corps. Lorsqu'on entrait en campagne, le général choisissait les tribuns, c'est-à-dire les colonels, et ceux-ci les officiers inférieurs ; cette organisation produisait une union solide entre les supérieurs et les Inférieurs, un sentiment commun , une commune espérance. L'amour de la patrie et de la gloire inspirait le courage ; l'obéissance au chef le rendait tout-puissant.

Ainsi, le bras des forts était dirigé par le jugement des sages; en outre , tandis que l'art militaire, avili par les mercenaires, ou soumis à la folle impulsion de la plèbe, aux caprices des tyrans, déclinait partout ailleurs, à Rome on apprenait, non-seulement à gagner des batailles, mais encore à préparer la victoire par l'intervention pratique, les manèges trompeurs, l'artificieuse persévérance à prévenir ou à dissoudre les ligues que la jalousie ou l'amour de l'indépendance pouvait opposer aux conquêtes.

Rome eut besoin de toute cette habileté contre les Gaulois Cisalpins , qui profitaient de tous les désastres de Rome pour la menacer. Après avoir été chassés du Capitole, ils étaient restés vingt-trois ans sur la rive gauche du Pô; puis ils recommencèrent leurs courses dans le Latium et la Campanie. Depuis longtemps, néanmoins, ils semblaient ne plus songer aux invasions, lorsque des bandes venues de l'autre côté des Alpes dans la Cisalpine demandèrent des terres : » Celles-ci sont à nous, dirent les Gaulois; mais si vous voulez des campagnes fertiles, elles abondent'dans la moyenne Italie. » Les envahisseurs descendirent dans l'Etrurie^ qui, vaincue mais non domptée, vit dans ce dernier fléau, comme c'est l'habitude, un allégement au premier, et proposa de prendre à sa solde contre Rome tous les nouveaux Gaulois ; ils acceptèrent , mais à peine eurent-ils touché l'argent convenu, que, refusant de combattre, ils repassèrent l'Apennin.

230 iNOUVELLES INVASIONS DES GAULOIS-

Les Étrusques^ qui avaient laissé transpirer leurs intentions , se sentirent exposés au danger, et, sachant que les faibles ne peuvent résister aux forts que par l'association, ils formèrent

296. avec les Samnites la ligue dont nous avons déjà parlé; ils envoyèrent des ambassadeurs à Sinigaglia et à Milan pour solliciter le secours des Gaulois, infidèles mais nécessaires, Tobtinrent, et, avec eux, attaquèrent les Romains pour recouvrer leur indépendance : mais, malgré leurs efforts, ils succombèrent sous la valeur

•293. ^^ Fabius et de Décius. Peu de temps après, le consul Cornélius

285. Dolabella, envoyé par Rome , ravagea le territoire desSénons, tuant hommes, femmes, enfants, tout ce qu'il rencontrait. Drusus porta à Rome beaucoup d'or et d'ornements trouvés dans le trésor des Sénons, se vantant d'avoir recouvré l'argent qui avait servi à racheter le Capitole; une colonie fut établie à Séno- Gallia.

Cette colonie , la première sur le sol gaulois , servait non-seulement de sentinelle avancée, mais espionnait pour le compte de Rome dans la Cisalpine et devenait un foyer d'intrigues perpétuelles. Les Gaulois jouissaient d'une telle abondance , que, dans la Cisalpine , on avait pour quatre oboles une mesure de froment, une d'orge ou de vin pour deux ; dans les auberges, un quart d'obole suffisait pour diner. Au milieu de cette aisance, ils oubliaient leur antique passion de faire des courses et des conquêtes, à tel point que At et Gall , deux rois des Roïes, établis autour de Bonouia, furent égorgés par le peuple en fureur, pour avoir proposé de guerroyer contre les Romains et de détruire Ariminum, autre colonie qui datait de 2G8.

Et cependant il leur avait donné le meilleur conseil, puisque les Romains, de Sinigaglia etd'Ariminum, ne cessaient d'inquiéter les Gaulois, et mettaient des obstacles à leur commerce, surtout à celui des armes. Enfm le tribun Flaminius proposa de coloniser et de distribuer au peuple les terres enlevées aux Sénons cinquante ans auparavant, et dont les patriciens s'étaient emparés.

238. A ce dernier coup, les Boies s'émurent et formèrent une ligue

des peuples de l'Italie supérieure. Mais les Vénètes , race slave qui demeurait sur les bords de l'Adriatique, refusèrent de s'allier avec ces redoutables voisins; les Cénomans, situés entre Brescia et Vérone, étaient vendus secrètement à Rome; les Ligures, après une longue guerre soutenue avec leur courage habituel, avaient été chassés par le consul Fulvius de leurs retraites inaccessibles. Bébius parvint à les faire descendre dans la plaine , et

Posthuraius les désarma, ne leur laissant que le fer nécessaire pour les métiers. Les Boïes et les Insubres, restés seuls, s'adressèrent aux Gaulois transalpins qui formaient la ligue de Gaisda (Gesatœ), etLingons, Anaraans, Boïes, Insubres, se réunirent sur 226. les rives du Pô. Menacés sur leurs derrières par les Cénomans et les Vénètes, ils durent laisser une partie de leurs forces pour défendre leurs foyers; cinquante mille fantassins, et vingt mille cavaliers avec un grand nombre de chars descendirent dans la Péninsule, jurant de ne point détacher leurs baudriers qu'ils ne fussent montés sur le Capitole.

Rome s'effraya du tumulte gaulois. Déjà elle présageait de nouveaux Brenns et de nouveaux désastres d' Allia, d'autant plus que la foudre tomba sur la forteresse du Capitole, qu'il apparut trois lunes dans le ciel, et que les fleuves se rougirent de sang. Les livres sibyllins furent consultés , et l'on crut détourner les présages funestes en enterrant tout vifs , dans le marché aux bœufs, un Gaulois et une Gauloise. La superstition n'empêchait pas les plus sages mesures , et Ton décréta la levée en masse dans toute l'Italie , qui oubliait ses jalousies lorsqu'ils s'agissait de se défendre contre de féroces brigands.

L'historien Polybe nous a laissé un document statistique de la plus grande importance. Suivant lui, le sénat se lit présenter les registres de toutes les populations italiques , d'après lesquels il dressa le tableau suivant des forces actives et de réserve. Les consuls avaient quatre légions romaines de cinq mille deux cents fantassins et de trois mille cavaliers ; les alliés, trente mille fantassins et deux mille chevaux ; les Samnites et les Tyrrhéniens, cinquante mille piétons et quatre mille chevaux, placés à la frontière de l'Etrurie sous un préteur. Les Ombriens et les Sarsinates fournirent vingt mille hommes, autant les Vénètes et les Cénomans. A Rome, on gardaiteu réserve vingt mille hommes et deux mille cavaliers parmi les alliés; les Latins promettaient quatre-vingt mille fantassins et cinq-mille chevaux; lesLucauiens, trente mille fan tassius et trois rail le chevaux ; les Samnites, soixantedix mille fantassins et sept mille chevaux ; les Japyges et les Messapes, cinquante mille fantassins et seize mille chevaux ; les Marses , les Marrucins , les Frentans et les Vestins armaient vingt mille piétons et quatre mille cavaliers. En outre, il y avait en Sicile et àTarente deux légions romaines de quatre mille deux cents fantassins et deux cents chevaux ; enfin la population de Rome et sa campagne pouvaient fournir deux cent cinquante mille

personnes à pied et vingt-trois mille à cheval, en état de porter les armes. Total sept cent mille fantassins et soixante-dix mille chevaux (1). Ainsi donc, comme en cas de tumulte tout le monde prenait les armes , on peut estimer que les individus que nous venons d'énumérer, formaient le quart de la population entière, ce qui donnerait trois millions d'hommes libres. Mais les prolétaires, les pères sans enfants , les pupilles, n'étaient pas sujets au service militaire (2) ; restait encore à compter le nombre infini des esclaves.

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