ANNIBAL EN ESPAGNE
La faction belliqueuse des Barcas , qui avait perdu son influence dans la paix, revient au pouvoir; Amilcar, chargé de nouveau du commandement , combat avec férocité la férocité des mercenaires, dont il fait une boucherie.
Les ennemis vaincus , restait leur vainqueur non moins redoutable. N'ayant pu le perdre au moyen d'une accusation, les Carthaginois l'envoyèrent guerroyer au milieu des Numides. Après avoir soumis la côte d'Afrique jusqu'à l'Océan, il s'entoura de nombreuses bandes d'Africains, de Numides, de Mauritaniens , que la victoire avait exaltés ; puis, comme il n'avait d'autre moyen de les nourrir que la guerre et le pillage, il les transporta en Espagne, riche par le sol, le commerce et les mines. Carthage ne parut pas vouloir s'en offenser; elle espérait, ou que le courage bien connu des Espagnols détruirait son armée dangereuse, ou que, si Amilcar était vainqueur, il ne pourrait se soutenir qu'en recourant à sa flotte et en lui cédant le fruit de ses conquêtes.
Amilcar faisait donc la guerre sans dépendre de Carthage, et méditait à lui seul une grande entreprise que lui avait suggérée le dépit de voir la Sicile cédée dans un moment de désespoir intempestif et la Sardaigne enlevée par les Romains en pleine paix. Mais au milieu de ses tentatives, il fut défait et tué; grand ennemi de moins pour Rome, et peut-être pour Carthage.
Asdrubal, son gendre, se mit à la tête de l'armée et poursuivit la guerre en Espagne. Par l'affabilité de ses manières et d'habiles manœuvres, plus que par laforce, il sut gagner à sa cause les chefs du pays. En face de l'Afrique il fonda la nouvelle Carthage ( Carthagène), avec un excellent port et de formidables fortifications , destinée à devenir la capitale d'un royaume espagnol, et dont lui-même, peut-être, voulait faire la rivale de Carthage et de Rome. Un esclave Gaulois lui donna la mort au pied des autels.
L'armée choisit pour chef Annibal fils d'Amilcar, jeune homme de vingt-six ans , qui pouvait se dire étranger à sa patrie, dont il était sorti dès l'âge de treize ans. Son pèrèl'avait élevé dans les durs travaux de la guerre et la haine de Rome; après l'avoir consacré par le feu sur l'autel de Melcarth, il lui avait fait jurer inimitié perpétuelle aux Romains. Annibal réunissait les facultés les plus diverses : il savait obéir et commander, s'attacher les soldats et les officiers , résoudre une entreprise et l'exécuter. Très-versé dans tout ce qu'on savait alors de tactique et de