‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 128 sur 319 · ANNIBAL EN ITALIE · texte numérisé non relu

ANNIBAL EN ITALIE

libérateur tout ennemi de ses maîtres. Les populations que Rome avait soumises , et dont elle blessait le patriotisme par ses colonies et ses magistrats, prêtaient la main à Annibal , et des Alpes au Pélore retentissait le cri de l'indépendance.

Rome, dans ce péril extrême, surtout après la défaite de sesdeux consuls, choisit pour dictateur Fabius Maximus Verrucosus, le chef des nobles , qui s'adjoint comme lieutenant Minucius Rufus, plébéien ; puis il décrète des prières publiques, un printemps sacré, des jeux solennels , fortifie la ville et coupe les ponts, car il s'agissait de protéger non plus toute l'Italie, mais la capitale. Au lieu de combattre Annibal, Fabius se propose de le laisser se consumer lui-même, et il a le courage de temporiser, d'affronter le bavardage des héros de la parole, qui l'accusaient d'ineptie, de lâcheté , d'irrésolution et même de trahison. Refusant toujours d'accepter la bataille , il souffre qu'Annibal , sous ses yeux , pénètre dans l'Italie méridionale et l'Ombrie jusqu'à Spolète , qu'il dévaste les campagnes vinifères de Falerne, de Massico, de Sinuessa, et que son armée, au milieu de l'abondance, répare ses forces affaiblies par les privations.

Annibal choisissait donc pour nouvelle base d'opération la mer d'Apulie, parlaquelle il pourrait recevoir dessubsidesde Carthage ; et cependant le rivage de la mer est une base désastreuse pour celui qui n'a pas une forteresse, ou l'amitié des populations et une flotte puissante. Fabius avait reconnu la faute de son adversaire, et le nom de temporiseur ( cmnctator ) qu'on lui avait donné par dérision lui resta comme un titre de gloire lorsque le résultat eut démontré toute la prudence de sa conduite. Après avoir épuisé les vivres et les fourrages, Annibal, enfermé dans l'Italie méridionale, sans communications avec l'Espagne , séparé des Gaulois , isolé au milieu des villes et des peuples qui ne lui prêtaient aucun secours, songeait déjà à se retirer dans la Gaule; une circonstance, heureuse pour lui, changea ses dispositions. Fabius, après six mois, avait déposé la dictature; le consul Térentius Varron, entraîné par trop de confiance et ne recherchant que la popularité, préféra les cris du vulgaire aux conseils de Fabius et de Paul Emile, et présenta la bataille à Cannes sur l'Ofanto. Annibal en tressaillit de joie. Aussitôt il met en ligne ses escadrons d'Africains, couverts d'armes gagnées à la Trébie et à Trasimène ; les Gaulois , nus depuis le nombril jusqu'à la tête , avec des sabres longs et émoussés ; les Espagnols, avec des glaives pointus , et vêtus de blanc. La bataille fut acharnée et désastreuse pour les Romains,

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