PUBLIUS CORNÉLIUS SCIPION
l'argent et les hommes ; enfin Marcellus périssait, à soixante ans, 20g dans une bataille qu'il avait livrée a Annibal. Mais d'autres colonies latines se montrèrent disposées à tout souffrir pour seconder Rome ; les sénateurs et les magistrats offrirent tout ce qu'ils avaient d'or et d'argent,et le peuple les imita ; on demanda des renforts partout, et les consuls Livius Salinator, plébéien, et Claudius Néron, patricien, firent des exploits mémorables. Le premier tenait tète à Asdrubal avec trente-cinq mille hommes; Néron, avec quarante mille, faisait face à Annibal ; mais il n'hésita point à abandonner sa position pour aller rejoindre son collègue, parcourant dans huit jours deux cent soixante-dix milles. Les deux consuls, avec lesdouze millehommesamenésparNéron,purentaffronter Asdrubal à Sinigaglia, l'atteindre encore lorsqu'il traversait la vallée du Métaure, le battre et le tuer. Néron, qui, pour ce fait, mérite d'être compté au nombre des meilleurs stratégistes, ne s'endormit pas dans la victoire ; en six jours, il revint sur l'Ofanto en face des Carthaginois. Les magnanimes Romains jetèrent dans le camp du barbare Annibal la tète encore fraîche d' Asdrubal ; or, ce barbare, ayant reçu de Magon le cadavre du consul Sempronius Gracchus vaincu, au lieu de le mettre en pièces comme on le lui suggérait, l'honora de magnifiques funérailles et renvoya ses ossements au camp ennemi.
Refoulé à l'extrémité de cette Italie qu'il avait d'abord parcourue en vainqueur, Annibal ne pouvait que se maintenir sur la défensive au milieu des Abruzzes, inabordables quand elles sont défendues. Quelle merveilleuse prudencene devait-il pas déployer dans les revers, puisque les Romains n'osèrent pas l'attaquer, bien qu'il fût dans la situation la plus déplorable ! Et puis , son armée, composée de mercenaires, de langue, de religion , de coutumes diverses, sans paye et souvent sans vivres, ne cessa point de lui être soumise, comme il arrive toujours au déclin de la fortune. Carthage résolut de lui envoyer de nouveaux secours ; Magon, son frère, débarque à Gênesavec quatorze mille hommes, es- 203 saie d'entrainer les Ligures, se renforce et pénètre dans la Gaule Cisalpine, où il se maintient longtemps. Himilcon fut envoyé en Sicile; mais la guerre traînait en longueur, parce qu'aucun des deux partis n'osait frapper un coup décisif, qui était réservé à Publius Cornélius Scipion.
Après le départ d' Asdrubal, le général romain avait soumis toute l'Espagne carthaginoise jusqu'à Cadix, et fondé, près de Séville, la colonie d'Italica pour les vétérans; ses victoires cons-