‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 140 sur 319 · ÉCOLES PHILOSOPHIQUES GRECQUES · texte numérisé non relu

ÉCOLES PHILOSOPHIQUES GRECQUES

innée l'idée du vrai et du bon : de ce principe ils déduisent une série logique ' de préceptes, auxquels l'homme doit se conformer invariablement, pour se reposer dans la béatitude, quels que soient les événements extérieurs. Tel était l'enseignement de Zenon et des stoïciens, qui affectaient une vertu rigide , inaccessible aux douleurs, aux passions, prompte à se débarrasser de la vie, non-seulement lorsque le devoir l'exigeait, mais encore quand elle devenait onéreuse. Il en résultait la même conclusion pratique, éviter les affaires publiques, puisqu'il était impossible de les diriger d'après le modèle inflexible qu'ils s'étaient formé.

D'autres , s'apercevant que l'intelligence humaine était incapable de discerner la vraie nature des choses et "que la sagesse philosophique n'était fondée que sur des hypothèses, rejetèrent toute vérité absolue et firent consister le repos de l'âme dans l'équilibre de l'esprit entre les négations et les affirmations. Ainsi pensaient les sceptiques, qui, révoquant en doute toutes les notions, tous les devoirs, disaient que les vices et les vertus changent selon les temps et selon les pays : le sage, dont la tranquillité de l'esprit est le but, doit toujours refuser son assentiment, l'adhésion étant sottise, puisqu'on ne peut acquérir la conviction intime de rien ; entre les illusions des sens et celles de l'intelligence , l'homme doit louvoyer dans un juste milieu qui le conduise à la félicité, sans souci des scandales et des maux du monde réel.

Ces philosophies , quoique dérivant de principes opposés , avaient toutes pour conséquence de rendre les esprits indifférents à la réalité. Comme le goût de l'érudition dominait alors, l'académie nouvelle, qui fleurit principalement à Alexandrie, glanait dans les systèmes des écoles précédentes pour y recueillir ce qu'elle jugeait le meilleur; elle acceptait toutes les opinions comme probables, sans rien affirmer de positif à l'égard d'aucune : éclectisme inefficace, qui détruit la distinction entre le vrai et le faux, puisqu'il enlève le caractère d'absolu, et fait de l'expérience l'unique critérium.

La décadence des saines pensées est toujours accompagnée des écarts de la parole. Les sophistes, gazetiers d'alors, enivrés de la puissance de l'argumentation, quel qu'en soit le but, lorsque la guerre du Péloponèse les eût habitués aux excès, appliquèrent leur esprit à soutenir également le bien et le mal ; ils justifiaient la violence, glorifiaient la force , et transportaient dans la vie civile les lois de la guerre. De là, la passion du pouvoir, l'ardeur de la lutte , le délire de la victoire , si bien exprimés par ce vers

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d'Euripide, : « La sagesse et la gloire accordées par les dieux aux « mortels, c'est d'appesantir u»e main puissante sur la tête des « ennemis. » Comme il arrive toujours, c'est avec de pareilles doctrines que les philosophes énervaient les esprits, en justifiant la volupté, en faisant disparaître la différence entre le hien et le mal, le vrai et le faux, en rendant la volonté de l'homme esclave des sens, eu proposant pour unique exercice aux personnes éclairées l'art frivole de la rhétorique, qui pervertissait l'âme et l'intelligence, la conscience et le goût.

On peut apprécier l'influence de ces doctrines sur les actions, puisque l'homme agit toujours sous l'empire de ses croyances. Le plus illustre des nouveaux académiciens fut Carnéade de Cyrène. Il enseignait que la vérité n'a pas up caractère indéfectible auquel on puisse la reconnaître, attendu que les sensations qui fournissent la matière des notions sont illusoires; si même il existe une vérité absolue, elle est hors des confms de l'intelligence de l'homme, qui, pour cela, ne peut fonder ses pensées et ses actes que sur la vraisemblance, et se trouve dans l'impossibilité absolue de déci- 4er. Les Athéniens l'envoyèrent à Bome comme ambassadeur avec le stoïque Diogèpe et le péripatéticien Critolaus. Pour donner aux Romains une preuve de sa prodigieuse subtilité dans l'art d'argumenter, il soutint un jour que l'homme doit agir selon la justice, et le lendemain il défendit la proposition contraire, ajoutant que le juste et l'injuste sont synonymes d'utile et de nuisible, que le vulgaire traite de fou celui qui fait une action juste à son propre détriment, tandis qu'il proclame sages les hommes qui agissent d'une manière inique, mais tout à leur avantage personnel.

Epouvanté de pareilles doctrines, Gaton le Censeur proposa au sénat d'expulser immédiaterqent ce rhéteur, qui faisait de la vertu un pur exercice d'argumentations. On se rappelle que Fabricius, lorsqu'à la table de Pyrrhus il entendit exposer les doctrines d'Épicure, pria les dieux que les ennemis de Rome y conformassent toujours leur conduite.

En effet, les épicuriens, donnant pour but à l'activité humaine le plaisir, dont la première condition, disaient-ils, est la tranquillité de l'àme, détournaient des affaires publiques, du patriotisme orageux, et même des affections domestiques, puisqu'elles sont entourées de nombreuses épines. Les Grecs, qui avaient fait périr Socrate parce qu'il répandait des doutes sur leurs dieux, ne punirent pas Épicure qui niait toute espèce de dieux ; dans les

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