‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 141 sur 319 · LIGUE ACHÉENNE · texte numérisé non relu

LIGUE ACHÉENNE

derniers temps de leur existence politique, ils s'abandonnaient à son enseignement ou au doute mortel. Ainsi, quand il aurait fallu de fortes pensées et des actions généreuses, ils se plongeaient dans les orgies ou s'endormaient dans l'incertitude ; et la patrie ! advienne que pourra.

A des gens qui pensent ainsi , qu'un ambitieux offre des théâtres, des baladins, des banquets, des femmes, des jouissances matérielles, et il pourra facilement s'en faire le tyran ; un ennemi même pourra les subjuguer, parce que ces funestes leçons étouffent le germe robuste des vertus patriotiques : au lieu des joies viriles de la résistance et du sacrifice, on calcule combien l'on gagnera et par quels moyens on jouira davantage. Dans cet état, les Grecs, tombés des hauteurs de leurs républiques si vantées, corrompus par une opulence luxurieuse et des coutumes étrangères, agités par des démagogues d'autant plus prodigues de balivernes que la vigueur des guerriers et le jugement des politiques se sont affaiblis davantage, étaient ballottés entre la tj'rannie des princes et les folies de la plèbe ; mais tyrans et plèbe fraternisaient dans la bonne chère. La merveilleuse splendeur d'Athènes ne se manifestait plus que dans une merveilleuse corruption ; la sévérité de Sparte, quedans une grossièreté inhumaine ; et les Macédoniens, tantôt par les armes, tantôt par les intrigues, tantôt avec l'or, y exerçaient une influence mortelle.

Pour résister aux Macédoniens, on forma la ligue achéenne. "^^'• Elle se composait de petits États qui dans une diète générale choisissaient un stratège et dix magistrats, à l'effet de maintenir l'égalité et la liberté au dedans, la sécurité au dehors ; cette ligue eut le bonheur de voir à sa tête une suite de héros, Aratus, Cléomène, Philopœmen. A son exemple, s'organisa la ligue étoiiennc des villes de la Béotie, de la Locride, de la Pliocide, de l'Arcadie, ->*'^ de la Thessalie et autres. Si les Achéens étaient armés pour la défense, cette fédération avait la guerre pour objet principal. En effet, les peuples qui en faisaient partie possédaient seuls en Grèce une force nationale ; les autres n'employaient que des mercenaires, et ces troupes, plus turbulentes que braves, violatrices des lois et des propriétés, étaient plus odieuses que redoutées.

Malheureusement, ces deux ligues ne surent .pas se maintenir en paix l'une avec l'autre, pas plus que les membres de la même ligue; laguerre bouleversait donc les petits Etats de la Grèce non moins que les grands États de l'empire d'Alexandre. La Macédoine, la Syrie et l'Egypte, sous des rois parfois braves et magna-

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lûmes, plus souvent corrompus, mous, intrigants et féroces, passaient tour à tour de la guerre à la paix; partout, sous le \ernis de l'urbanité, de la littérature, des arts, couvait une immense dépravation , et des guerres continuelles produisaient des gouvernements immoraux et iniques. Mais pour être injuste il faut au moins être fort, et ces Etats, au contraire, étaient petits et dépendants; les grands se composaient d'éléments hétérogènes, toujours prêts à s'entre-détruire, et ne s'appuyaient que sur des troupes européennes, énervées par les molles délices de l'Asie. Semblables aux puissances de l'Europe dans les deux derniers siècles, ils se maintenaient au moyen d'alliances et d'équilibre positif; système vacillant qui devait succomber sous la Aigilante obstination de Rome. Idolâtrée de ses enfants prêts à se sacrifier pour elle aux dieux infernaux ou à se précipiter dans les goufres, Rome, en effet, par la force des choses, était destinée à préva loir sur tous ces Etats.

Les Romains, par leurs victoires sur les pirates de l'IUyrie avaient mis la Grèce à l'abri de leurs attaques : aussi les deux ligues des Etoliens et des Achéens les honorèrent à l'envi d'ambassades et de témoignages de reconnaissance; les Corinthiens les admirent à la célébration des jeux isthraiques, les Athéniens au droit de cité et aux mystères de la Cérès Éleusine. Ce fut donc comme libérateurs que les Romains firent leur première apparition parmi les Hellènes. Attale , roi de Pergame , Rhodes et la ligue étolienne recherchaient leur amitié ; aussi pauvres de forces que riches de prétentions, les Etoliens se comparaient à la république romaine, et Rhodes avait la prétention de tenir la balance entre Rome et la Macédoine.

Philippe III, roi de Macédoine, outre un pays belliqueux et bien fortifié, avait à son service la cavalerie thessalieune, possédait de ■vastes domaines et des îles jusqu'en Asie. Appelé au secours de la ligue achéenne contre celle des Etoliens , Philippe aurait pu les réunir toutes les deux, et, plaçant les vingt-huit États grecs sous l'autorité militaire de la Macédoine, préparer un obstacle puissant à l'ambition pressentie de Rome. Mais les Grecs regardaient avec jalousie leur ancienne dominatrice ; Philippe lui-même, quoique rusé politique et d'un naturel assez doux, avait été gâté par les adulateurs. Au lieu de chercher à gagner leur amitié, il indisposa les deux partis par des crimes infâmes ; il fit périr traîtreusement Aratus, le vertueux chef de la ligue achéenne, violenta des femmes, porta la désolation en Crète, à Messène, profana des

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tombeaux et des temples, détruisit des chefs-d'œuvre. Pour se garantir de ses attaques, Rhodes, Sparte et la ligue étolienne invoquèrent le secours des Romains, qui déjà lui gardaient rancune depuis qu'il avait prêté son appui à Annibal.

Le sénat romain était àl'affùt, et saisissait avec empressement les occasions de prendre les faibles sous sa protection pour tomber sur les forts. Mais le peuple, épuisé par seize ans de guerres, lorsqu'il entendit proposer de puissants armements et une nouvelle expédition contre la Macédoine, devint furieux, et trentecinq tribus dans les comices votèrent négativement. Jaloux de conserver par la guerre le pouvoir dictatorial qu'il avait acquis par la guerre, le sénat ne céda point; il voulait que les fils indociles des anciens plébéiens, qui gardaient le souvenir de l'Aventin et du mont Sacré, périssent dans les combats et fissent place à des Latins, à des Italiotes, à des affranchis, gens nouveaux etflexibles. Au moyen de ces manœuvres qui placent toujours la multitude sous l'influence d'une assemblée, il triompha du parti contraire et proclama les hostihtés. L'Africain Massinissa lui fournit des blés, des chevaux et des éléphants. Cette fois, Rome voulut attaquer l'ennemi au cœur de sa puissance ; mais les montagnes escarpées derrière lesquelles s'étendait la Macédoine, gardées^par les fantassins de l'Epire et la cavalerie thessalienne, lui firent payer cher cette tentative.

La fortune, pendant deux ans, fut incertaine, jusqu'à ce que le 198 commandement fut confié au consul Titus Quintius Flamininus, un de ces fils de la guerre, dont la vie des camps fait des politiques consommés. Renard ou lion selon le besoin, Remployait peuples, individus, pour arriver à ses fins. Il parlait grec, avait des manières courtoises, se montrait chaud partisan de la liberté, et, comme Bonaparte à Cherasco, il criait : « Peuples, nous venons briser vos chaînes; nos ennemis sont vos tyrans. » Il promettait de délivrer les Grecs, et se disait envoyé par une république pour rétablir les républiques : « Souvenez-vous de vos antiques exploits, et montrez-vous tels que vous avez été ». Les Grecs le croyaient et lui ouvraient les portes de leurs villes; Flamininus en riait, et continuait son rôle.

Philippe de Macédoine, qui avait eu l'occasion la plus favorable pour relever la Grèce et le nom macédonien, enveloppé dans les mailles d'une politique insolite, ne fit plus que naviguer au hasard. Flamininus lui livre bataille, et la terrible phalange macédonienne, si renommée pour sa force compacte, se trouvant en

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