‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 142 sur 319 · SECONDE GUERRE DE MACÉDOINE. FLAMININUS · texte numérisé non relu

SECONDE GUERRE DE MACÉDOINE. FLAMININUS

face de la légion romaine, plus agile, succombe auprès des collines des Cynocéphales, et perd le renom d'invincible qu'elle avait acquis dans les guerres d'Asie. Cependant Flamininus ne voulut pas anéantir Philippe; il prodiguait même aux vaipcus des paroles d'humanité, de générosité, de respect. « Rome, disait-il, « a rendu la liberté à la Grèce ; cela suffit à sa magnanimité. « Philippe laissera libres les autres États ; il aura une flotte et « une armée, mais il ne fera point la guerre hors de la Macé- « doine sans le consentement de Rome ; il payera mille talents et « livrera comme otage son fils Démétrius. » Flamininusprésida luimême les jeux isthmiques, et fit proclamer par un héraut le dé- '^^- cret suivant : « Le sénat et le peuple romain et Quintius Flami- « ninus, proconsul, vainqueur de Philippe et des Macédoniens, « déclarent libres et exempts de tout tribut les Corinthiens, les « Phocidiens,lesEubéens, les Locriens, les Phtiotes, les Mag- « nètes, les Achéens, les Thessaliens, les Perrhèbes. »

Qui pourrait décrire la joie des Grecs en entendant qu'on leur donnait la liberté? Ils en croyaient à peine leurs oreilles, et firent répéter le décret, comme si des édits et des proclamations suffisaient pour rendre un peuple libre. On le couvrit de fleurs et de guirlandes, et les acclamations remplirent le cirque; on rendit des honneurs divins à ce héros de la race d'Énée , et à son peuple descendant d'Énée; des sacrifices furent offerts en l'honneur de Tituset d'Hercule, de Titus et d'Apollon Delphique. Pendant plusieurs siècles , un prêtre de Flamininus l'honora de libations, en chantant un hymne qui disait : « Vénérons la foi sans tache des « Romains, jurons d'en conserver un éternel souvenir. Chantez, ô « Muses! le grand Jupiter, Rome, Titus et la foi romaine! 0 « Apollon, toi qui guéris I 0 Titus sauveur! «Les Achéens lui firent un don plus précieux : ils rachetèrent à cinq mines par tête et remirent à Flamininus douze cents Romains qui, faits prisonniers dans la guerre d'Annibal et vendus comme esclaves, gémissaient dans la Grèce, plus malheureux depuis qu'ils voyaient leurs fils et leurs frères proclamés libérateurs.

Cet heureux fourbe )-etira les garnisons des forteresses de Corinthe, de Chalcis, de Démétriade, et promit de ne pas laisser un seul soldat dans la Grèce. Mais il voulut que chaque ville conservât ses propres lois; c'était le moyen d'y maintenir la désunion pour les subjuguer facilement, à volonté, et empêcher la ligue Achéenne de croître et de se consolider. Du reste , comme si la Grèce se fût entendue pour aider à cette politique , il se forma

Page 1