PERSÉE
Persée succéda à son père. Doué d'une capacité presque égale , i78. il put disposer des ressources que Philippe depuis longtemps avait préparéesdans le but d'attaquer les Romains ; son trésor bien garni, la population augmentée , il pouvait compter sur le dévouement de la plus grande partie de la Thrace , cette pépinière de braves, et beaucoup de mercenaires étaient prêts à le suivre en Italie. Ce qui l'attirait dans la Péninsule , c'étaient les guerres , peu considérables, il est vrai , mais continuelles , que Rome était obligée de faire contre l'Espagne et la Ligurie , ainsi que dans l'Istrie, la Corse et la Sardaigne, pays qui supportaient le joug avec impatience ; mais il savait le peu de confiance que méritaient les troupes mercenaires, et combien Rome était puissante dans l'opinion et la réalité. Il commença donc par dissimuler son avarice et son ambition, et déposa le diadème aux pieds du sénat, déclarant qu'il ne voulait le recevoir que de ses mains. Alors, par de fréquentes audiences, des libéralités, des actes de justice, il fait croire aux Macédoniens que le temps des prédécesseurs d'Alexandre est revenu ; il se concilie les Grecs en prenant le parti des pauvres contre les riches , partisans' de Rome; il fait alliance avec Rhodes et Gentius, roi d'Illyrie^ donne sa sœur à Prusias , roi de Bithynie , et lui-même épouse Laodice, fille de Séleucus Philopator, roi de Syrie, pour s'en faire des appuis contre les Romains; il envoie des émissaires aux peuples voisins de l'Italie, et des ambassadeurs à Carthage; il traite avec les Thraces pour en avoir des troupes au besoin , et ramasse de grandes sommes pour nourrir pendant plusieurs années ses forces militaires , qu'il porte à trente mille fantassins et cinq raille cavaliers.
Les peuples opprimés se créent d'habitude un fantôme de libérateur et l'adorent, sauf à le couvrir de boue lorsqu'il apparaît, non tel qu'ils l'avaient imaginé, mais tel qu'il est en réalité. Ainsi les Grecs voyaient dans Persée le représentant de la cause nationale , approuvaient tout ce qu'il faisait, et avaient en lui pleine confiance ; mais la vigilance et les intrigues des agents de Rome tenaient les Achéens dans la sujétion , surtout depuis qu'ils avaient perdu leur chef, Philopœmen, surnommé le dernier des Grecs. Les Étoliens , retournant les armes contre eux-mêmes , s'étaient mis dans l'impossibilité de rien entreprendre d'efficace ; les Acarnaniens se trouvaient dans le même cas. La ligue des communes béotiennes avait étéanéantie par Rome, quid'ailleurssurveillaittoutes les démarches de Persée pour saisir une occasion de rupture; c'est ainsi qu'elle l'accusa d'avoir cherché à faire périr Eumène , roi