LA GRÈCE RÉDUITE EN PROVINCE
comme Sparte s'en était séparée pour embrasser le parti des Romains, elle résolut de la soumettre. Sparte eut recours à Rome. Les commissaires romains, après avoir convoqué la diète à Corinthe, exposèrent que le sénat voyait avec douleur les Grecs se déchirer les uns les autres ; que la cause de ce malheur étaitdans la forme de leur gouvernement fédéral, où les députés, ne pouvant s'entendre, étaient obligés d'en venir aux mains; que le sénat, dans sa sagesse , ayant jugé qu'ils seraient plus heureux si la confédération était moins étendue, déclarait exclues de la ligue les villes qui n'en avaient point fait partie à la formation, c'est-à-dire Corinthe, Sparte, Argos, Héraclée, Orchomène. Cette funeste proposition fut accueillie avec indignation, et le peuple furieux massacra tous les Spartiates qu'il put trouvera Corinthe; les envoyés romains eux-mêmes eurent de la peine à se sauver. Rome, qui faisait encore la guerre à Carthage et aux prétendus fils de Persée , ne pouvant se venger immédiatement, envoya de nouveaux messagers chargés de faire entendre des plaintes modérées ; mais toutes les villes, prises d'un vertige d'héroïsme et de liberté, s'écrièrentqu'il était plus honorable de périr les armes à la main que de céder lâchement. Elles parvinrent ainsi à faire déclarer la guerre contre Rome et Sparte. Mais l'accord de fermes volontés manquait à cette détermination, et Métellus le Macédonique les vainquit facilement près de Scarphia ; quelques-uns invoquèrent la clémence du vainqueur, d'autres se tuèrent, plusieurs se retirèrent lâchement dans le moment où leurs compatriotes refusaient les propositionsde paix faites par Métellus. La campagne fut terminée par le consul Lucius Mummius, qui prit et brûla Corinthe, la plus riche ville du monde comme centre du commerce de l'Asie et de l'Europe; il vendit le peuple et fit un immense butin. Les chefsd'œuvre de sculpture, de peinture, de bronze , qui la rendaient célèbre , devinrent la proie de soldats grossiers ; on jouait aux dés sur un tableau d'Aristide qui faisait l'admiration des hommes éclairés; on mit à l'encan des tableaux d'Apelles et des statues de Phidias. Attale, roi de Pergame, offrit 600,000 sesterces d'un tableau. « 11 faut, dit Mummius étonné, que ces toiles possèdent quelque vertu magique. » 11 les retira donc de la vente et les envoya à Rome, disant à ceux qui étaient chargés de les transporter: « Si vous les gâtez, vous serez condamnés à les refaire. >-
Effrayée par l'incendie de Corinthe, la ligue ne songea plus à résister au vainqueur ni à l'apaiser. Les confédérés furent réunis dans une vaste plaine et cernés par les légions romaines; après