‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 152 sur 319 · LA SYRIE. ANTIOCHUS ÉPIPHANE · texte numérisé non relu

LA SYRIE. ANTIOCHUS ÉPIPHANE

les avoir laissés quelque temps dans une attente terrible , on leur signifia que les Corinthiens et leurs serviteurs seraient vendus comme esclaves, et que les autres Achéens étaient absous. Les villes mêmes qui avaient soutenu les étrangers ne sauvèrent pas leurs murailles de la destruction; le gouvernement populaire fut aboli et toute la Grèce réduite en province, bien que certaines villes isolées, comme Athènes, conservassent une ombre de liberté.

Désormais le sort des autres royaumes issus de celui d'Alexandre était décidé. La Syrie brillait encore par les belles provinces de la Comagène,de la Cyrrhestique, de la Séleucide, de IaPalrayrène;dans les riches vallées situées entre l'Antiliban et la Méditerranée, prospéraient Antioche, Séleucie, Laodicée, Apamée, et, dans le désert, Palmyre, centre commercial pour les caravanes entre l'Inde et l'Europe. Antiochus Épiphane , fils d'Antiochus le Grand , avait été élevé à Rome comme otage. Devenu roi, il chercha à combiner le faste monarchique avec la familiarité républicaine des Romains; mais il ne réussit qu'à se rendre odieuxetraeprisable.il caressa les Romains tout en les détes- 174, tant, et fit heureusement la guerre à l'Egypte, qui lui disputait la Palestine et laCélésyrie; il s'empara de Péluse, et, au lieu d'en exterminer les habitants, il leur pardonna, ce qui lui valut la soumission volontaire de beaucoup de villes. Philométor étant tombé en son pouvoir, il le traita généreusement. Profitant de soninimitiécontre son frère Physcon, il était même sur le point de joindre l'Egypte à la Syrie, lorsque Popilius Lénas, ambassadeur romain, vint le sommer d'abandonner ses conquêtes. Comme il deman- 470, dait du temps pour délibérer, Popilius décrivit avec une baguette un cercle autour de lui: « Tu n'en sortiras point, lui dit-il, ■ avant d'avoir donné une réponse décisive. » Antiochus dut céder. Il envoya des ambassadeurs auxquels le sénat répondit qu'il se félicitait de voir que leur maître eût obéi ; pour conditions de la paix, on lui imposa la cession de Chypre et de Péluse.

Le tribut que la Syrie payait à Rome n'était rien en comparaison des présents qu'elle faisait pour acheter des fauteurs dans I la grande métropole, où tout devenait vénal. Tibérius Gracchus , ; envoyé par lesénatpour surveiller les rois et les États de l'Orient, dut concevoir pour Antiochus d'autant plus de mépris, qu'il s'humiliait davantage : pour gagner ses bonnes grâces, ce prince se conduisit en esclave plutôt qu'en'roi ; après lui avoir cédé son palais, il descendit jusqu'à lui offrir sa propre couronne. Tibé-

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rius put donc assurer le sénat qu'il n'avait rien à craindre du roi de Syrie.

Malgré les grandes richesses qu'Antiochus avait rapportées de l'Egypte, et les ressources que lui procuraient ses amis et les provinces d'Orient, l'état de ses finances empirait chaque jour ; pour remplir ses caisses , il avait recours aux trésors des temples, expédient toujours dangereux. Il s'était encore aliéné ses sujets par sa manie d'altérer les coutumes nationales et d'introduire le culte grec , non par zèle religieux , mais parce qu'il s'adaptait

169, mieux aux pompes , dont il était fou. Cette conduite amena la révolte de plusieurs de ses provinces, et surtout des Hébreux, peuple gardien de la pure tradition , qui opposa à l'arrogant envahisseur l'humble magnanimité des Macchabées.

1C4. Après la mort d'Antiochus, la discorde sévit, et Rome, affec-

tant de prendre sous sa protection le jeune Démétrius Soter, fils de Séleucus IV, nomma trois tuteurs au roi de Syrie, comme elle avait fait pour celui d'Egypte. Si le but du sénat n'était pas encore évident, il le devint par l'ordre qu'il donna aux tuteurs de brûler tous les navires d'une certaine importance , et de couper les jarrets de tous les éléphants. Démétrius, plus tard , ayant sollicité la permission de quitter Rome pour se rendre en Syrie, le sénat refusa; mais il s'enfuit, et se fit proclamer roi. Rien qu'il protestât qu'il n'agissait qu'au nom de la république , Rome, peu rassurée, expédia des agents pour le surveiller; mais, soit qu'elle fût satisfaite de sa conduite , ou plutôt , qu'il ne lui convint pas de rompre avec lui , elle le reconnut roi. ■ Démétrius , ne respirant que batailles , se fit des ennemis des^ rois de Pergame et d'Egypte, déplut à ses propres sujets par ses débauches excessives, et fut victime d'une vaste conjuration qui s'était formée contre lui. Ses successeurs tombèrent dans un état de faiblesse déplorable. Les Parthes avaient occupé l'Asie supérieure jusqu'à l'Euphrate, et les Hébreux s'étaient affranchis; le royaume enfin se limitait à la Syrie et à la Phénicie. Depuis ce moment, l'histoire des Séleucides ne présente qu'une série déplorable de guerres civiles, de dissensions domestiques, d'énormes cruautés , qui hâtaient le jour où les Romains étendant la main sur ce royaume, devaient en faire une nouvelle province.

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