‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 155 sur 319 · CIVILISATION GRECQUE. TRADITIONS · texte numérisé non relu

CIVILISATION GRECQUE. TRADITIONS

Grèce, prisonniers de Rome ou bien attachés à quelque famille. Jusqu'alors on avait envoyé les jeunes gens riches dans les écoles d'Etrurie, afin d'apprendre les rites auguraux , indispensables pour donner force légale aux actes publics; pendant cet apprentissage , ils acquéraient quelque teinture des belles-lettres. Bientôt toutes les grandes maisons, de même qu'elles avaient le cuisinier et le cellérier , voulurent entretenir un esclave pour enseigner à leurs enfants la langue d'Homère et l'urbanité : un esclave ! Et le grec devint la langue du beau monde ; on parlait grec dans les salons, et quiconque aspirait au titre d'homme bien élevé écrivait en grec. Daphnis Lutatius, professeur de grec , fut acheté 200,000 serterces par Quintus Catulus. Livius Salinator, quoique très-sévère , puisque , dans sa censure , il admonesta 24 tribus sur 35 , avait donné pour précepteur à ses enfants le Tarentin Livius Andronicus , qui traduisit V Odyssée en latin et représenta le premier sur la scène des imitations des drames grecs. Paul Emile avait sa maison remplie de pédagogues, de sophistes, de grammairiens, de rhéteurs, de sculpteurs, de peintres, d'écuyers, de veneurs, tous de provenance grecque. Plante et Térence , écrivains de comédies, furent protégés par Scipion l'Africain et son ami Lélius ; et Térence fut peut-être aidé par ces deux grands hommes dans la composition de ses pièces , dont la diction est toujours élégante et gracieuse. Le philosophe Panétius et l'historien Polybe accompagnaient ces deux guerriers dans leurs expéditions ( i ) .

(1) Polybe, dans les Exemples de vertus et de vices, ch. 73, raconte ainsi ses relations avec Scipion : « Notre correspondance avait commencé par des observations sur les livres qu'il me prêtait. Cette union de cœur s'était un peu fortifiée , lorsque les Grecs appelés à Rome furent dispersés dans différentes villes. Alors les fils de Paul Emile , Fabius et Publius Scipion , prièrent instamment le préteur de me laisser avec eux, et obtinrent cette faveur. Pendant que j'étais à Rome, une singulière aventure aida beaucoup à resserrer notre amitié. Un jour, pendant que Fabius se dirigeait vers le forum , et que Scipion et moi nous nous promenions ailleurs, ce jeune Romain, d'un air tendre et doux, et rougissant un peu , se plaignit à moi de ce que , lorsque j'étais à table avec son frère et lui , j'adressais toujours la parole à Fabius [et jamais à lui : « Je « sais bien , ajouta-t-il , que votre froidein- nait de l'opinion où vous êtes , « comme tous nos concitoyens, que je suis im négligent, sans aucune apti- « tude pour les sciences qui maintenant fleurissent à Rome , parce qu'on « ne me voit pas m'appliquer aux exercices du forum ni étudier l'éloquence. « Mais comment , cber Polybe, pourrais-jelefaire? On me dit continuellement « que de la; famille des Scipions on n'<ittend pas un orateur, mais un géné- « rai. Je vous avoue que \otre froideur m'afflige. » Je fus surpris de ce dis-

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Un peuple dont les sanglants triomphes augmentent continuellement la gloire et la puissance , devait désirer d'en conserver le souvenir. Mais l'incendie, au temps des Gaulois, avait détruit les anciens documents, et les chroniques des premiers siècles restaient le privilège des familles ou des prêtres , qui les altéraient à leur gré ; la plèbe ne savait des faits anciens que ce qu'en avaient conservé les chansons populaires , qui les altéraient , les agrandissaient, les embellissaient, y mêlant des prodiges et des divinités, comme le fout d'ordinaire la tradition et la poésie.

Cependant les commencements de Rome , fondée par une bande de proscrits et partie de très-bas pour s'élever graduellement, ne flattaient pas assez l'orgueil d'un peuple qui se voyait l'arbitre de toute l'Italie et la terreur des étrangers. Peut-être , fidèles à la tradition nationale , les Italiotes qui les premiers écrivirent sur les origines de l'Italie, auront-ils peu flatté Ronie. Ces historiens sont : Théagènede Rhégium, contemporain de Cambyse; Hippis, son compatriote, qui vivait au temps de la guerre Mèdique; le Syracusaiu Antiochus Xénophaue, contemporain d'Hérodote. Mais, pour satisfaire la vanité, voici les Grecs vaincus, et surtout Diodes de Péparèthe , qui , cherchant dans l'histoire le beau plus que le vrai , flattent leur propre nation et les

cours, que je n'attendais pas d'un jeune homine de dix-liuit ans. « De grâce , « lui dis-jc, cher Scipion, veuillez ne penser ni dire que, si ordinairement « j'adresse la pai'ole à votie frère, c'est à cause du peu d'estime que je tais « de vous. Il est votre aîné , et c'est pourquoi , dans les conversations , je nia- « dresse à lui ; et puis je sais que vous avez tous les deux les mêmes sea- « tinients. Mais je n'en suis pas moins charmé de Voir que, vous aussi, vous <i reconnaissez qu'il ne convient pas à un Scipion d'être paresseux ; et l'on voit « bien que vos sentiments sont supérieurs à ceux du \ulgaire. Quant à moi, " je me mets sincèrement à votre disposition. Si vous me croyez propre à vous « conduire à un genre de vie digne de votre grand nom, vous pouvez dis- « poser de moi comme il vous plaira. A l'égard des sciences, jionr lesquelles '< je vous vois de l'inclination, vous trouverez assez de ressources ànm le « grand nombre de savants qui viennent chaque jour de la Grèce. Mais pom- " le métier de la guerre, que vous vouJrez apprendre, je pense pouvoir vous << être moi-même plus utile que tout autre. » — Scipion alors , me serrant les '< mains dans les siennes : « lit quand verrai-je, dit-il, le jour heureux où, « libre de tout autre soin et toujours près de moi , vous pourrez vous appli- " quer entièrement à me lormer l'esprit et le cœur ? C'est alors que je me <• croirai digne de mes ancêtres. » Dès ce moment , il ne put se séi)arer de moi; son plus grand plaisir étail d'être avec moi; dans les dilïerentes affaires où nous nous Irouvânies ensemble, les nœuds de notre amitié ne iivent que se resserrer ; il me respectait comme un père , et moi je l'aimais comme un lils, »

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