ARROGANCE DES NOBLES
clients a la loi et à la justice. Le consul Gains Flaminius attaquait, non-seulement le sénat, mais les dieux immortels; il méprisait la majesté des pères conscrits et celle des lois, ainsi que les auspices divins (l).
L'imagination aime certains traits de mœurs héroïques qui apparaissent encore dans ces temps. Fabius Maximius, accusé par un tribun , répond : « Fabius ne peut être suspect à ses concitoyens. » Comme ou imputait à son gendre le crime de trahison, il se présente et dit : « S'il était coupable, il ne serait pas resté mon gendre. » Et cela suffit pour le faire absoudre. Emilius Scaurus, accusé d'avoir trahi la république pour de l'or, déclare l'inculpation fausse, et tout est dit. Un Métellus est prévenu de concussion , et le sénat détourne les yeux des registres produits en témoignage (2). Ces traits plaisent à l'imagination; mais que devait être la plèbe là où de pareilles excuses suffisaient aux nobles pour s'affranchir de la loi ? Scipion l'Africain refusa le consulat à vie ; mais il conserva toujours une autorité dictatoriale. Un jour, les questeurs hésitaient à ouvrir le trésor, parce que les lois le défendaient; Scipion, quoique simple particulier, prend les clefs et l'ouvre. Sa statue s'élevait dans le sanctuaire de Jupiter; au Capitole, était celle deLucius Scipion avec un manteau et des cothurnes à la grecque (3).
L'irruption des idées étrangères produisit à Rome un effet d'autant plus funeste que son génie pratique la poussait aussitôt aux applications. Déjà, dans le forum et sur le Capitole, on mêlait d'autres rites à ceux de la patrie : le Latin Saturne fut marié à la Grecque Rhéa; le Sabin Mars , privé de son antique épouse Nériène, fut confondu avec l'Arès homérique ; l'Étrusque Janus avec Diane, ou placé auprès du Zeus des Grecs, bien qu'il le précédât toujours dans les invocations ; une génération de dieux guerriers , parmi lesquels Romulus occupait le premier rang, remplaça les divinités champêtres et pastorales. L'an de Rome 534, le sénat décrétait la démolition des temples des divinités égyptiennes IsisetSérapis ; mais, comme aucun citoyen n'osait y porter les mains , l*aul Emile donna le premier coup de hache dans les portes. Quatre-vingts ans après, le préteur Cornélius Hispallus chassa de Rome les astrologues chaldéens et les adorateurs du
(!) TiTE-LiVE, \\i , 27; xxii, 4.
(2) Valère-Maxime , II, 10; [II, 8; iv, 1,3; vin, 1,
(3) Le même, m, 7. fi ; viii, 1.5.