CATON LE CENSEUR
îl avait fait toutes les marches à pied, portant ses armes, avec im seul esclave chargé de ses modestes provisions. Il ohtint le triomphe; mais a peine eut-il déposé le paludamentum solennel, qu'il partit comme simple trihun pour aller combattre Autiochus le Grand. Aux Thermopyles , le général l'embrassa en présence de l'armée, avoua qu'on lui devait la victoire, et le chargea d'en porter la nouvelle à Rome. Administrant la province de Sardaigne, il chassa les usuriers, supprima les dépenses que les sujets étaient tenus de faire pour honorer les préteurs. Il s'habillait modestement , marchait à pied à la tête de l'armée, et son dîner ne lui coûtait pas plus de trente sous; il disait qu'une marchandise superflue n'est jamais à bon marché , ne coûttit-elle que trois oboles.
C'était la mode d'admirer les Grecs , et Caton les rabaissait; 11 ne voulut pas connaître leur littérature , et gronda son fils de s'y appliquer. Si plus tard il étudia Thucydide et Démosthène, ce fut pour les juger sévèrement, Socrate lui semblait un bavard qui troublait la patrie par des nouveautés dangereuses; il disait qu'Isocrate laissait vieillir ses disciples dans l'école , au point qu'ils ne pouvaient exercer leur éloquence qu'aux champs Ély sées ; il avait en horreur les médecins de cette nation , qu'il accusait d'avoir formé le projet d'anéantir tous les barbares , y compris les Romains : mais, plus que le reste, il exécra leur éloquence, surtout après avoir entendu les sophismes de Carnéade.
Il n'épargnait ni le peuple ni les riches : «■ Comment, s'écriait- « il , sauver une ville où l'on vend un poisson plus cher qu'un '< bœuf? 0 Romains, vous ressemblez à des moutons; vous vous « laissez conduire tous ensemble par des individus auxquels ■< aucun de vous en particulier ne voudrait accorder sa con- « fiance. Si vous êtes devenus grands par la vertu , ne changez « pas; si c'est par l'intempérance et les vices, changez, car dans " cette voie vous êtes allés assez loin. » Des ambitieux qui briguaient les charges , il disait : « 11 me semble que je vois des per- « sonnes qui, ne connaissant pas la rue , ont besoin du licteur " pour les guider. » Comme on réélisait souvent les mêmes magistrats : " Il faut convenir que les fonctions ont à vos yeux ' une bien ftiible importance, ou que vous en trouvez bien peu « qui les méritent. » Voyant faire la cour au roi Eumène , parce qu'on le disait bon : « Soit ; mais un roi est par nature une '< bête vorace, et, des rois les plus vantés, aucun n'égale Épami- « nondas, Périclès, Thémistocle , Curius Dentatns. »