‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 164 sur 319 · CATON ET LES SGIPIONS · texte numérisé non relu

CATON ET LES SGIPIONS

que dans une bonne république personne ne devait s'élever audessus des lois. Le peuple l'emporta , lui qui tend à tout égaliser, même la juste supériorité du mérite, et dont l'envie se masque si souvent. Pour échapper à l'accusation, toujours maintenue, Scipion s'exila volontairement à Linternum, dans la Campanie, où les tribuns ne l'inquiétèrent point. Là il échappait aux ennuis de la retraite par l'étude, les exercices gymnastiques , l'amitié de Lélius et du poète Lucilius(l). En mourant, il fit écrire sur sa tombe : « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os. »

Les poursuites furent continuées contre son frère. Sur la proposition des tribuns Pétilius etNévius, appuyée par Caton et votée unauitîiement par les trente-cinq tribus , Scipion l'Asiatique fut condamne. Le jugement portait que, pour accorder au roi Antiochus des conditions plus avantageuses, il avait reçu de lui 6,000 livres d'or et 480 d'argent au delà des sommes versées dans le trésor ; Ancius Hostilius, son lieutenant, 80 d'or et 400 d'argent ; Caïus Furius, questeur, loo d'or et 200 d'argent. Les temps de Fabricius et de Cincinnatus étaient déjà si loin ! La pauvreté de Scipion , qui n'eut pas de quoi payer l'amende , parut une preuve de son innocence , et l'on ne souffrit pas que les Scipions fussent traînés dans les prisons où ils avaient enfermé des rois ; mais l'aristocratie était blessée au cœur. Caton fut chargé de poursuivre les recherches , auxquelles désormais personne ne pouvait se soustraire depuis l'humiliation des Scipions.

Mais, dans une république, lorsque le pouvoir appartient à un corps comme était le sénat romain , qu'importe la retraite de quelques personnages? Les vides sont bientôt remplis par d'autres. Et d'ailleurs comment espérer la réforme des mœurs et ce désintéressement qui place la patrie avant tout , lorsque les chefs de la république donnaient l'exemple de la corruption ; lorsque la cabale , l'intrigue , les artifices , les violences , éludaient ou foulaient aux pieds le droit des nations ; lorsque la sévérité de Caton ne l'empêchait pas d'avoir recours à une politique immorale et trompeuse; lorsque les censeurs euxmêmes donnaient l'exemple des prévarications ; lorsque Lépidus , prince du sénat et grand pontife, employait les deniers publics

(1) « Quin, ubi se a vulgo et scena in sécréta remorant

» Virlus Scipiad;e et milis sapientia Lœli, « Nugari cum illo (Lucilio) et cUscincti ludera, donec « Decociueretur olus, soliti. »

(HoK.\CE, Sat. II, 1.)

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