PARALLÈLE ENTRE ROME ET OARTHAGE
de la patrie, donnait tout ce qu'elle avait, dépouillait les temples et les femmes pour fournir à l'entretien des armées.
La nouvelle armée qu'elle forma vainquit Carthage et lui imposa une paix honteuse. La douleur de l'humiliation tourna au profit d'Annibal; soutenu par six mille cinq cents mercenaires, habitués sous lui à vaincre ctàpiller, il devint l'arbitre de sa patrie désarmée, se fit nommer suffète et commença les réformes. Les centumvirs étaient inamovibles : il les rendit annuels. Pour rétablir les finances, il exigea le payement d'anciennes dettes, ordonna la restitution des sommes détournées, et s'attacha à démontrer que la répression des concussionnaires était plus profitable qu'un nouvel impôt. Les soldats étaient oisifs : il les employa à planter des oliviers, espérant par l'agriculture et le commerce ramener la force dans le corps épuisé de Carthage, dont il voulait faire le centre d'une ligue contre Rome. Mais malheur aux réformes trop tardives ! Annibal succomba et dut s'exiler, laissant sa patrie dans cet état de faiblesse que produit la ruine des vieilles institutions , alors que les nouvelles ne sont pas encore établies.
Les factions s'exaspérèrent, et celle des patriotes exila quarantedeux fauteurs de l'étranger, qui, réfugiés auprès de Massinissa , le poussèrent contre la république. Le Numide étendit ses usurpations ; quoique octogénaire, il commanda lui-même ses troupes , cerna l'armée punique, l'affama et lui tua cinquante mille hommes. Rome avait envoyé des ambassadeurs qui devaient sommer Carthage de déposer les armes et d'observer la paix, dans le cas où l'événement la favoriserait ; dès qu'elle vit qu'elle avait succombé, elle encouragea le Numide, dont la victime achetait la pitié par de nouvelles cessions et par la condamnation, comme criminels d'État, des conseillers de la guerre. Caton parut alors au sénat, et tirant de dessous sa toge des figues qui paraissaient cueillies à peine : « Il y atrois jours, dit-il, qu'elles étaient suspendues à leur rameau dans les jardins de Carthage. Et vous souffririez si près de vous une ville pareille ! »
Etrange raison pour détruire un peuple; cependant on la jugea bonne, et Rome prévint Carthage qu'elle devait s'attendreau 149, châtiment pour avoir violé la paix. Les consuls Manilius Népos et Marcius Censorinus partent avec quatre-vingt mille fantassins, quatre mille chevaux, cinquante galères à cinq rangs de rames, outre d'innombrables navires de transport ; ils avaient l'ordre de ne s'arrêter qu'après la destruction de Carthage. Les Carthaginois, qui ne sont pas en mesure de résister à l'attaque, envoient de