TROISIÈME GUERRE PUNIQUE
nouveaux ambassadeurs avec pleine autorité pour accepter toutes les conditions, et même se remettre à la discrétion des Romains, pourvu qu'on épargne la cité. Rome, dont l'orgueil croissait à mesure qu'elle voyait sa rivale s'abaisser, exigea que, dans l'espace de trente jours, on lui livrât trois cents otages des premières familles. La condition parut exorbitante, et pourtant on s'y soumit; les trois cents otages partirent au milieu des larmes de leurs familles et de l'indignation des hommes de cœur. Les consuls se réservèrent de faire connaitre la volonté du sénat , lorsqu'ils seraient arrivés à Utique ; mais, pour que l'excès des prétentions ne jetât point les Carthaginois dans le désespoir, ils proposèrent les conditions une à une : d'abord, obligation de fournir des blés à l'armée, puis de livrer toutes les trirèmes, ensuite toutes les machines de guerre, enfin toutes lesarraes, dontils n'avaient nul besoin, leur disait-on, s'ils désiraient sincèrement la paix. Ils apportèrent deux mille machines et deux cent mille armures complètes : perte bien méritée, puisqu'ils ne savaient pas s'en servir pour défeudi-e leur patrie jusqu'à la mort.
Lorsqu'ils les virent désarmés et dans l'impuissance de soutenir un assaut, les consuls ordonnèrent la démolition de la ville et le transport des habitants à trois milles de la mer, c'est-à-dire à une distance où ils seraient forcés de renoncer à la navigation, au commerce, aux espérances dangereuses. Les Romains avaient promis de respecter la cité; mais, dans leur langue, civitas signifie les habitants, non les habitations.
Etourdisd'un tel coup, les Carthaginois, pendant quelque temps, ne surent que gémir et se désoler : les uns pleuraient leurs fils donnés eu otage , les autres vomissaient des imprécations contre leurs pères qui n'avaient pas su préférer une mort glorieuse à des traités déshonorants ; puis, honteux de leur propre faiblesse, ils passent de la terreur à la résolution désespérée de ne pas se soumettre à l'infâme sentence. Tout à coup ils ferment les portes, massacrent tous les Italiens; tous les métaux qui leur restent sont convertis en armes, tous les ateliers en fabriques d'instruments de guerre ; ils font par jour cent boucliers, trois cents épées, cinq cents lances, mille traits; les femmes coupent leurs cheveux pour faire des cordages aux machines de guerre; ils appellent les esclaves à la liberté. Asdrubal, chef du parti national, qui, maltraité par les siens, avait quitté la ville et conduisait vingt mille hommes contre sa patrie, se réconcilie, ramène la campagne à l'obéissance, aide à repousser les consuls et à brûler !i (lotte.