‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 187 sur 319 · TRISTE CONDITION DES VAINCUS · texte numérisé non relu

TRISTE CONDITION DES VAINCUS

partout elle rompait les liens qui attachaient les populations les unes aux autres, interdisait les alliances, lesassemblées générales, les transactions commerciales et les mariages hors du territoire. La condition des propriétés variait même parmi les Italiens ; tandis que le citoyen pouvait devenir propriétaire absolu d'un champ conquis, un Italien n'en avait que la possession précaire. Les Romains dispersés dans les colonies pouvaient usurper la terre du voisin; le spolié n'avait pas le droit de citer le coupable devant les tribunaux de Rome, si ce n'est par l'intermédiaire d'un patron , qui , trop facilement , s'entendait avec son compatriote.

Les Italiens (sauf le petit nombre qui jouit du jus commerça et co7mubii)ne peuvent hériter d'un citoyen romain, ni lui acheter, ni lui vendre, si ce n'est à ses risques et périls, et sans que la loi vienne à son secours si le citoyen nie le prix, manque à ses engagements, ou refuse de payer à l'échéance. Le créancier, par rapport au débiteur, est dans le même cas. Le citoyen, toujours protégé par la loi et les tribunaux, ne pourra être incarcéré, ni battu de verges, ni crucifié; l'Italien subira ces divers châtiments, et ne jouira point de la même condition dans l'armée. Exclu de la légion, il ne peut être admis que dans la cohorte; dans les récompenses, il recevra le peu qu'on voudra bien lui donner. Le général peut même, pour des fautes légères, décapiter un préfet des Italiens, et joindre au supplice l'ignominie; on leur donne la bastonnade avec un autre bois que celui de vigne , réservé aux Romains. Cet état ressemble assez aux colonies d'Amérique; les hommes blancs, les Européens, représentent le citoyen romain; les blancs sans mélange de sang africain, mais d'un autre race ijue l'européenne, équivalent au Grec, à l'italiote, à l'Étrusque; le mulâtre et le nègre sont dans la dégradation où l'on tenait les étrangers, les barbares.

La justice des anciens ne se fondait pas sur des bases éternelles, comme l'égalité de tous les hommes et la paternité du même Dieu, mais sur des conventions réciproques. Les membres d'une société avaient franchises, droits , honneurs ; les étrangers étaient des ennemis auxquels on appliquait le droit du plus fort, et les vaincus, une race abandonnée des dieux , inférieure par conséquent, et destinée à servir le vainqueur. La raison et la conscience se taisent dans les conquêtes; or, comme il ne s'agissait plus de citoyens, les magistrats eux-mêmes se permettaient toute espèce d'abus dans le pays conquis, quelquefois même contre les

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