‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 190 sur 319 · FINANCES. 34J · texte numérisé non relu

FINANCES. 34J

Après avoir vaincu Carthage^ Corinthe, Syracuse, la Macédoine, Pergarae, Rome fut inondée de richesses. A Tarente, on enleva 80,000 livres d'or et 3,000 talents d'argent ; les trésors de Persée excédaient la valeur de 45 millions. Scipion versa dans le trésor 120,000 livres d'argent, dépouille de Carthage. A cette ville, dans la première guerre, on imposa un tribut de 2,200 talents, et de 10,000 dans la seconde; à Antiochus, 15,000, à Philippe 1,000, aux Étoliens 500 , autant à Nabis, 300 à Ariarathe : ainsi, en douze ans, cinq guerres enrichirent le trésor de 30,000 talents ( 165 raillions de francs). Les conquêtes de Pompée élevèrent les tributs de l'Asie à cent millions ; César, dans ses quatre triomphes, étala une valeur de 65,000 talents, outre 2,822 couronnes d'or. Au moment où la guerre civileéclata, le trésor contenait 1,920,829 livres d'or ; sur la lin de la république, on estimait de 350 à 450 millions les revenus généraux des provinces romaines. L'Egypte, sous les Ptolémées, produisait 12,000 talents; mais les Romains, après la conquête, en retirèrent beaucoup plus. On confiait la perception à des fermiers, qui le plus souvent étaient des chevaliers , ou à des compagnies , qui devenaient un fléau pour les provinces et une source de corruption pour la capitale.

Le sénat qui d'ailleurs consultait rarement le peuple pour la dépense et l'assiette de l'impôt , réglait l'emploi de l'argent versé dans le trésor parles puhlicains. Vingt questeurs veillaient sur le trésor public et les revenus. Deux résidaient à Rome, chargés de surveiller le recouvrement des impôts de toute nature et de vérifier les comptes ; ils réprimaient encore les concussions des puhlicains, et conservaient les lois et les décrets du sénat. Les autres , dans les provinces , accompagnaient les consuls et les préteurs pour fournir les troupes de vivres et d'argent, percevoir les impôts et les denrées dus à la république , vendre les dépouilles des vaincus; ils avaient en dépôt le pécule des soldats,

campsure. Les lettres de Cioéron à son tïère Quintus , et pins encore celles qu'il adressait k Atticus , nous offrent beaucoup de renseignements sur cette matière , qu'aucun Romain n'a traitée spécialement. Voir sur cette matière : Sico.Mus, De antiquo jure provinciarum, &An!i\v: Thésaurus antiq., •le Gk.cvius, vol, xi.

BuRMANN, VecligaUa populï romani.

Hegewisch, Essai sur les finances de Rome ( AUem. ) Bosse, Esquisse de Vétat des finances de V empire romain (AUem.) De Villeneuve Bargemont, Cours sur l'histoire de l'économie politique.

Dl'reau DELA Malle, Économie politique des Romains.

;'i:2 TKKKITOIKE ROMAIN.

étaient les seconds magistrats de la province et remplaçaient le préteur quand il partait. Les comptes étaient vériliés par les gouverneurs , puis déposés au trésor général de Rome et dans les archives des provinces.

Le trésor, divisé en trois caisses , se conservait dans le temple de Saturne à Rome : la première était destinée aux dépenses courantes ; la seconde, qui renfermait le vingtième sur les émancipations légales et la vente des esclaves, pourvoyait aux cas urgents; la troisième contenait l'or monnayé ou non, provenant des con- ((uêtes. Les commis du trésor, quoique employés subalternes, devenaient des personnages très-importants; en effet, nommés à vie, ils acquéraient une expérience qui les rendait indispensables aux questeurs des provinces, qui se renouvelaient sans cesse par l'élection.

Après le siège de Véïes, les soldats et les auxiliaires reçurent une paie , innovation qui entraîna d'énormes dépenses. Les Hottes , bien que la construction et le gréement des navires fussent à la charge de quelques provinces, coûtaient beaucoup; les constructions publiques, mais surtout les aqueducs et les routes occasionnaient des frais considérables , diminués , il est vrai, par l'usage d'employer à ces travaux les soldats ou les esclaves. En outre , on décrétait aux généraux et aux soldats des présents, des colliers, des statues, et souvent, pendant la guerre, on votait une fête ou un temple. L'administration des provinces était peu coûteuse , parce que les employés recevaient des provisions du pays. On traitait somptueusementles ambassadeurs étrangers, qu'on servait dans les vases réservés pour les banquets sacrés. La plus grande dépense provenait des distributions de blé qu'on faisait aux citoyens indigents, d'abord dans les disettes seulement, puis annuellement, et qui augmentaient à mesure que la population affluait à Rome.

Au moment où notre récit arrive, c'est-à-dire 130 ans avnnt J.-C, et 624 après sa fondation, Rome possédait presque toute l'Italie, l'Espagne, la Grèce; après la soumission des Istriotes , desJapodes, des Dalmates, deslllyriens, l'Adriatique lui procurait de sûres communications; le passage entre l'Italie et l'Espagne lui fut bientôt assuré par les colonies d'Aix et de Narbonne; dans l'Asie Mineure, ses possessions s'étendaient jusqu'au Taurus, et, dans l'Afrique, elle occupait l'ancien territoire de Carthage. l'Egypte était sous sa tutelle, les Juifs dans son alliance, et les rois de l'Asie Mineure, ses vassaux. Ainsi la ville, qui d'abord s'était

TERRITOIHE R<L\(.UN. '543

reufermée'eutrePréneste et Tivoli, dominait main tenant depuis l'océan Atlantique jusqu'aux rives de l'Euphrate, et depuis les Alpes jusqu'à l'Atlas. Ce territoire constituait deux lirandes divisions : l'Italie jusqu'au Rubicon et à la Macra, et les provinces qui étaient nouvelles alors, c'est-à-dire la Sicile, la Corse et la Sardaigne, la Cisalpine, la Macédoine avec la Thessalie, l'Illyrie et l'ÉpireJ'Achaie ou le Péloponnèse, l'Hellade et les iles, l'Asie, l'Afrique, l'Espagne ultérieure et la citérieure. Afin de mieux surveiller l'Italie, le sénat la répartit entre quatre préteurs provinciaux : l'un résidait àOstie,et gouvernait l'Étrurie, la Sabine, le Latium jusqu'au Liris; l'autre, établiàCalès,dirigeaitlaCampanie, le Samnium, la Lucanie, le Brutiuni ; le troisième était chargé de rOmbrie, du Picénum, des Férentins, et de tout le pays jusqu'à la lisière de l'Apulie; le quatrième, de l'Apulie avec la Calabre,nom qui comprenait les Salentins, les Messapes, les Tarentins.

Lorsque Scipion Émilien,en qualité de censeur, fermait le lustre, le chancelier lut, dans le sacrifice d'usage, la formule solennelle des prières par lesquelles on demandait aux Dieux l'agrandissement de l'empire; mais lui, au lieu de la répéter, s'écria : " Il est assez grand et assez puissant ; je supplie les dieux de le conserver éternellement tel qu'il est (l). »

Page 1